El-Jadida : les poubelles débordantes du centre-ville, sont-elles devenues les nouveaux emblèmes de la ville?

Ailleurs, les villes rivalisent d’imagination pour se distinguer. Ici, une fontaine, là une sculpture, plus loin une horloge, un monument ou quelque autre œuvre appelée à devenir un symbole, un repère, une image que l’on immortalise et que l’on reconnaît bien au-delà des frontières de la cité. Car un centre ville est le mirour de la ville.
Mais à El-Jadida, il semble que l’on ait choisi une autre voie.
En plein centre-ville, juste en face de l’ancien magasin de chaussures Bata, ce sont de vulgaires bacs à ordures qui ont trouvé leur place au cœur d’un rond-point. Un choix pour le moins surprenant, qui en dit long, à lui seul, sur la conception du beau et de l’esthétique de ceux qui ont, toutes responsabilités confondues, les destinées de la ville entre leurs mains.
Il ne s’agit évidemment pas de nier la nécessité de disposer de poubelles dans une ville. Encore faut-il savoir où les placer, comment les intégrer au paysage urbain et surtout quel visage on souhaite offrir à ceux qui y vivent ou la visitent.
Car ce fameux rond-point, autrefois familier aux Jdidis, est aujourd’hui entouré d’une saleté qui ne semble émouvoir personne. Déchets épars, détritus abandonnés et traces de négligence composent un triste décor, comme si l’espace public avait cessé d’être considéré comme un bien commun.
Et pourtant, El-Jadida possède tant de belles histoires, tant de lieux chargés de mémoire, tant de paysages qui pourraient inspirer une véritable politique de l’embellissement. Une ville atlantique, une cité historique, une ville qui mérite mieux que des poubelles pour carte de visite.
Il y a quelque chose de profondément mélancolique dans ce spectacle. Car une ville ne se résume pas à ses bâtiments et à ses routes. Elle se raconte aussi à travers ses places, ses jardins, ses monuments, ses détails, ces petits signes qui témoignent de l’attention que ses responsables portent à son image.
Alors, en passant devant ce rond-point, une question revient, presque naturellement : est-ce vraiment ainsi que l’on imagine l’entrée dans une ville que l’on voudrait belle, accueillante et fière de son identité ?
Le plus triste, finalement, n’est peut-être pas la présence de ces bacs à ordures. C’est le silence qui les entoure.
Un silence qui semble avoir fini par banaliser l’inacceptable.
El-Jadida mérite des emblèmes qui racontent son histoire et sa beauté. Pas des poubelles qui racontent son abandon.
Abdellah Hanbali

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