Marocains à l’étranger : Cuisine et célibat !

Par : Fatine KABBAJ

La cuisine marocaine jouit d’une caractéristique assez particulière. Celle de rassembler les personnes, non seulement autour de la même table, mais autour du même plat. Que ce soit en famille, entre amis ou entre confrères, elle est là… présente! Une cuisine avec des saveurs variées qui nous enchantent et nous inspirent. En tant que Marocains, la cuisine marocaine nous accompagne dans tous les événements de la vie.

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 Chaque jour, les membres d’une famille se donnent rendez-vous pour déguster des mets préparés avec soin, principalement, par un seul et unique chef : notre mère. Très souvent, cette dernière est aidée par les grandes sœurs en âge de mariage à qui elle inculque les bases ainsi que les subtilités d’une cuisine de légende, en leur attribuant des tâches bien spécifiques à remplir.

La cuisine marocaine est, avant tout, une cuisine de personnes passionnées.

Passionnée, je le suis, c’est ma nature ! En plus, je suis une esthète. Tout ce qui est beau me fascine. Et cuisiner, représentait pour moi des moments de détente et de joie. Des moments où j’adorais expérimenter de nouvelles recettes qui faisaient le bonheur de ma famille.

Le samedi matin m’était attitré ! Toute seule, entre légumes, viandes, épices, huile d’olive et fines herbes, dans un grand espace que personne n’avait le droit d’approcher; dans mon monde, suffisamment parfait, j’étais à la recherche de ce gout enivrant qui allait être partagé entre frères, sœurs, cousins et voisins.

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Ces saveurs chatouillent encore mes narines, et ces goûts titillent mes papilles rien qu’à en évoquer les souvenirs qui me paraissent si lointains. Je me rappelle qu’au tout début de mon exil volontaire, il y a plusieurs années de cela, cuisiner et manger seule était devenu impossible tellement le gout et la passion qui m’animait avaient fini par s’essouffler. C’est ce qu’on appelle, tout simplement, être célibataire et « devoir » cuisiner pour soi-même.

La cuisine que je chérissais tant, faisait partie, désormais, de mes souvenirs, au même titre que les gens, les lieux et les événements qui ont imprimé ma vie.

Autant, cuisiner pour la famille était un pur bonheur, autant cuisiner pour moi-même relevait de la besogne ! Aucun plat n’emplissait mes yeux. Je ne comptais plus les soirées où Il m’était arrivé de dormir sans manger. L’envie n’était plus au rendez-vous.

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 Certes, petit à petit, j’ai appris que la vie continuait et qu’il fallait se nourrir. C’était ainsi que la cuisine du célibat s’était installée dans mon quotidien. Néanmoins, une question s’était imposée d’elle-même : Cuisiner marocain ou cuisiner tout court ?

Pour cuisiner marocain il faut prendre son temps, bien choisir ses légumes, les préparer, mariner sa viande, laisser mijoter les ingrédients à feu doux, et entre temps, écouter de la musique qui nous inspire et… attendre que le tout soit prêt.

La cuisine marocaine, quoique savoureuse, reste exigeante. Elle exige de nous, non seulement du temps, mais beaucoup d’attention, de la patience et de la passion.

Pour les personnes seules, vivant à l’étranger occident), ne comptant que sur elles-mêmes pour faire leur marché, laver leur linge, préparer leur repas et travailler à des heures impossibles, la cuisine marocaine n’avait pas sa place, dans la vie de tous les jours.

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Car, revenir exténuée de son travail et attendre un long moment pour manger devenait un parcours de combattant. Apprendre à cuisiner simplement, rapidement et santé était l’alternative qui a permis de concilier travail, étude, célibat et combat.

Combat ? Oui, nous étions certainement plusieurs à le mener. Mais, malgré toutes ces difficultés rencontrées, les femmes célibataires marocaines essaient de garder ce lien qu’elles n’arrivent pas à rompre avec leurs traditions, et plus particulièrement avec la cuisine marocaine.

Cette cuisine devient donc un moment de partage, une occasion de promouvoir leur culture, leur savoir-faire, et une joie qu’elles partagent avec les autres.

Quant aux hommes, la plupart d’entre eux, sauf ceux qui se sont attelés devant les fourneaux pour apprendre les rudiments de la cuisine marocaine, ils mangent le plus souvent dehors. Pizzas, sandwichs et plats congelés constituent leurs repas principaux.

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 Étant convaincue qu’aujourd’hui c’est encore la réalité de plusieurs célibataires, j’ai décidé d’interroger mes amis célibataires sur Facebook, vivant à l’étranger, sur la relation qu’ils entretiennent avec la cuisine marocaine. J’ai tenté de savoir s’ils cuisinent assez souvent ou de temps en temps et s’ils sont encore des passionnés de la cuisine marocaine ou s’ils le font juste pour « se nourrir ».

Les réponses qui me sont parvenues sont aussi nuancées qu’intéressantes. La majorité des hommes qui ont répondu, ont affirmé que la cuisine marocaine n’est pas une cuisine adaptée au mode de vie occidental, aussi bien de par la durée de cuisson des mets que par la commodité.

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K.Sbihi : « je ne me vois pas ramener un tajine comme lunch à mon travail ». Les femmes, quant à elles, plus économes, elles soutiennent que cuisiner chez elle revient moins cher et que la cuisine marocaine s’agence avec tous les goûts et toutes les classes sociales.

  1. Saddiqi : « on trouve plusieurs recettes qui varient en fonction de leurs ingrédients et du temps de leur préparation. La fameuse recette œufs aux tomates (Lbid b maticha) ne prend pas beaucoup de temps dans sa préparation et est très économique. Tout comme certaines salades et grillades. Par contre, les tajines et les pastillas sont des plats un peu plus compliqués et plus coûteux ».cuisine.canada

Il est vrai que la cuisine marocaine oblige à déployer beaucoup efforts, mais elle reste une cuisine traditionnelle, succulente et raffinée. Nos mères ont jugé important de nous la transmettre pour ne pas rompre avec ce lien qui nous unit en tant que nation, familles et individus.

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