Seul face au monde… et à ses silences

Seul pour se battre. Mais contre qui ? Contre quoi ? Et surtout, pour quelle cause ?

Debout devant la préfecture en cette matinée du samedi, sous un soleil de plomb qui semble accabler jusqu’aux pierres, cet homme demeure immobile, stoïque, presque irréel dans sa solitude. D’une main, il se ferme la bouche, comme s’il voulait dénoncer un silence imposé, une parole étouffée, ou peut-être simplement donner à voir ce qu’il ne peut plus dire. De l’autre, il lève un doigt vers le ciel, dans un geste empreint de foi, comme pour rappeler que, lorsque les hommes détournent le regard, Allah, Lui, n’oublie personne.

J’ai poursuivi mon chemin, comme tant d’autres passants. Pourtant, quelque chose de cet homme est resté derrière moi… ou plutôt, quelque chose de lui m’a accompagné. Son image s’est accrochée à mes pensées, s’est invitée dans ce coin de l’âme où s’entassent les interrogations sans réponse et les tristesses que l’on ne sait nommer.

Quelle persévérance ! Quelle étrange force faut-il posséder pour rester ainsi debout, seul face à l’indifférence, sous un ciel brûlant, avec pour seule arme un geste, une présence et, peut-être, une espérance que les autres ne voient plus ?

Mais que savons-nous de son histoire ? De ses blessures, de ses combats, de ses nuits sans sommeil ? Quel fardeau porte-t-il en silence ? Quelle injustice, quelle détresse ou quelle douleur le pousse à tenir ainsi, jour après jour, dans cette solitude qui semble n’avoir ni témoin ni écho ?

Nous passons, nous regardons parfois, puis nous reprenons notre route. La vie nous presse, les heures nous emportent et les visages s’effacent. Pourtant, derrière certaines silhouettes croisées au détour d’une rue, il y a des drames que nous ne soupçonnons pas, des souffrances qui ne se racontent plus et des appels au secours que le bruit du monde finit par étouffer.

Je n’ai pas cherché à connaître son combat. Je n’en connais ni les raisons ni les véritables contours. Et peut-être faut-il simplement accepter de ne pas tout savoir, de ne pas juger, mais de garder au fond du cœur une place pour la compassion.

Car seul Allah connaît les tourments de cet homme, les blessures qui le rongent et les espoirs auxquels il s’accroche encore.

Puisse Allah alléger son fardeau, apaiser son cœur et lui ouvrir une porte là où, pour l’heure, il ne semble rencontrer que des murs.

Et puisse-t-Il nous préserver de cette indifférence qui nous fait passer devant la détresse d’un homme sans toujours mesurer ce qu’il nous laisse, longtemps après, comme une ombre au fond de l’âme.

Abdellah Hanbalii

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