MÉMOIRE, ou DAKIRA, a démarré sa première édition par un hommage à SAID AHID

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Par Driss Tahi

Décidément, on ne peut trouver un meilleur levier , pour donner le premier coup d’envoi d’une longue série de rencontres imaginées , minutieusement élaborées, et programmées par les organisateurs : la direction de la culture, APAC, PACTART, et Les Amis d’Ibn Zaidoun, qui ont décidé de rendre hommage à des intellectuels , femmes et hommes , acteurs incontournables sur la scène culturelle , et témoins d’une periode de l’histoire de la ville d’El Jadida et sa région , aussi , le choix d’une personnalité au profil aussi emblématique que celui du premier invité de cette première édition de « MÉMOIRE »: Saïd Ahid était dans ce sens, on ne peut plus judicieux.

Le directeur de la culture et de la communication, qui avait ouvert le bal dans la mythique salle du théâtre de l’église, lieu hautement symbolique et porteur de messages , a donné lors de son intervention, et après avoir souhaité la bienvenue à Saïd Ahid, aux invités, et à l’assistance, un bref aperçu sur l’importance de l’événement « MÉMOIRE » , les objectifs qu’il s’est tracé , ainsi que leurs intérêts , et leur rôle instructif pour le public, et surtout ,dans la mise en avant de la ville et sa région ,notamment sur le plan culturel, voire même touristique.

« MÉMOIRE » serait donc une opportunité qui permettrait de jeter la lumière lors de chaque édition sur ce riche héritage du patrimoine, culturel matériel, et immatériel, dont jouit la province, et ce à travers les personnalités du monde littéraire, scientifique, et aussi les historiens, et les artistes que les organisateurs se feront fort d’inviter.

Aussi, le choix s’est porté sans coup férir, et à l’unanimité pour cette première édition, sur Said Ahid ; l’écrivain prolifique, le poète engagé, le journaliste…

Auteur de plusieurs romans, et recueils dont :

« Résidus d’un autoportrait  »

«Un semblant de (dé)raison» et «Rien… ou presque».

 » Justice, Crimes et châtiments dans le Maroc du XVI siècle  » et bien d’autres ouvrages.

L’événement MÉMOIRE, de ce premier février, modéré par Abdellatif 52935836_296910134322921_85371408539975680_nBidouri, a drainé comme on s’y attendait, beaucoup de monde, des amis venus de partout, artistes et intellectuels, pour assister à cet hommage, en plus de deux illustres invités : Abdelhamid Jmahri, et Hicham Houdaifa, tous les deux journalistes, confrères et amis de Saïd Ahid, connus pour leur engagement en tant qu’intellectuels. Les deux témoignages édifiants, et très émouvants, apportés par les deux hommes ont impressionné, et Saïd Ahid , et l’assistance, donnant du coup une idée sur l’autre regard que portent les autres sur l’enfant prodige de la ville d’El Jadida ; ceux qui l’avaient côtoyé de près, et l’avaient connu au travail , et à titre personnel, sous des facettes jusqu’ici inconnues de son public.

L’artiste peintre Abdelkarim El Azhar, et la poétesse Hassana Addi, sont intervenus tour à tour, dans une brève allocution en hommage à Saïd Ahid, au nom de PACTART et les Amis Ibn ZAIDOUN.

Le célèbre poète Saïd Etachfini, lui a de son côté dédié, en tant que membre de l’APAC, et ami d’enfance, un poème intitulé « ne nous dites pas qui êtes vous ? »

Un autre discours a été lu enfin par le représentant du salon Mazagan pour la culture; BRAHIM ADRAOUI.

Les intervenants n’ont pas tari d’éloges à l’égard de Saïd Ahid , L’homme au fait est un inconditionnel de « Jdida » comme il se plait à l’appeler, celle qui l’a enfanté un beau matin , au cours de la deuxième moitié du siècle dernier, entre les ruelles étroites de Derb Bendriss au cœur la ville , et les jolies plages sur les bords d’un splendide littoral , lorsque l’avenir se profilait alors prometteur ,et plein d’espoir, une ville qui a bercé les plus délicieuses années de son enfance, et de son adolescence, et qui l’habite depuis jusqu’à la moelle , malheureusement, aujourd’hui elle est passée complètement à côté ; dans une situation de débauche ,et un état malsain qui gênent , et révoltent Saïd Ahid , qui explose juste en y pensant, tel un amant trompé et blessé dans son amour propre , tantôt à cause de la passivité maladive des élus et des responsables , et tantôt par l’image d’ une ville qui ne cesse de se dégrader , et par son laxisme aussi vis à vis de ses détracteurs , qui l’avaient transformée en « prostituée » selon lui, autant de réflexions et de propos qui font de cet écrivain et poète un interlocuteur singulier , à tel point qu’on a l’impression en lisant certains passages de ses écrits, que plutôt d’écrire …dégoûté, Saïd Ahid vomit parfois, peut être, à force de prendre sur lui les bêtises, pour ne pas dire les crimes des autres.

Une ville dans laquelle il se fond, pour ne faire qu’une seule personne avec elle, comme lorsqu’il déambule du côté de la grande poste ; là, j’évite de le déranger, tout en continuant à observer de loin l’auteur de « sacrilèges  » sortant du néant, l’esprit perdu, jetant un regard furtif et circulaire sur le théâtre MSA , comme pour vérifier s’il n’a pas été déplacé, ou tout simplement rasé, et sur ses abords, qui prennent chaque jour un sérieux ,et affligeant coup de vandalisme, poussant au passage un profond soupir de nostalgie , sans perdre un moment la suite d’une ballade qui finit comme d’habitude par le conduire, dans l’un des endroits encore fréquentables sur la place ,où il peut retrouver quelques unes de ses vieilles connaissances, une récréation, ou une autre source d’inspiration …pour l’écrivain, et le journaliste.

« Une ville finit par être une personne ». Victor Hugo

Je dirais qu’une personne comme Saïd Ahid ,finit par devenir sa propre ville, où il vogue ,et semble se complaire à merveille, malgré tout, tel un enfant attaché à sa mère…vivant presque en apesanteur, pour éviter les confrontations non constructives. Par ailleurs l’homme porte en lui un pan de l’histoire de cette ville , de par ses ouvrages, en plus d’un amour particulier, et indéfectible , parfois violent , puisqu’il lui arrive de lui en vouloir à travers certains de ses propos incisifs … « El Jadida se ruralise  » disait il ; en effet, puisqu’elle n’arrive pas à digérer l’exode , affluant de toutes ses régions , déferlant comme un tsunami , sans qu’on puisse jamais l’endiguer, ce qui influe ,étant donné son ampleur , d’une manière visiblement désastreuse sur son aspect , défigurant ainsi sa face ,autrefois douce et attrayante, à cause de son lot de mœurs , et d’habitudes bédouines , parfois agressives , choquantes, et par conséquent destructrices, et que la ville se voit subir , dans une inertie étonnante, telle une malédiction, sans pouvoir réagir , cédant presque , malgré elle au fait accompli.

 

 

 

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