L’industrie sportive

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Les exploits sporadiques comme celle  du Raja en coupe du monde des clubs et au-delà de sa dimension festive et jubilatoire, ne sauraient s’ériger en arbre qui cache la forêt. Notre football, pour en rester-là sans évoquer les autres sports, est, cliniquement parlant, en stade extrême d’agonie.
La réanimation salutaire n’est, malheureusement, pas amorcée pour de bon. L’instance fédérale est discréditée, de long en large, depuis que de vils «larcins» ne cessent de ronger ses hormones. La gestion des clubs est accaparée, pour la plupart, par des «ignares» et des «brigands», sans vergogne. Le staff technique, dans sa globalité, se livre à des velléités extra-pédagogiques et extra-sportives. Hormis les grands stades du royaume qui sont érigés en réels, l’infrastructure sportive, sous toutes ses formes et spécificités, fait honte, dans la plupart des régions du pays. La prise en charge des catégories inférieures et l’instauration régulière des formations en direction des techniciens, des arbitres, des administrateurs… sont renvoyées aux calendes grecques. L’incorporation hâtive du professionnalisme est, de plus en plus, une démarche loufoque, à l’image des équipes dites pro qui vivotent dans la disette déplorable, notamment le Moghreb de Fès , le KAC de Kénitra, pour ne citer que celles-là. Ceci étant, si, par moments, des clubs comme le Raja, le Wydad, les FAR ou encore le MAS et le FUS, sans parler de la sélection nationale, parviennent à décrocher des sacres de haute renommée continentale ou mondiale, ces prouesses ne traduisent nullement la santé du corps sportif marocain. Bien au contraire, ces performances qui sont, généralement, accompagnées de festivités populaires, font retarder voire occulter, hélas, l’accomplissement de la réforme radicale du sport nationale. Certes, on ne peut, en aucun cas, minimiser l’effort titanesque déployé par nombre de bonnes volontés, acquises à la cause du sport, aussi bien au niveau des structures centrales que des entités de base. Toutefois, on ne peut non plus perdre de vue que le football marocain a toujours été une «affaire d’Etat», depuis qu’on a «désigné» et non pas élu des généraux (Belmejdoub, Zemmouri, Bamous, Beslimane…).

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C’est, à peu près le cas pour nombre de fédérations nationales ! De par cette mesure «makhzénienne», à caractère sécuritaire, on n’a fait qu’«exécuter» l’esprit de la pratique associative, axée sur la démocratisation de ses instances dirigeantes. La libération relativement tolérée, de la plus haute pyramide du football marocain, par l’ «élection», en la personne d’un président «civil», en l’occurrence Ali Fassi Fehri, quoique mettant fin à l’ère «militariste», n’a pas non plus mis un terme à la décadence footballistique. Cette ouverture sur la société civile, comme le veulent les traditions démocratiques, n’est pas, en fait, suffisante, pour prétendre un véritable décollage de la chose sportive nationale. Le mal se trouve aussi ailleurs ! Sans doute, le fiasco de notre sport national se trouve, bel et bien, dans la gouvernance qu’on ne parvient pas encore à mettre en marche dans nos turbos, accablés par l’approximation et la déficience. Le football est devenu une industrie à part entière qui jusqu’ici, se pratique, dans notre pays, dans l’informel, sans exigences normatives claires. Chaque saison, on entend dire que tel ou tel club présente, aux assemblées générales, des chiffres à coups de milliards déclarés. Mais combien d’autres milliards sont passés dans le «noir» ? A-t-on jamais donné des statistiques exactes sur entrées fiscales de l’Etat à partir des recettes faramineuses de certains clubs ? Pourra-t-on connaitre les montants des impôts sur les salaires des joueurs, des entraîneurs, des arbitres…, sachant que les «honoraires» de certains coachs, étrangers en particulier, atteignent des milliards par an ? Toute cette dynamique économique, quoique restreinte par rapport à des nations très avancées, dans ce domaine, demeure en catimini, chez nous. C’est peut-être là où réside le secret de notre débâcle. A force de vouloir continuer à évoluer dans la brouille, afin de préserver les intérêts personnels, nos décideurs ferment l’œil et, en conséquence, massacrent le sport, au moment où nous avançons des ambitions du genre de l’organisation de la Coupe du monde de football, somme toute légitime, mais, à coup sûr, hypothéquant nos chances, au vu de nos défaillances structurelles, en termes de gestion et de fiscalité. L’industrie sportive est soumise, à l’instar de toute autre industrie, à des normes et des structures auxquelles il va falloir impérativement se plier.

DHJ

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