Sidi Abderrahmane El Majdoub, un poète soufi engagé.

khizrani

Il ne cesse de nous étonner, cinq siècles après sa disparition. Quand le vent des événements ne souffle pas toujours en notre faveur, que notre avenir immédiat, ou celui de nos proches, semble faire de faux pas ou menacé par la précarité ; quand le pays traverse des périodes de crise et les solutions préconisées ne semblent pas répondre à la pression de l’heure ; quand certains de nos semblables se comportent comme s’ils descendaient de la cuisse de Jupiter et que nous nous trouvons dans l’incapacité de mettre fin à leur arrogance et à leur outrecuidance, alors c’est spontanément son nom qu’on invoque. Il est archiconnu dans l’ensemble de notre cher Maghreb, qu’il a sillonné pendant une grande partie de sa vie, sermonnant les uns, les incitant à sortir de leur crasse, stigmatisant d’autres pour leurs conduites blâmables, amorales.

De lui on a dit que c’était un troubadour, un aède, un poète sarcastique et anarchiste, voire révolutionnaire. Sidi Abderrahmane El Majdoub, puisque c’est de lui qu’il s’agit, a certainement été tout cela en même temps.

Né à Tit près d’El Jadida dans un « Maghreb apocalyptique »*, d’autres auteurs soutiennent qu’il serait né à El Aounate dans le pays des Doukkala  à une date que l’histoire n’a pas retenue avec précision, l’auteur des célèbres quatrains écrits dans une langue populaire semble vivre toujours parmi nous, toujours prêt à répondre à nos angoissantes questions.

Sidi Abderrahmane El Majdoub a été le témoin oculaire d’une désagrégation progressive du Maghreb tout au long du règne de la dynastie Wattasside(1472-1554). En Espagne, les revers ne se comptent plus. Grenade tombe en 1492. A l’intérieur du pays, le spectre de la colonisation hispano-portugaise couvre le ciel marocain. Le Maroc se replie sur lui-même. Notre poète a vécu ces drames dans sa chaire et son âme. Il les dénonce comme le ferait aujourd’hui un écrivain engagé, s’en prend à l’administration qu’il rend responsable de cette débâcle, et tente par son verbe lancinant de réveiller les somnolents de leur torpeur.

Selon certaines sources, Sidi Abderrahmane El Majdoub serait mort en 1565, donc une dizaine d’années après l’arrivée des Saâdiens(1554-1659). Mais il est toujours vivant parmi les peuples de notre grand Maghreb. Il n’est pas étonnant que le théâtre (nous pensons ici au regretté Tayeb Saddiki), la musique (les groupes Jil Jilala et Nass El Ghiwane), le cinéma, aient tenté avec plus ou moins de bonheur, de restituer la figure de cet exceptionnel Doukkali.

Dans un prochain article, nous donnerons la traductions de certains de ses quatrains.

Par: Mohammed Lakhzari

*J.Scelles-Millie et B.Khalifa : « Les quatrains de Majdoub le sarcastique, poète marocain du XVIe siècle »(Maisonneuve et Larosse, Paris 1966, réédition)

 

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