Les Tazotas nous interpellent de nouveau En Hommage posthume à Michel Amengual

Par: Ahmed Chahid

Ce silence que notre culture nous a appris à considérer comme un symbole de sagesse, peut-il  garder toutes les vertus qu’on lui attribue, et ce, dans n’importe quelle circonstance ? L’interrogation est vraiment très pertinente, dans la mesure où le mot en lui-même s’avère un pluriel, constitué de tout  un conglomérat d’autres types de silences dont certains sont plus ou moins condamnables et font impérativement appel à la rupture.

Le silence qui attise notre curiosité aujourd’hui, est celui qui écrase de toute sa lourdeur les multiples et concurrentiels avant-projets et visions futuristes, au centre desquels,  un certain temps, ont trôné majestueusement les Tazotas de Doukkala, ces œuvres en pierre sèche, élevés au rang du patrimoine singulier dans la Province d’El Jadida et qui continuent à garder jalousement  tous les mystères qui les enveloppent

.Encore vivace dans les mémoires cette fièvre de la pierre qui avait touché il y a presque deux années de ça,   non seulement les officiels au niveau des décisions centrales, mais aussi les professionnels  des milieux touristiques pour finir par instiller des rêveries hallucinantes chez  nombres de ces petits paysans qui  ont découvert subitement que ces entassements de pierres nues et anodines qui poussent dans leurs champs peuvent avoir de la valeur…  une valeur inespérée.

Cette fièvre  qui n’est pas de celles qui tuent mais tout au contraire, renforce l’immunité et revigore les corps, avait déclenché ses premiers grands signes en Sardaigne, un certain Septembre 2012, lorsque Feu Michel Amengual ( à la mémoire duquel nous rendons un grand et vibrant hommage posthume à cette occasion), et suite à l’initiative du Gouverneur de la Province d’El Jadida M. Mouâad Jamai, s’est armé de sa seule conviction et d’un bouillonnement d’énergie, assez rare pour un homme de son âge, pour mettre en valeur cette richesse vernaculaire qui sommeille sur les plaines des Doukkala, convainquant ainsi les adhérents du XIIIème  congrès de pierre sèche à opter pour cette terre d’accueil  comme siège idéal pour leur futur rassemblement .

Toujours est-il, qu’au-delà de la pugnacité dont avait fait preuve Feu Michel  Amengual lors de cette VIIIème édition, l’ argument de masse et de poids qui a enthousiasmé  l’assistance a été dévoilé par la teneur de la lettre adressée aux congressistes par le Gouverneur de la Province d’El Jadida puisqu’il y  recommandait qu’il nous faut procéder à l’inventaire des édifices, en assurer la préservation, la promotion, la protection, étudier la possibilité de formations de constructeurs en pierre sèche et, pour devancer le futur, mener des expériences d’architectures nouvelles à partir de pierres sèches.

Sa lettre qui fut une véritable plaidoirie pour la sauvegarde de ce patrimoine, ne manquait pas de vision pour l’avenir puisqu’il avait émis le souhait de la création  d’un Centre Maghrébin de l’architecture rurale, qui aurait pour mission de coordonner les diverses actions menant à la préservation de ce patrimoine architectural.  Nous savons disait-il dans sa lettre, qu’il existe de telles structures en Algérie, en Tunisie, en Libye, mais aussi en Mauritanie. Nous pourrions y adjoindre un Institut où serait enseignée l’architecture vernaculaire, qu’elle soit en pierre sèche, ou en pisé afin que le savoir ancestral soit préservé mais aussi que de nouvelles techniques y soient développées et des métiers nouveaux inventés. Ce serait enthousiasmant pour notre jeunesse et générateur d’emplois. Nous pourrions y organiser des ateliers qui réuniraient des jeunes Maghrébins et des jeunes Européens pour restaurer les tazotas délabrées et abandonnées, afin de leur donner une nouvelle vie.

La grande sagesse qui grave dans ses plis les valeur d’ouverture, de convivialité d’amour de paix et d’amitié nous la retrouvons dans les quelques lignes qui suivent, et qui sont à la fois une interrogation et un souhait, une interrogation à même de stimuler les conscience, et un souhait qui reflète tout ce que notre pays cultive comme graines de pacifisme de tolérance et respect de l’autre. « Et pourquoi ne pas construire  en commun un village de jeunesse en pierre sèche, qui serait un lieu de vacances original pour nos jeunes de tous pays » avait souligné Mouâad Jamai dans sa lettre.

Hélas. Les hommes proposent et Dieu tout puissant dispose. Feu Michel Amengual (Que son âme repose en paix), n’a pas vécu assez longtemps pour contempler l’œuvre à laquelle il avait donné de tout son lui-même pour qu’elle puisse être porteuse des fruits escomptés.

Et c’est du 22 au 24 septembre 2014 à la Faculté des Sciences d’El  Jadida, sous le thème  « Maroc carrefour euro-africain de la pierre sèche » que fut organisée  la XIVème édition du congrès international sur la pierre sèche, par l’Université Chouaïb Doukkali d’El Jadida, en collaboration avec la Province d’El Jadida et la Société Scientifique Internationale pour l’étude pluridisciplinaire de la Pierre Sèche (SPS).

Manifestation qui a donné beaucoup d’échos et mis au devant des feux de la rampe internationale, un patrimoine d’une rare splendeur et d’une richesse inestimable. Une découverte pour les uns, une opportunité pour d’autres à même de pousser de l’avant le tourisme rural qui reste toujours à l’ordre du jour.

Malheureusement, il parait que la fièvre qui devait continuer à animer les responsables centraux chargés de la promotion du tourisme en milieu rural ainsi que ceux qui doivent mettre en valeur un patrimoine national d’une particulière singularité, s’est estompée avec le temps. Même les rêves les plus fous qui avaient surexcité les propriétaires des tazotas ressemblent de plus en plus à des mirages qui donnent nettement l’impression qu’ils sont si proches, presque à portée de main mais qui s’éloignent ou disparaissent définitivement à mesure qu’on cherche à les identifier de très prés.

L’autre silence qui nous fait frémir encore plus ; il est lourd et presque tombal. Nous essayerons de le rompre par une   question aussi simple que hautement chargée d’amertume. « Allons-nous laisser notre chaise vide lord du déroulement de la XV ème édition du congrès de la pierre sèche qui aura lieu en Grèce du 09 au 11 Septembre prochain, alors que notre ville avait abrité le précédent ? » Question d’autant plus légitime que cette édition porte la particularité d’un ralliement pour la conception d’un dossier de candidature  transnationale du savoir-faire de la pierre sèche au patrimoine culturel immatériel à l’UNESCO.

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