Chronique de Mustapha Jmahri : Aux origines de l’École des infirmiers d’El-Jadida

À El Jadida, durant les premières années du Protectorat, les premiers infirmiers marocains furent recrutés par le Service de l’Assistance indigène, à l’issue d’une année d’études à l’école franco-marocaine. Dans un second temps, au lendemain de l’Indépendance, Mme Léontine Godefroy prit l’initiative de former les premières générations de jeunes Marocaines, futures puéricultrices et infirmières de la région (cf. mon livre « Médecines et médecins à El Jadida : De la période portugaise aux lendemains de l’Indépendance » 2015). En parallèle, d’autres infirmiers apprenaient le métier sur le tas au sein des services hospitaliers, sous la houlette des médecins praticiens. Selon le témoignage du docteur Robert Ficini, ancien chirurgien à l’hôpital Mohammed V, ce personnel marocain ainsi encadré a accompli un travail inestimable dans les structures hospitalières, tant en milieu urbain que rural.
Comme en témoigne Ledicia G., ancienne résidente de Mazagan (courriel du 3 août 2023), il n’existait au début de l’Indépendance qu’une seule école d’État d’infirmières, située à Casablanca, où elle a elle-même suivi son cursus. L’accès à cette formation, qui préparait au diplôme d’État d’infirmière, exigeait alors le niveau du baccalauréat. En marge de cette voie académique, d’autres établissements préparaient au brevet d’infirmière ; leur admission ne requérait pas le baccalauréat, mais ils offraient néanmoins une formation pratique de grande valeur. Elle précise : « J’ai donc quitté El Jadida à ce moment-là car, par la suite, j’ai travaillé à Casablanca. Néanmoins, au cours de mes études, j’ai eu l’opportunité d’effectuer un mois de stage à l’hôpital d’El Jadida ».

L’école d’El Jadida
En 1971, l’école d’infirmiers d’El Jadida ouvrit ses portes, accueillant une première promotion d’environ vingt-cinq élèves dont une dizaine de filles. Parmi eux, un groupe de garçons, logés en internat, arrivaient d’Azrou, de Midelt et de leurs régions limitrophes. Le directeur de l’établissement, cadre au ministère de la Santé, était lui-même originaire de cette même région.
Madame Naima Krati Plagnard, élève de cette première promotion, se souvient : « Je faisais partie de la promotion de 1971-1973. L’école se situait à côté du foyer pour personnes âgées, dans le quartier de Sidi Daoui. Les élèves originaires d’El Jadida, dont je faisais partie, étaient externes. Nous étions encadrés par des moniteurs marocains diplômés de l’École des cadres de Rabat. Les cours théoriques couvrant les différentes branches médicales et paramédicales étaient dispensés par des médecins, puis complétés par des enseignements pratiques très perfectionnés ». Elle précise également qu’au cours de ses études et de ses stages à cette époque, elle n’a côtoyé que des médecins marocains et français. Les coopérants polonais et bulgares ne sont arrivés en renfort dans les structures hospitalières de la ville que plus tard, au cours des années 1980.
Les périodes de stage se déroulaient principalement à l’hôpital d’El Jadida, où exerçaient également des sœurs religieuses, majoritairement italiennes. Les garçons effectuaient aussi des stages sur le terrain en milieu rural, participant activement aux visites à domicile, aux campagnes de vaccination, aux soins de santé de base et aux actions d’assainissement. La durée de ce cycle d’études s’étalait sur deux années de formation intensive pour obtenir le diplôme de breveté en soins infirmiers. L’admission se faisait sur concours et la formation reçue était polyvalente. À ce titre, Madame Naima Krati Plagnard tient à souligner la qualité de ce cursus initial : « Je tiens à préciser que ma solide formation marocaine, reçue à El Jadida puis complétée à Casablanca, m’a ouvert les portes d’autres grandes écoles en France et en Suisse ».
Deux ou trois années après son lancement, l’école des infirmiers fut transférée vers les locaux de l’actuel dispensaire Sidi Yahya, situé sur la route menant à la zone industrielle, où elle poursuivit ses activités avant sa fermeture définitive.
En illustration de cette époque pionnière, la photographie ci-jointe de l’album de Naima Krati Plagnard immortalise une sortie de classe effectuée en 1973 à la kasbah de Boulaouane par cette toute première promotion d’infirmiers et d’infirmières d’El Jadida. Devant l’imposante porte fortifiée, on retrouve notamment parmi les élèves de ce groupe très uni : feu Hro, Naima Karyouf, feu Kadri Lhoussine (qui a par la suite embrassé une belle carrière à Rabat), ainsi que Naima Krati Plagnard debout. Au premier rang, assis en bas, figurent leurs camarades Zidou Ali et Abdou Aissa.
Jmahrim()yahoo.fr

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