L’auteure  Mona Hachim réagit à la polémique autour du film de Nabil Ayouch, Much Loved (vidéos)

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« Je ne peux pas commenter un film que je n’ai pas vu mais l’incroyable polémique qui ne cesse d’enfler, abreuvant réalisateur et actrices de toutes sortes d’insultes, jusqu’aux plus ordurières sur la base de quelques rares extraits…tout cela ne peut qu’interpeler:
Nous sommes une société frappante d’hypocrisie et de schizophrénie, préférant à défaut d’affronter nos réalités laver le linge en « famille » plutôt que de le voir exposé, en pleines lumières, à l’international… Combien de familles vivent de la prostitution de leurs filles, dispersées à travers le monde ; combien sont dotées de pièces d’identité avec la mention « Artiste », la danse du ventre comme prélude, dans des cabarets glauques étant devenu un art comme tous les autres et le voyeurisme sensationnaliste, l’un des septièmes arts capitaux…
Nabil Ayouch représente un aspect de la société marocaine et non le Maroc, pourquoi devrait-on se sentir insulté? En revanche, nous avons le droit de ne pas aller le voir, de critiquer sur des bases objectives ses réalisations et prouver que nous sommes une société mûre et responsable.

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Nabil Ayouch

Par ailleurs, certains opérateurs dans le domaine cinématographique pèchent par excès de facilité en usant et abusant de cette corde du vocabulaire trash et de la misère sociale, vivant sur son dos, sans proposer véritablement de solutions (ou alors quand c’est léger, c’est le rire gras du 3roubi dans des sitcoms payés avec l’argent du contribuable, profitant toujours aux mêmes, qui trouvent tout de même le moyen de râler de ne pas rafler les caisses du fond d’aide à tous les coups).

Proposez un film sur la bataille des Trois Rois ou un documentaire sur le Sahara ou sur les femmes qui ont marqué l’histoire du Maroc et on va vous dire : pas de sous, pas de moyens, pas de Cannes, pas de buzz, pas de pleine page dans les journaux, pas de public, pas de salles… le temps est au fast-food artistique, au sensationnalisme, au voyeurisme, à la vulgarité, à l’exploitation de la misère des gens, à deux pleurnicheries le temps de la promo du film, en attendant le prochain sujet-vendeur.

Ceci dit, personne ne doit enlever le droit à quiconque de produire en fonction de ses passions, ses obsessions, de ses centres d’intérêts, de ses fond de commerce au nom de la sacro sainte liberté d’expression ; de la même manière, tant qu’on est dans le cadre de la loi et de la bienséance, personne n’a le droit de nous empêcher de dire ce qu’on en pense. ».

 

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