Chronique de Mustapha Jmahri : La Cité portugaise de Mazagan, 20ème anniversaire?

L’association « Doukkala Mémoire pour la Protection du Patrimoine » a annoncé lors de sa réunion en début de juillet 2024, son intention de célébrer en octobre prochain le 20ème anniversaire de l’inscription par l’Unesco de la cité portugaise de Mazagan sur la liste du patrimoine mondial de l’Humanité.
Classée le 30 juin 2004, la ville portugaise de Mazagan représente la plus grande fortification portugaise au Maroc et en dehors. Mais, ce 20ème anniversaire de son classement arrive dans un contexte localement mitigé.
En effet, la cité portugaise souffre de beaucoup de décrépitude au niveau des murailles, de l’embellissement général, de la propreté et surtout de la fermeture de la citerne portugaise depuis environ quatre années. Joyau de la forteresse, la citerne exerce une attraction importante sur les touristes qui font vivre les possesseurs de bazars, aujourd’hui quelque peu en crise. L’attente de son aménagement est devenue interminable.
D’autres constats peuvent être évoqués en cette occasion du 20ème anniversaire : c’est d’abord l’absence flagrante de publicité des instances locales concernées rappelant ce moment. Même pas une seule mention, comme si le souvenir ici était subsidiaire alors que c’était la moindre des choses à faire. Cet état de choses est conjugué à l’absence de toute action de communication permanente et organisée sur ce monument. Ainsi le touriste, comme le visiteur, ne trouvera à l’entrée de la cité portugaise aucune fiche explicative, plan, ou plaquette comprenant les indications essentielles sur le site.
Malgré la diversité des intervenants : municipalité, Direction régionale de la culture, Centre du patrimoine maroco-lusitanien, Tourisme, . le sentiment général qui se dégage chez le visiteur est le délaissement.


Devant ce constat, quelques personnes et associations de la société civile locale font de leur mieux mais leurs moyens sont limités. Nous saluons ici les initiatives de l’Association des Doukkala, sa consoeur l’association Doukkala Mémoire pour la Préservation du Patrimoine ainsi que des chercheurs qui ont participé à l’effort de recherche et de communication sur ce monument tels Jilali Derif, le géographe Abdelwahed Hafid et quelques autres. J’y ai contribué aussi par des articles dans Zamane et un ouvrage publié en 2012 en collaboration avec le mazaganais Christian Feucher : « Mazagan, patrimoine mondial de l’Humanité ». Il est le seul document imprimé disponible en librairie, et édité à compte d’auteur.
Cependant à ce jour le « Comité de gestion » qui devrait statuer et réfléchir sur ce bien n’a toujours pas vu le jour. L’une des principales recommandations de l’Unesco figurant dans le dossier de classement est la constitution de ce Comité qui permettrait de centraliser les actions à mener au profit de la cité en étroite collaboration avec les instances locales et la société civile.
Globalement, ce comité de gestion en instance de création depuis 20 ans doit s’atteler à :
Mettre en place une action de communication permanente et organisée ;
Mobiliser les ressources ;
Coordonner les efforts de conservation et d’entretien et garantir la préservation du site:
Utiliser les espaces partiellement ou totalement inutilisés qui représentent presque un quart de la surface totale de la cité selon l’étude du professeur Roméo Carabelli ;
Lancer des actions pour la réhabilitation de l’église Saint-Sébastien;
L’achèvement des fouilles archéologiques dans les alentours des églises, dans l’ancienne poudrière et les espaces intérieures des bastions. De possibles découvertes peuvent surgir ;
Créer un fond documentaire sur l’histoire de la ville et sur la cité portugaise, regroupant livres, articles, plans et photos,
Ouvrir, dans un espace vide de la cité, une bibliothèque dédiée.
À bon entendeur
Jmahrim()yahoo.fr

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