UN MOMENT UN LIVRE…« Meurtres à Mazagan » CONNAISSEZ-VOUS Miloudi Hamdouchi ?

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Par : Haj Abdellatif Cherraf

En quelques mots, Miloudi Hamdouchi, pour ceux qui ne le connaissent  pas, est  Docteur en droit des Universités marocaines et françaises. Il est Professeur de l’Enseignement Supérieur, mais aussi Avocat au  Barreau de Paris et Auteur de plusieurs essais, études et romans.

Pourquoi j’en parle aujourd’hui ?

Et bien, pour la simple raison que je suis mazaganais et que   Hamdouchi me rappelle le nom d’un commissaire de police qui avait marqué de son emprunte l’histoire de ma ville natale El-Jadida. D’ailleurs, son passage y a été bénéfique, puisqu’il avait nettoyé la ville de la délinquance et de ceux qui agressaient les gens en plein jour !

On le salut au passage pour la renommée qu’il  s’est taillé à El-Jadida.

Les jdidis le surnommaient « Colombo ».

J’en parle aussi, par ce que, « Meurtres à Mazagan » est un livre de poche qu’on peut lire le long d’un voyage, dans un train, de Marrakech à El-Jadida, par exemple.

J’en parle, par ce que, ce titre m’a scotché en pleine librairie souterraine de Marrakech, face au cinéma Colisée ! Et pour cause, l’auteur parle de cinq victimes qui n’étaient pas originaires d’El-Jadida ; deux de Béni Mellal, une de Tassaoute, deux de Moulay Brahim. Les crimes ont été commis en cinq mois… Imaginez la psychose des habitants !

J’en parle enfin, parce que les meurtres ne sont pas commis à Mazagan ! Ouf quel  soulagement.

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Et finalement c’est ce doute qui avait amplifié ma curiosité à acheter ce livre dont je vous laisse, chers lecteurs, le soin de découvrir le ou les lieux des meurtres…

Par contre, voici l’intégralité des passages que j’ai aimé en lisant Meurtres à Mazagan :-« Mazgan n’a rien des cités chauves au regard langoureux. Les vagues, telles des collectivités impitoyablement compétitives, nettoient son visage des scories, des enveloppes de lave et la remette à neuf. Un bain de jouvence qui se reconnait à ses fruits. Une intarissable bave mousseuse diffuse un lyrisme musical qui pénètre l’éternité jusqu’aux entrailles. Une éternité qui vit en captivité, bégayant sous l’émotion, caressée par une chevauchée de légende mille fois revisitée. Les guirlandes de vagues branlent du matin au soir et tissent de longues tresses, belles et pimpantes qui s’ouvrent et se referment sur une enfilade interminable de parchemins enluminés, témoins du temps qui s’éclipse secrètement, obstinément. Le clapotis des ondulations  est une symphonie envoûtante  d’une sensation saisissante, un appel à l’exultation trépidante, une convocation des nostalgies, des mythes et des fables.

L’Océan qui baigne la cité est un lac d’ablution, une fabrique de méduses exotiques, un enclos d’activités fabuleuses, une nappe de secrets capturés et jalousement gardés. Mazagan se glisse dans la peau de l’Océan et l’Océan se glisse dans la peau de Mazagan. Témoigne de cette osmose, la vibration qui ruisselle de la chair et de l’âme.

Comme l’Océan, Mazagan est un  mille- feuille  de pulsions pathétiques enveloppées dans les draps de mystère.

Comme Mazagan, l’Océan fait l’élevage de fresques foisonnantes où se croisent des rêves et des songes dans une jota ininterrompue, fermée à toute investigation.

Comme l’Océan, Mazagan boit l’air humide, tantôt à petites bouchées, tantôt à goulées avides.

Comme Mazagan, l’Océan aux rides touffues sourit aux fées fantasques qui quittent à l’aube leur lit pour s’enfoncer dans les rigoles de l’éternité. Au crépuscule, les êtres fabuleux se mettent à genoux et prient sans jamais se décourager pour le fils de l’homme et la fille de la femme peu bienfaisants envers eux-mêmes et ennemis irréductibles de tout être qui déclare sa fidélité à la vérité et à la parole !

Mazagan entrepôt de l’histoire à l’intensité foudroyante, lance du profond de la grisaille des rais de lumière, épand à profusion et sans jamais compter sa bonhomie, son effusion, sa générosité. (…………).

Comme Jérusalem, Mazagan joint les mains sous son menton et prie tout nûment, les yeux humides de larmes, pour les mouettes qui ni la grêle ni le feu n’ont pu décimer. Ombrées  de regrets mélancoliques, les hirondelles de mer pivotent comme dans un bal, les ailes en éventail, les yeux pleins d’amertume, les becs crispés, les corps écrasés sous un invisible fardeau, les gorges étranglées par des sanglots indicibles, comme des points blancs, elles virevoltent et papillonnent à la recherche d’un temps réduit à l’état lanugineux, à une baguette brumeuse qui se faufile dans le maquis de l’amertume.

(………….)

Le visage rembruni, le regard abattu, les mouettes prennent une longue inspiration avant de débiter un flot de doléances entrecoupées de gémissements silencieux. Puis, elles se taisent, se font face, tournent et retournent, marmonnent des adieux dans la tristesse et la douleur avant de disparaitre à l’horizon comme des étoiles filantes, comme des étincelles refroidies qui s’enfoncent dans des existences parallèles. Ces hirondelles de mer, comme les fauvettes des  roseaux en s’éloignant, semblent reprendre en écho cette sentence plaintive de Joan Didion : « Nous sommes d’imparfaits mortels, ainsi faits que lorsque nous pleurons nos pertes, c’est ainsi, pour le meilleur et pour le pire, nous-mêmes que nous pleurons tels que nous étions. Tels que nous ne sommes plus. Tels qu’un jour nous ne serons  plus du tout. »

 

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