Principes: Regards sur le passé et le présent. 2/2. Suite et fin.

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Notre ami Mohammed Lekhzari avait dans la première partie de son article intitulé « Principes: Regards sur le passé et le présent »  soulevé quelques questions et interrogations pertinentes.

 A la fin de cette première partie, il a exposé la Vérité et le Vrai. Il a écrit en substance:

 -Pour respecter et honorer autrui, il convient également d’éviter à tout prix de croire que vous êtes le dépositaire de la vérité. Non, le dernier mot ne vous revient pas, la vérité appartient à tout le monde. Dieu, dans Son immense Miséricorde, n’en a pas privé des peuples pour la donner en exclusivité à d’autres. Fréquente, malheureusement, est l’erreur consistant à s’imaginer que l’on est dans le vrai et que les autres sont des primitifs, des sous-hommes taillables et corvéables à merci. C’est même là une aberration qui constitue la trame de l’histoire ancienne et récente des sociétés humaines.

La suite de son article, la voici:

J’ai récemment exposé ces quelques idées à un vieil ami connue par sa sagesse mais aussi par son franc-parler. Je rapporte ci-dessous les grandes lignes de notre conversation, qui s’est vite focalisée sur les alarmants et angoissants problèmes de nos sociétés actuelles

-Lui : Tu parles comme si les principes, sur lesquels tu bases tout ton raisonnement, étaient absolument à l’abri des vicissitudes tragique de l’histoire. Je conteste chez toi l’idée de principe pérenne. Pour moi, les principes sont comme les êtres humains : ils naissent à un moment de l’histoire, se développent, passent par des moments de grandeur, puis subissent la loi qui régit tout l’univers, je veux dire déclinent et tombent en désuétude pour finalement être enterré dans les abysses obscurs de l’oubli. Ces principes ne sont pas remplacés chez nous, mais nous collent à la peau comme le sparadrap du capitaine Haddock. Or un principe qui est en déphasage par rapport à notre actualité ne présente plus aucune utilité, quand il ne constitue pas une gravissime entrave qui remet en question jusqu’à notre devenir. Dans notre monde à nous, on s’accroche pitoyablement aux idées d’un passé révolu, que nous réinventons chaque jour et, malheureusement, embellissons par nos défaites et  humiliations répétitives. Nous savons parler avec beaucoup d’éloquence des événements lointains de notre passé, mais nous sommes de pauvres hères quand il s’agit de démêler l’écheveau de notre présent. Jusqu’à quand allons-nous continuer à nous bercer d’illusions, à mentir à nous-mêmes? C’est la question qui me taraude depuis longtemps. Aujourd’hui, je ne vois pas le bout du tunnel.

-Moi: Faut-il mettre à l’encan toutes nos valeurs, à l’instar de quelqu’un qui tombe dans la dèche et, pour survivre, se voit contraint de vendre tous les objets personnels auxquels il était viscéralement attaché par le passé ? Faut-il passer commande à l’Occident de nouvelles façons de vivre, comme on importe les nouvelles technologies que notre intelligence, ankylosée à force de ruminer pendant des siècles le même pain rassis dont elle ne veut plus aujourd’hui, est incapable de produire?

-Lui : Je pense que ce serait la pire des solutions. Cette question alimente fréquemment les débats aujourd’hui. Elle me fait penser au mythe du serpent de mer qu’évoquaient jadis les marins au cours de stériles altercations qui ne donnaient jamais lieu à des conclusions précises et définitives. Personnellement je réagis toujours en tournant mon regard vers les peuples d’Asie, dont les fulgurants développements les placent aujourd’hui au cœur de l’actualité et forcent l’Occident, hier si arrogant à leur encontre, à les traiter avec plus de circonspection. On respecte les hommes courageux, hardis, prêts à s’engager dans des expériences inédites. En opposition, on a très peu de considération pour les peuples à l’esprit timoré, qui marchent comme des écrevisses, et sont incapables de voir la réalité présente des choses. A quel moment ces peuples de l’Asie sont-ils sortis de l’ornière de l’histoire et sous quelles impulsions ? De leur immense patrimoine culturel, qu’ont-ils abandonné, qu’ont-ils gardé et selon quels critères ?

-Moi : Mais comment comparer des peuples qui n’ont pas la même histoire et entre lesquels il n’ y a aucun point commun ?

– Lui : Un principe, je le répète, c’est comme une dent malade. Si elle ne peut plus m’aider à broyer les aliments, nécessaires pour ma survie, n’est-il pas raisonnable, vital, de tenter de la soigner et, si le mal s’avère incurable, de l’arracher sans regret ? C’est précisément ce qu’ont fait ces peuples. Notre malheur, c’est qu’on s’attache trop à un passé, momifié et divinisé, et pas assez à notre lamentable présent pour voir comment sortir de notre marasme, comment respirer un air moins chargé de miasmes. Veux-tu une autre comparaison ? Nous sommes comme les passagers d’un  navire vétuste  qui cingle sur une mer dangereuse vers des destinations inconnues. A tout moment il peut faire naufrage et il est à craindre qu’il n’y aura pas beaucoup de rescapés, si un tel malheur venait à se produire.

-Moi : Tu rejettes ton passé, tu veux qu’on singe les autres nations ?

-Lui : Je te répondrai en faisant encore une autre comparaison. j’espère que cette fois-ci tu comprendras et surtout que tu seras convaincu. Si ton pantalon est déchiré et laisse voir ton derrière et fait de toi la risée de ton entourage, vas-tu le garder parce que c’est ton père qui te l’avait offert et qu’à ce titre il garde pour toi une grande valeur sentimentale ? Pour honorer la mémoire de ton père n’est-il pas plus intelligent pour toi d’acquérir un autre pantalon qui te restitue ta dignité que le cadeau paternel, usé par le temps, ne peut plus te procurer. Depuis leur séjour éternel, tes ancêtres ne sont-ils pas attristés de te voir brocardés par les nations qui t’entourent à cause de ton pantalon troué ? Ne seront-ils pas réjouis de te voir reprendre dignement ta place aux premières loges de l’Histoire comme tu l’étais jadis ?

Là-dessus, nous nous séparons avec la conviction partagée qu’il faut regarder différemment notre passé. A condition, dit mon interlocuteur, qu’il n’y ait pas de solution de continuité* dans notre patrimoine. Autrement dit qu’on ne rejetterait pas de manière inconsidérée certains chaînons de cette longue chaîne de traditions depuis le Prophète jusqu’à nos jours. C’est là un thème hautement sensible sur lequel nous nous sommes promis de cogiter lors de notre prochaine rencontre.

*Attention ! Une solution de continuité signifie « rupture, interruption qui se présente dans la continuité de quelque chose de concret ou d’abstrait »

Selon l’Académie française « Une solution de continuité est  une rupture, une interruption de ce qui doit être continu. Une cassure, une fissure, une lacune est une solution de continuité dans quelque corps.

Dire, figurément, Il y a dans son raisonnement, dans cette politique, une solution de continuité signifie qu’on y cherche en vain la continuité, la cohérence, la permanence souhaitées.

Mohammed LEKHZARI

 

 

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