Par : Khadija Benerhziel

En me réveillant ce matin, une douce nostalgie s’empara de moi, au souvenir de ma ville natale El Jadida, et une foultitude de souvenirs m’ont envahie, d’une belle période où il faisait bon y vivre.

Un passé pas trop lointain, mais qui semble avoir existé il y a des lustres.

Oui, il faisait bon vivre à El Jadida des années 60/ 70 et jusqu’au tout début des années 80 , époque bénie où tout le monde se connaissait, quand elle était encore la petite ville coquette , nichée au bord de l’Atlantique, où chacun reconnaissait son voisin , son ami ou son parent de loin , et non perdu dans des masses humaines hétéroclites, criant et vociférant des insanités qui heurtent l’ouïe et la sensibilité des habitants.

Certains se fréquentaient depuis leur jeune âge, depuis le m’sid, en passant par le primaire jusqu’au lycée, et les liens de parenté, d’amitié ou de voisinage étaient tissés comme les fils d’une toile d’araignée géante.

Il faisait bon vivre dans ses ruelles propres, balayées et blanchies à la chaux et sentant bon le grésil, ce produit que les services municipaux utilisaient à l’époque pour désinfecter aussi bien les artères de la ville que le local où logeaient les chevaux de la municipalité.

Toutes les portes des maisons restaient ouvertes , même en l’absence de leurs propriétaires, sans crainte d’être envahies ou volées par des cambrioleurs venant de l’on ne sait où.

Il y faisait bon vivre, quand les enfants jouaient en toute tranquillitéhotel-marhaba1 aux billes, à la marelle, ou à d’autres jeux d’enfants maintenant disparus.

Et quand fatigués de jouer, il s’engouffraient indifféremment dans l’une ou l’ autre des maisons du derb, où la gentille dame de céans leur donnait un bon morceau de pain copieusement tartiné de beurre beldi avec un bon verre de thé, ou bien toute autre gâterie disponible à la maison suivant les saisons ou les moyens de chacun.

D’ailleurs, toutes les catégories sociales s’avoisinaient, en toute simplicité et convivialité, sans aucun orgueil ou vanité démesurés. En l’absence des mères, toutes les voisines les remplaçaient, de telle sorte qu’on les appelait ommi flana ( ommi Fatna, ommi R’kia, ommi Saâdia, etc , celles là étaient des femmes de mon derb , que Dieu les ait en sa sainte miséricorde).

Certains enfants étaient même frères de lait, dans la mesure où ils étaient allaités en même temps que ceux du même âge des voisines. Les familles musulmanes aussi bien que les juives se partageaient tout autant leurs menus de fêtes que les repas simples du quotidien.

Il faisait bon vivre à El Jadida en hiver, quand il pleuvait, et quand venait le soir, on entendait le bruit de la mer accompagné du grondement du tonnerre, douce symphonie pour moi s’il en est, et lorsque, enfants, on avait peur, on se réunissait autour des parents qui nous racontaient les histoires de Hdidane, de Jeha, de Sayf doul Yazan , cette dernière bien sûr assaisonnée à la sauce marocaine.

On se réunissait aussi autour de l’ancien poste de radio pour écouter de la bonne vieille musique ou suivre les contes qu’on y diffusait , ou bien regarder les programmes de notre bonne vieille RTM qui ne diffusait qu’à partir de 18 h.

Il faisait bon vivre à Mazagan / El Jadida, quand nos pas frileux des matinées d’hiver nous menaient à l’école, accompagnés du scandement des sabots des chevaux des calèches, quand la voix du vendeur de « jabane koul ou bane » à la sortie en récréation nous remplissait de joie, et quand les brumes vespérales spécifiquement mazaganaises amenaient avec elles les effluves de l’iode de la mer et les étendaient sur toute la ville comme un manteau humide.

Il faisait bon vivre à El Jadida au printemps, quand, dans les terrains bordant la ville fleurissaient les mimosas, les marguerites et les coquelicots, formant de beaux tapis multicolores qui enchantaient nos vacances de pâques. Quand les parcs et les jardins revêtaient leurs beaux atours floraux, et appelaient des nuées d’abeilles bourdonnantes gaiement et des myriades de papillons fiers de leurs couleurs chatoyantes.

Il faisait bon vivre à El Jadida en été, quand les cabines de la plage recevaient les nombreux estivants de toutes les villes du pays et qui ,le soir venu, après une bonne journée passée entre un soleil bienfaisant et un sable fin propre et doré , sortaient leurs tables et prenaient une petite collation, dans une atmosphère très conviviale .

Les musiques provenant du café Nejmat Al Mouhit surplombant les cabines, ajoutaient une note joyeuse à cette atmosphère bon enfant.

Les familles profitaient aussi pour faire connaissance entre elles et se promettaient des visites ultérieures mutuelles entre elles.

Oui, il faisait bon vivre dans notre El Jadida, et on n’aura de cesse de parler de son passé florissant.

Et tous les jdidis de souche ou de cœur qui l’ont connu s’en souviendront toujours avec nostalgie et amertume.

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