Certains réseaux sociaux ainsi que le site d’information El Jadida Scoop ont fait état ces derniers jours de la démolition en cours des Moulins d’El Jadida, communément appelés « al-Matahine », un site historique datant de la période du Protectorat. La photographie publiée à cette occasion saisit l’instant de la destruction du silo à grains en béton armé de la minoterie. Mon but n’est pas de m’attarder sur cette démolition – qui répond sans doute à des impératifs d’urbanisme -, mais plutôt de souligner que les articles parus laissent le lecteur sur sa faim quant à l’histoire séculaire des Matahine.
J’invite ainsi les lecteurs qui souhaitent découvrir la riche histoire humaine et industrielle de ce site à lire le témoignage sur Alfred Hohl, ancien directeur suisse de la société des moulins. Les souvenirs de son fils Pierre apportant de précieux détails sur cette époque, figurent dans mon livre « El Jadida, la revanche des racines », publié en 2021 (pages 79 à 85). Un autre témoignage tout aussi important, celui de Prosper Bendelac, dont le père fut le premier directeur de cette minoterie à l’époque de la firme Fradin, est également à découvrir dans mon ouvrage « La communauté juive d’El Jadida », paru en 2013 (pages 118 à 120).
Depuis trente-trois ans, la collection des Cahiers d’El Jadida s’efforce de sauver de l’oubli et de la disparition ces précieuses bribes et fragments du passé contemporain de la ville et de sa région.
Pour la petite histoire, l’épopée de la minoterie industrielle commence en 1917 sous la direction de la famille Fradin, avant que l’établissement ne soit transformé en « Société des moulins de Mazagan ». Devenue la Somic, l’entreprise prend une tout autre dimension en 1935 avec l’arrivée du Suisse Alfred Hohl, qui en assure la direction générale pendant plus de trente ans. Au début des années 1960, quittant son siège historique du quartier Derb Bendriss, l’établissement s’installe au rond-point de la route de Marrakech. Au lendemain de l’indépendance du Maroc, la structure change de nom pour devenir « Les Moulins d’El Jadida».
Légende photo : Entre destruction physique et mémoire écrite : les Moulins d’El Jadida. Composition photo de Brahim Battah
Chronique de Mustapha Jmahri : La mémoire des Moulins d’El-Jadida sauvegardée par l’écrit
