Marocains du Canada : Trop de divorces…

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Par: Mouna Achiri

Qu’ont-ils tous ces couples à se disloquer dès qu’ils quittent leur pays natal ? L’harmonie familiale serait-elle allergique à la rigueur hivernale du Canada ? La réponse ne peut se résumer à une phrase ni à une seule raison. Il faut définir le contexte économique et social où la relation conjugale bat de l’aile. Car plusieurs facteurs contribuent à précipiter la rupture de la cellule familiale. En voici les principaux…
Parfois, les rêves et projets d’un avenir prospère se désintègrent au contact de la réalité du vécu quotidien, une fois sur le territoire américain. Et cette désillusion est vécue différemment d’une personne à l’autre. Certains ravalent leur déception et refont leur vie à zéro. D’autres n’acceptent pas la nouvelle existence qui s’oppose à leurs aspirations et optent pour d’autres alternatives dont le retour au bled ou encore la séparation de l’autre, accusé d’être l’instigateur de cette situation.

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Problèmes d’intégration
Période difficile que sont les premières années d’installation dans un autre pays: éloignement de la famille, difficulté à s’adapter au nouvel environnement, hostilité du climat, heurt à une nouvelle culture et une manière d’être et de vivre différente, tous les facteurs sont là pour renforcer le sentiment d’isolement, de solitude, d’incompréhension et de rejet. Tout se joue donc lors des premières années d’établissement. Ça passe ou ça casse comme on dit. Alors si à cela s’ajoute le chômage, il y a de fortes chances que ça casse. De nombreux immigrés se heurtent effectivement au manque de reconnaissance de leurs diplômes. L’eldorado est loin derrière soi quand on découvre que c’était de la poudre aux yeux face au marché de travail canadien qui donne une chance aux métiers manuels et boude les professions libérales. Il n’est pas rare de voir un médecin se convertir en livreur de la restauration rapide ou en chauffeur de taxi, de voir une ingénieur se convertir en secrétaire de bureau ou éducatrice. Il n’existe pas de sot métier, mais des années d’études contraignantes, de sacrifices et de labeur sont assez difficiles à balayer d’un coup de main par manque d’opportunités, il y a de quoi déprimer. La dignité en prend souvent un coup, et le conjoint (ou conjointe) peut devenir le souffre-douleur de cette situation insoutenable.
L’expérience canadienne s’érige également comme obstacle énorme devant le nouveau postulant. Non introduit dans le milieu professionnel canadien, il est heurté à cette exigence parfois insurmontable. Il devient donc nécessaire au candidat de commencer au bas de l’échelle pour pouvoir espérer prétendre à un poste qui répond à ses compétences. La situation financière est parfois telle qu’elle fait naitre toutes sortes de conflits au sein du couple. Quand l’aspect matériel s’arrange, la situation conjugale le suit. Sinon cap vers un avocat pour la dissolution du mariage.

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Choc culturel
Six mois de froid et de neige désespérément blanche. Voilà un climat inaccoutumé pour un méditerranéen habitué à la chaleur et au soleil qui dure une bonne partie de l’année. Si certains expatriés maghrébins arrivent à surmonter les longs mois de froid, ravis de profiter du chauffage centralisé qui leur fait oublier la rigueur du froid dans les maisons bétonnées maghrébines, d’autres vivent mal cette transition et interrompent, provisoirement ou définitivement, leur séjour supposé long au Canada pour retrouver la douceur du climat du pays de résidence. Plusieurs familles se retrouvent ainsi privées du patriarche reparti au bercail, laissant tout derrière lui, ou la mère qui rentre avec ses mômes laissant le père se débrouiller comme un grand pour assurer ses arrières sur le sol étranger. L’adage qui affirme que l’éloignement magnifie les choses doit s’adresser à d’autres cas…
Le divorce peut se faire de deux façons pour les immigrants. Un divorce canadien pour la séparation des biens et celui du pays de naissance pour les mêmes motifs. Quand le consentement est mutuel, la procédure prend environ un an afin de donner au couple une occasion de surmonter sa crise, comme au Maroc.
Pour le divorce marocain, les deux conjoints sont tenus de légaliser un formulaire fourni par le Consulat du Maroc et rempli par leurs soins. Ils doivent ensuite le ramener au Maroc afin d’entamer la procédure de divorce dans le pays d’origine.
Au Consulat marocain situé à Montréal, les statistiques répertoriées ne permettent pas de se faire une idée précise sur le taux exact de divorce parmi les Marocains du moment que «tous les divorces ne passent pas par le Consulat et que certains ne font qu’un divorce canadien ou qu’ils retardent le divorce marocain pour plus tard, voire des années plus tard» comme nous a renseigné notre source au Consulat qui nous a fourni les chiffres suivants : en 2011, étaient répertoriés 24 cas de divorce. En 2012 le nombre a chuté à 3 pour remonter en 2013 à 13 cas et maintenir ce taux en 2014.
On ne peut donc parler de statistiques officielles qui soutiennent les faits mais les cas qu’on voit autour de nous, rapportés par les amis et connaissances, répertoriés dans les mosquées, laissent supposer un taux beaucoup plus important de divorces parmi la communauté maghrébine en général, et marocaine en particulier, établie au Canada.

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Droits des femmes
Les droits des femmes. Voilà un aspect qui continue de faire couler beaucoup d’encre car les femmes se retrouvent dans un environnement favorable à leurs droits, qui donne raison à la femme et la protège. Un droit encore tâtonnant, parfois inexistant dans certaines situations dans les pays sous-développés ou en voie de développement.
Et là le conjoint peut se sentir menacé dans sa virilité, la structure de son couple, son autorité sur sa famille et ses principes. Beaucoup de couples ont fait intervenir la police pour résoudre un litige entre eux.
Contrairement au Maroc où l’intervention de la police en cas de litige dans un couple n’est pas un acquis, la police canadienne, présente à tout coin de rue, de jour comme de nuit afin d’assurer la sécurité des citoyens (le Canada est parmi les pays les plus sécuritaires au monde), intervient au moindre appel. En cas de violence physique, sexuelle, émotive, psychologique, financière ou même verbale, la police ne tarde pas à remettre les pendules à l’heure carcérale…
Il est même arrivé qu’une très jeune femme, en rogne contre le retard de son époux, qui passait du temps avec ses copains, se plaigne à la police et les informe qu’il doivent fumer des joints entre eux, pour qu’ils l’embarquent dès qu’il arrive à sa demeure et lui interdisent de communiquer avec sa femme pour un bout de temps.
La médiation des proches dans les litiges familiaux sont connus pour sauver l’avenir des couples et c’est un phénomène très récurent au Maroc. La pression est tellement forte sur les partenaires que parfois ils reprennent ensemble à contrecœur juste pour ne plus avoir la famille sur le dos quand ils ne le font pas pour protéger leurs enfants.
Sous d’autres cieux, loin de cette intervention souvent bienfaitrice, livrés à eux-mêmes, il devient aisé pour eux de se séparer, parfois dans le secret ou avisant leurs proches en dernier.
Mais dans ce tableau sinistre les cas de réussite familiale n’est pas denrée rare. Il suffit d’affronter bravement les obstacles qui s’érigent les premières années, croire en son couple et surtout faire reconnaître ses compétences pour réussir son intégration dans la société hôte et garder sa cellule familiale sauve. Un couple qui réussit tous ces défis réussira forcément son intégration dans un pays comme le Canada.

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One Thought to “Marocains du Canada : Trop de divorces…”

  1. El Bied Abdelhakim

    En cas de divorce entre 2 marocains musulmans résidant à Montréal,
    – y a t’il partage des biens entre les 2 epoux
    -dans quels cas ce partage ne peut-être appliqué: donation du père au fils,héritage…
    -est ce que la donation entre frères peut entrer en ligne de compte en cas de partage des biens entre époux pour 1 divorce

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