En 1986, j’avais mené une enquête sur la lecture à El Jadida, en me penchant sur les fonctionnaires des différentes administrations à partir d’un échantillon représentatif. Après avoir mis mon travail au propre, je l’ai envoyé pour publication au journal arabophone « Anoual », où il est effectivement paru le jeudi 1er janvier 1987. Une année plus tard, en janvier 1988, cette étude fut également publiée dans la prestigieuse revue libanaise « Dirassate Arabia ».
Désireux de donner plus d’éclat à mon enquête, notamment auprès du public francophone, je l’ai traduite en français avant de me rendre à Rabat pour la remettre à Khalil Raïss, responsable de « L’Opinion Culture » qui paraissait alors chaque semaine comme supplément du quotidien. Je le connaissais bien, car il publiait mes articles, depuis déjà quelques années.
Khalil Raïss jeta un coup d’œil sur mon travail et le trouva pertinent. Cependant, il avança une contrainte technique : la présence d’une quinzaine de tableaux statistiques. Il me suggéra de refaire le travail sous forme de texte pur, en évitant au maximum les tableaux. J’en fus un peu déçu, étant venu spécialement d’El Jadida.
Mais le hasard fait parfois bien les choses : en descendant les escaliers du bâtiment de l’avenue Allal Ben Abdellah, je tombai nez à nez avec Khalid Jamaï (1944-2021), alors rédacteur en chef de L’Opinion, qui rejoignait son bureau. Saisissant cette belle opportunité, je lui montrai mon travail en lui expliquant la situation. Il prit l’enquête, la feuilleta et en prit connaissance sur les marches-mêmes. Il me dit alors : « Ne t’en fais pas, je vais régler ça… c’est un bon sujet que tu me proposes là. »
C’est ainsi que mon travail parut au centre de la première page de L’Opinion, le 16 juin 1987, sous le titre évocateur : « Les enquêtes de L’Opinion : que lit-on à El Jadida quand on est fonctionnaire ? ». Ce travail fut particulièrement apprécié par Khalid Jamaï, dont on connaissait l’attachement viscéral à la chose culturelle. Un ami correspondant local me révéla d’ailleurs plus tard que, lors d’une réunion avec les correspondants régionaux, le rédacteur en chef avait cité mon enquête comme un exemple à suivre.
J’eus par la suite l’occasion de revoir Khalid Jamaï dans ce même bâtiment, notamment pour l’établissement de ma carte de correspondant culturel du journal. Je conserve encore précieusement ce document dans mes archives, souvenir de ces années-là où la culture et la lecture des journaux connaissaient un engouement sans précédent.
Ma dernière rencontre avec lui remonte à son passage à El Jadida, au siège du Parti de l’Istiqlal situé à Bouchrit. Khalid Jamaï y intervenait en tant que membre du Comité exécutif du parti, instance au sein de laquelle il siégea pendant quatre ans, de 1998 à 2002.
Jmahrim()yahoo.fr
Chronique de Mustapha Jmahri : Une enquête culturelle qui me fit connaître Khalid Jamaï
