Préambule à une rencontre d’amitié avec Fouad Laroui

Par Abdelali ERREHOUNI

Il y a beaucoup de bonheur ce soir. Le premier bonheur est celui de rencontrer Fouad Laroui, non sur le trottoir des livres piratés mais dans une vraie librairie. Le deuxièmebonheurest celui de rencontrer le sourire sage et heureux de Mustapha Jmahri et de Mbarek Bidaki. Le troisième bonheur est d’être aumilieu de toute cette belle présence le jour même où je suis né. Né, c’est ici que je le fus, dans cette ville maltraitée. Son nom est déjà une amputation et presque une insulte, car El Jadida -la nouvelle- n ‘est pas du tout nouvelle. Elle n’est pas née de la dernière pluie ! Elle a son histoire, sa mémoire et son âme. Elle a vu passer des hommes, elle a vu passer des femmes ; elle a vu passer des trains et des bateaux, des consulats et des batailles, des théâtres et des cinémas, des mabouls et des écrivains.

Mustapha Jmahri est un fou, un fou d’El Jadida, un fou d’histoire, un fou de mémoire. Cela fait plus de vingt ouvrages qu’il met du cœur à l’ouvrage, à creuser dans la mémoire de la cité afin de déterrer les morts pour réveiller les vivants. En cela, il faut dire qu’il n’est pas très différent de la majorité de nos élus locaux qui, eux, heureux d’être toujours vivants, s’acharnent depuis longtemps à creuser les routes et les quartiers, les ponts et les chaussées à la recherche de je ne sais quel trésor caché ! Si seulement ils pouvaient creuser un instant dans les écrits de Mustapha Jmahri, ils auraient compris qu’ils ont touché le fond et que, dans le fond, notre ville n’a pas besoin de trous pour respirer, qu’il ne suffit pas de coupler pour jumeler et qu’à la culture, il est impertinent de fermer la porte au nez.

Je comprends mieux maintenant pourquoi notre ami Fouad Laroui  a , pour mieux respirer, dû quitter nos rues et nos quartiers pour aller chercher sous d’autres cieux et dans d’autres contrées d’autres ponts et chaussées où l’on creuse moins dans l’espace que dans la pensée.

Fouad Laroui c’est la vie. Et la vie se confond chez lui avec l’envie. Si l’on creuse comme de vrais doukkalis, dans la vie de Fouad Laroui, on découvrira qu’il avait fait ce dont il a envie. Voilà bien un homme heureux ! Quand il avait envie de partir, il est parti ; et quand il avait envie de revenir, il est revenu. Il était marocain et puis il avait envie de devenir aussi néerlandais. Il était ingénieur et puis il avait envie d’être professeur, poète, romancier, nouvelliste, économiste, chroniqueur et essayiste aussi. Il est comme ça Fouad Laroui, un citoyen du monde et un éternel insatisfait qui vit, qui rit, libre dans l’espace et dans l’esprit. Il est le fantasme même de tous ceux qui rêvent d’être Fouad Laroui. La première fois que j’ai lu Les Dents du topographe et Le Maboul, je me suis dit : voilà bien un écrivain qui s’amuse à écrire. Et je l’imaginais toujours écrire avec le sourire. Il est comme ça Fouad Laroui : il sourit comme il écrit et il écrit comme il sourit. Il ne se prend pas trop au sérieux quand il se surprend en flagrant délit d’écriture. On le lit ; on sourit avec lui et puis soudain, comme par magie, on ne sourit plus, car, en flagrant délit de lecture, on surprend le sens et l’on comprend qu’on a compris. Car, finalement, quand Fouad Laroui parle de lui, c’est de nous qu’il s’agit. Alors, on ferme le livre encore inachevé, on réfléchit, puis l’on se dit : Fouad Laroui, merci.

Discours d’ouverture à la rencontre sur le thème « En compagnie de Fouad Laroui, souvenirs de jeunesse » organisée le samedi 25 juin 2022 à la librairie de Paris à El Jadida, en présence de Fouad Laroui

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