Le poète Jean-Louis Morel in memoriam…Par Mustapha JMAHRI

Mon ami le poète mazaganais Jean-Louis Morel est décédé en France dans la nuit du lundi 21 mars 2022. Ses obsèques ont eu lieu le vendredi 25 mars à Narbonne.

Une longue amitié me liait à Jean-Louis Morel, d’abord au sein de l’Amicale des anciens de Mazagan dont je suis le représentant au Maroc, mais aussi une relation intellectuelle et culturelle. Sans oublier un autre lien commun, et non le moindre, représenté par Mado. Il s’agit de Madeleine Rivière, son épouse, ma professeure de français en 1963-64 au collège Chouaïb Doukkali à El Jadida. Jean-Louis et Mado vivaient en couple depuis une quarantaine d’années.

Jean-Louis est également mon préfacier pour deux livres : le premier « Mazagan, patrimoine mondial de l’Humanité » coécrit avec le Mazaganais Christian Feucher, et le deuxième, mon roman « Les sentiers de l’attente » paru chez l’Harmattan en 2014.

Enfant de Mazagan-El Jadida où il a vécu près d’une vingtaine d’années, de 1943 à 1961, Jean-Louis lui a consacré plusieurs ouvrages, textes, poèmes et articles. L’un de ses recueils de poèmes porte le titre ô combien révélateur « Mazaganelles ». Dans cette petite ville océanique, le défunt a connu la paix après que sa famille fut rapatriée de Côte d’Ivoire. Son père, officier militaire, parti faire son devoir, venait d’être tué par l’ennemi nazi, et malgré les difficultés matérielles et le veuvage de sa mère, femme au foyer, il a trouvé la sérénité à El Jadida. Dans cette société marocaine, il s’était lié d’amitié avec beaucoup de jeunes de son âge, de toutes les langues, de toutes les religions et de toutes les couleurs. Feu Tahar Masmoudi, l’ex-ministre du Commerce, était parmi ses camarades de classe. La mort accidentelle de Masmoudi fut pour lui une perte très douloureusement ressentie.

Les vingt années passées à El Jadida ont eu un grand retentissement sur cet écrivain à la plume alerte, qui, depuis sa ville de Narbonne, semblait toujours respirer quotidiennement l’air de Mazagan, alors qu’il a passé en France la plus grande partie de sa vie. Comme il me l’a avoué lui-même, sa période marocaine l’a marqué à jamais.

Jean-Louis Morel, ancien président de l’Amicale des anciens de Mazagan, revient sur cette période de sa jeunesse dans son livre-témoignage « Eclats d’enfance à Mazagan ». Il s’agit d’un livre bien fourni, non pas seulement en nombre de pages (près de 300), mais aussi en nombre de témoignages, de portraits et d’histoires sur sa vie personnelle et celle des autres en Doukkala. L’auteur y restitue un passé auquel il était resté toujours très attaché par les liens du cœur et de la raison. Ajoutons que cet ouvrage est illustré par un autre Mazaganais, le regretté Jo Gonzalez, dont les dessins ajoutent une touche très joyeuse à ce livre plein d’humour par ailleurs.

Au-delà de l’aspect autobiographique du texte, Jean-Louis Morel révèle aux lecteurs marocains et français beaucoup des richesses de la ville d’El Jadida. En effet, l’ouvrage revêt aussi un caractère historique et sociologique puisqu’il présente une multitude d’informations sur les habitudes, la dynamique culturelle à l’époque, la situation de l’enseignement, la cohabitation des communautés, les jardins et les plantes ainsi que sur les personnalités connues de l’époque.

Cette démarche aboutit, comme le dit l’auteur lui-même, non pas à une autobiographie de type linéaire mais à une série de récits indépendants, comme autant de nouvelles et de petites aventures. On y trouve aussi une galerie de portraits de personnages mazaganais que l’auteur souhaitait faire vivre ou revivre. En somme, l’écrivain a tenté de réunir tout ce qui pouvait apporter un éclairage personnel sur ses vertes années passées au cœur des Doukkala.

Le livre s’arrête amplement sur l’harmonie dans l’art de vivre des uns avec les autres et c’est surtout en prenant de l’âge que l’auteur a mesuré tout l’intérêt d’avoir vécu et connu une telle enfance dans ce milieu marocain à l’ère du protectorat, et d’avoir bénéficié d’autant d’influences diverses. Tout a laissé une forte empreinte alors sur ce jeune homme en devenir : sa famille, bien sûr, mais également ses amis musulmans, juifs ou chrétiens, et aussi ses voisins, ses instituteurs et professeurs et surtout, de façon continue et extrêmement prégnante, ce Maroc si attachant qui lui a tatoué le cœur pour toujours.

Selon son ami et préfacier, Mohamed Amor, ancien ministre marocain du Travail, la vie de Jean-Louis Morel est une véritable épopée. Il nous introduit dans l’intimité de sa famille où l’on découvre le patriotisme ardent de son père, le courage et le dévouement de sa mère prématurément veuve de guerre, envoyée au Maroc avec sa fille et ses deux fils. Le témoignage sincère d’un amoureux du Maroc, à lire et à relire. C’est très gratifiant de constater que notre pays suscite des sympathies d’une telle profondeur et d’une si ardente qualité !

Repose en paix, ami Jean-Louis.

jmahrim@yahoo.fr

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3 Thoughts to “Le poète Jean-Louis Morel in memoriam…Par Mustapha JMAHRI”

  1. Je ne connaissais de Monsieur Morel que ses interventions dans le périodique « Le Jdidi » où il excellait dans la relation de petits événements ouvrant, mine de rien, sur de profondes réflexions.
    Monsieur Morel trempait sa plume dans la tendresse teintée de douce ironie avec un regard lucide mais toujours bienveillant.
    Qu’il repose en paix, nous n’oublierons pas ce sympathique humaniste.

  2. Carbou-Vieillard Françoise

    J’ai bien connu Jean -Louis Morel. J’ai été très émue d’apprendre sa disparition . Je l’ai bien connu au lycée de Mazagan…Et je garde de très bons souvenirs. Merci pour votre témoignage

  3. Mich Granger

    Je communiquais avec Jean-Louis Morel par courriel.  Pour la première fois cette année il ne m’envoyait pas de poème de nouvel an. sa BAL disait être pleine. Et c’est par cet article obituaire que j’apprends son décès.  JLM  etait aussi gadiri par le cœur. Mado y avait vécu de nombreuses années puisqu’elle était la fille du capitaine Olloix et l’épouse jusqu’à son décès de notre prof au Lycée Youssef Ben Tachfine. Jean-Louis avait également perdu sa sœur dans l’hôtel Saada lors du séisme.  Nous passions voir Mado et JLM chez eux lors de notre passage en Europe tous les 4 ou 5 ans.  Ils aimaient les descriptions de la vie l’hiver du bled  de notre pays des bords de la Saskatchewan.   RIP mon ami.

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