Venu est temps de moraliser le champ médiatique local !

 Journaux 2005

Par:Azzedine Hnyen

On l’avait dit tout haut, écrit et on l’avait dénoncé avec véhémence. Le champ médiatique est miné ici, à El Jadida et partout dans la province, comme d’ailleurs partout dans le royaume, par de pseudo- journalistes et des « journaleux » recrutés (hélas!) par des organes de presse nationaux indépendants sans que ces derniers ne s’assurent de la fiabilité de l’individu les représentant. Des gens de tout bord et sans instruction aucune se permettent d’avoir leurs propres journaux et leurs sites électroniques sans aucune réticence de la loi.

C’est un reproche constant. Tout le monde à El Jadida peut se dire journaliste. Et voilà ce qui serait, au vu des malfaçons de la presse locale, l’une des difficultés du moment. Comment, en effet, avoir une presse locale responsable et honnête, quand on y entre et sort sans protocole, quand chacun peut écrire et se faire entendre, quand toutes sortes de gens venus y exercer, semble- t- il, par hasard, y disposent d’une tribune, en usent sans précaution, sans montrer la moindre notion de ce que ce le journalisme, le traitement de l’information signifient ? On a déjà beaucoup écrit sur ces « touristes » du journalisme, ces plumitifs, sans moyens ni qualités, qui comptent dans leurs rangs de vrais clochards ou de parfaits « escrocs » et donnent une image déplorable du journaliste au moment où la profession tente malaisément de s’organiser, de se faire entendre et respecter.

On parle, volontiers, de la liberté d’expression comme d’un droit naturel offert à tous. C’est, dit- on, sur ce principe fondateur que se constituent les médias, leur pratique.

Le phénomène des faux journalistes, surnommés railleusement les « Nejjaras », n’est pas nouveau. Ils infestent depuis longtemps la profession. Escroquerie au visa, interviews payantes, articles d’intimidation, monnayage de scandales, mendicité de la publicité et chantage, en tout genre, ils ont plus d’une corde à leur arc. Ils se cachent sous toutes les apparences, malgré les plus respectables. Entre les jeunes voyous et les « has been » aigris, les escrocs occupent le haut du pavé. Ce phénomène des faux journalistes commence à prendre une dimension inquiétante, souillant l’image de la profession et mettant devant leurs responsabilités leurs employeurs et ceux les ayant autorisés à créer leurs supports médiatiques. Plusieurs dizaines de personnes portent frauduleusement l’écharpe des «Nejjaras». Et si les causes de ce phénomène sont multiples, la responsabilité des officiels est, néanmoins, évidente en refusant de demander la présentation de la carte professionnelle ou une accréditation. « C’est vrai, ce phénomène commence à nous agacer, mais comment peut-on faire pour contrôler l’accès à une salle de réunion ou à un hôtel? », déplore un responsable de la province. Pour contourner l’exigence de la carte de presse, les «Nejjaras» ont trouvé la panacée. Les « directeurs » de journaux qu’ils prétendent représenter leur ont fait établir des cartes barrées aux traits rouge et vert, en violation flagrante de la législation en vigueur. Même les journalistes professionnels, que nous connaissons comme tels, n’en portent pas. Ce responsable n’oublie pas pour autant que certains jubilent à la vue d’une salle archicomble, même si, le lendemain, les articles relatant l’événement se comptent sur les doigts.

Ici, à El Jadida, deux personnes, se targuant d’être des « journalistes », sont tombées dans les coups de filet de la justice pour avoir soutiré de l’argent à des gens. D’autres, dit- on, vont connaître le même sort. Des plaintes seraient déposées contre elles pour chantage. Certains de ces journalistes de cette dernière décennie ont trouvé une judicieuse manie d’adhérer dans des organisations des droits de l’homme. Ainsi, le jeu de maître chanteur lui est facilité pour « son rôle » de défenseur des droits des opprimés (sic). Une pratique qui a donné, malheureusement, ses fruits auprès de certains responsables d’administration et de personnes de la société civile.

Depuis, donc, des années des entreprises de presse véreuses ont fleuri de manière inquiétante. De nombreuses personnes parlent d’extorsion organisée cachée sous forme de publicité, de faux certificats de travail et cartes de presse. Ce dernier document est, en effet, très prisé..
Il est, certes, vrai que la législation « trop laxiste » sur la publication des journaux, encourage la prolifération de telles pratiques. La liberté de la presse ne pourrait signifier pas que quiconque pourrait publier un journal. Cette liberté doit être assortie d’un cahier des charges précisant les devoirs et obligations de tout un chacun et garantissant la dignité des journalistes. Il est grand temps d’avoir de véritables entreprises de presse qui garantissent la dignité des journalistes au lieu de les exploiter et de les jeter dans les démons de la misère. Ce faisant, elles les poussent à s’adonner à des pratiques contraires à l’éthique. La panse remplie, reste comment payer le loyer ou prendre un taxi pour rejoindre le domicile tard dans la soirée. Quémander est monnaie courante, mais c’est insuffisant car dépendant de la générosité des invités et autres connaissances. Alors, le recours à l’arnaque se fait avec une spontanéité déconcertante.
Le constat est établi. Les avis demeurent, toutefois, partagés sur les moyens d’arrêter la gangrène. Si les professionnels appréhendent la solution dans un cadre global, celui des conditions d’exercice du métier de journaliste doit être sérieusement discuté par toutes les parties concernées pour que les «Nejjaras» ne salissent pas, davantage, l’image de quatrième pouvoir indispensable au développement du pays et de la société. Il y a urgence de renforcer la déontologie, de mettre en œuvre la Charte d’honneur, de démocratiser les rédactions et d’établir des conventions collectives qui préservent les droits des journalistes. En somme, il faut que les médias se modernisent. En attendant, cette meute continuera de faire ravage. Les professionnels, eux, resteront résignés à constater les dégâts. Mais jusqu’à quand ?

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