LES FAUCONNIERS LEKOUASSEMS SOUS L’EGIDE DE LA DYNASTIE ALAOUITE

Par: Chahid Ahmed

Au Maroc, la fauconnerie n’a pas d’âge. Évoquer cet art de chasse au vol nous amène à remonter le cours de l’histoire, bien avant l’avènement de l’Islam dans cette contrée. L’histoire antique regorge de traces qui illustrent les richesses de ce pays en rapaces ayant suscité les éloges de poètes carthaginois et grecs. De même, les Marocains figurent parmi les principaux et meilleurs fauconniers ayant innové en matière d’affaitage. Un savoir d’autant plus complet que ses sources ne se limitent pas au confinement dans les expériences arabes, mais puisent aussi leur substance créative à partir des techniques occidentales, eu égard de la proximité de l’Europe et du climat de bon voisinage entretenu avec les Rois d’Europe, fervents adeptes de la fauconnerie et des sciences qui l’alimentent.

Il faut dire que c’est grâce à l’intérêt tout particulier accordé par les Souverains du faucon19Royaume à la fauconnerie que son rayonnement, dont l’éclat perdure même de nos jours dans la Province d’El Jadida, a dépassé les frontières du pays. Les archives de la diplomatie marocaine, telles que citées par le Dr Tazi, sont très riches en témoignages faisant référence au faucon, qui est considéré comme le plus précieux des cadeaux, tout en symbolisant le plus fiable des messagers de paix et de concorde entre les peuples.

Dans ce même registre, la passion des Souverains alaouites pour la fauconnerie était et reste aussi importante que l’intérêt qu’ils accordent à la préservation et au développement de cette tradition ancestrale.

L’histoire des fauconniers Lekouassems, nous rapporte que les membres de cette célèbre tribu des Doukkala n’hésitent pas à saisir chaque occasion pour évoquer l’encouragement dont ils ont toujours bénéficié de la part des Souverains alaouites ainsi que leur détention de Dahirs qui exonéraient les Moqaddems lekouassems d’impôts pour consacrer ces fonds à aider les démunis de la tribu  de la Zaouiat,  selon les dispositions des Dahirs les concernant. Nous en citons tout  particulièrement le Dahir du Sultan Moulay Hassan 1er datant du 21 Mai 1885 suivi par celui du Sultan Moulay Hafid datant du 02 février 1910 par lequel ce dernier renouvelait la même attention que celle édicté par son prédécesseur en faveur de lekouassems.

L’histoire des Souverains marocains cite également Feu Mohammed V comme étant un grand passionné de la fauconnerie. La bibliothèque du Caïd Si Boubker Ben El Mostafa EL Kasmi garde deux lettres qui lui étaient parvenues de la part du premier ministre Haj Mohamed EL Mokri sur ordre de Feu Mohammed V. La première datant du 10 Mai 1941 rappelait la nécessité de préparer les oiseaux de proie de sorte qu’ils parviennent au palais Royal avant le voyage de Sa Majesté. La seconde datant du 13 Mai 1941 informait le Caïd si Boubker de l’arrivée de ces oiseaux en compagnie des fauconniers.

L’encouragement des fauconniers continua même après l’indépendance, ce dont témoigne un Dahir chérifien signé de la part du 1er Ministre Mohamed Mokhtar Soussi au nom du Souverain Mohammed V, par lequel il renouvelait aux fauconniers lekouassems de Doukkala ce qui leur avait été octroyé par ses ancêtres de la dynastie alaouite. Le Dahir en question date du 1er Décembre 1960.

Il faut signaler en plus, comme témoignage de l’intérêt accordé à la fauconnerie, l’initiative de Feu Hassan II d’émettre des timbres représentant des oiseaux de proie.

L’événement le plus récent en matière de bienveillance Royale a trait à la représentation des fauconniers lekouassems, à la première foire du cheval, organisée à El Jadida du 22 au 26 octobre 2008. Cette manifestation de premier ordre qui fut inaugurée par Sa Majesté le Roi Mohammed VI, s’inscrit dans la continuité de l’intérêt que les Souverains alaouites avaient de tout temps accordé aux fauconniers lekouassems, puisque ces derniers eurent le privilège de présenter devant le Souverain, un spectacle de démonstration de chasse au faucon dont la singularité et la maîtrise furent longuement ovationnées par toute l’assistance.

                                                                                                                                

 

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