Ayman Benaddi : le talent qu’on n’a pas su voir

Jeudi soir, sous les projecteurs d’un match amical Maroc–Bahreïn, un nom a surgi, inattendu : Ayman Benaddi. L’ancien joueur du DHJ ( espoirs) s’est métamorphosé, l’espace d’une soirée, en véritable Maldini oriental. Combatif, lucide, intraitable, il a tenu tête aux stars du onze marocain comme s’il jouait le match de sa vie. Et peut-être que c’était le cas.
Même Walid Regragui, peu prompt à distribuer les compliments, lui a lancé un “bravo” en direct. Quant au sélectionneur de Bahreïn, il est allé plus loin : “Si j’avais une fille, je la lui donnerais en mariage !” C’est dire l’admiration que ce jeune défenseur, au sang et au cœur marocains, a suscitée.

Mais derrière l’éclosion de ce joueur sous d’autres couleurs se cache une réalité amère, qui en dit long sur la gestion du football marocain. Car pendant que la Fédération et les recruteurs de l’équipe nationale s’épuisent à traquer des talents aux quatre coins du monde, ils laissent filer, sous leurs propres yeux, des pépites qu’il suffisait d’encadrer, d’écouter et de croire un peu en leur talent.

Ayman Benaddi est de ceux-là. Né de parents marocains, il a défendu les couleurs du DHJ ( espoirs) , avant que le comité actuel du club ne décide, dans sa clairvoyance légendaire, de le reléguer à l’oubli, sans considération ni suivi. C’est ce même comité, incapable de bâtir un projet sportif cohérent, qui a poussé ce garçon à l’exil, à tenter sa chance sous d’autres cieux, jusqu’à Bahreïn, où il brille aujourd’hui sous les applaudissements.
Alors oui, on peut saluer le flair de Bahreïn et la rigueur de Benaddi. Mais surtout, on doit pointer du doigt un système qui préfère recruter que former, admirer que construire, pleurer les départs plutôt que d’empêcher les fuites.
Hier, en voyant Benaddi neutraliser nos attaquants, on pouvait presque entendre le murmure ironique du destin :
“Ce joueur, vous l’aviez chez vous. Il suffisait juste d’ouvrir les yeux…”
Et si cette phrase, au lieu d’être un simple constat, devenait enfin une leçon ?

Abdellah Hanbali

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