L’Apport de la Communauté Judaïque dans l’intégration Territoriale du Maroc 

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L’article du Dr. Said EL Mansour Cherkaoui aborde un sujet d’actualité très important pour notre mémoire.  Pour vous en faire profiter, nous le publions  en deux parties, afin de vous permettre d’appréhender sa complexité.

Par: Said El Mansour Cherkaoui

Première Partie:

L’Émergence Citadine de la Population Judaïque Commerciale

Le Maroc et son Passé Colonial Occulte:

Les marocains, de toutes confessions confondues, ont lutté  pour unifier le Nord avec le Centre du Maroc, alors que l’Est, était toujours entre les mains De Gaulle et le Sud, entre celles de Franco.

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Une Validité Documentaire Demeure une Lacune de la Mémoire Collective:

En effet, dans les cercles de recherche sur la Marocanité des Provinces du Sud, une absence notable réside dans la narration historique des liens commerciaux et culturels qui ont juxtaposes le rattachement spirituel et institutionnel des populations du Sahara au Maroc.

Pour des raisons ombragées par la désignation des responsabilités dans ce déphasage historique, le Maroc concentre ses efforts dans l’édification de bases seulement juridiques et dynastiques pour prouver l’authenticité de sa récupération des provinces marocaines septentrionales sahariennes.  Même, du coté des opposants a une telle marocanité du Sahara, il est fort navrant aussi de constater la même amnésie historique, même si leur pays avait aussi été une des destinations du Commerce Transsaharien Marocain.  Le cas le plus flagrant est celui des chercheurs Algériens qui en général font la sourde oreille a tout ce qui est du commerce Sud-Sud durant les siècles précédent, avant l’arrivée des envahisseurs Français sur la Terre Africaine.

Il y a deux chapitres de l’Histoire du Maroc qui sont encore à dévoiler et à creuser profondément. Ils montrent  comment  les Judaïques Marocains avaient été les premiers dans l’Histoire, à renforcer la liaison du Maroc du Nord avec ses Provinces du Sud.  Et ce à travers l’appropriation et le financement du commerce transsaharien, jusqu’aux frontières du Nigeria et au delà et jusqu’en Hollande pour ce qui est des frontières européenne.

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Un Aperçu sur le Commerce Panafricain à travers le Sahara Marocain:

« Dès le XIIe siècle, un nombre important de Juifs résidant au Maroc, avait contribué à financer et à développer le commerce transsaharien. Ils ont émigré du sud du Maroc, plus précisément, de Wadi Draâ pour s’installer au Sahel. Au XVe siècle, les Juifs représentaient à peu près la moitié de la population de Sijilmassa, au sud du Maroc, le carrefour du commerce transsaharien en direction de Ghana et vers le reste du Soudan occidental.  Etant devenus bien connus en tant que marchands (financiers, maîtres-orfèvres et joailliers d’or et d’argent) les judaïques marocains ont investi dans le commerce, tout le long des principaux itinéraires : de Sijilmasa à Walata, en passant par Taghaza.

En plus de l’organisation même des caravanes, ils exportaient des produits vers l’Europe, l’Egypte, et autres nations.

Il y avait aussi des orfèvres judaïques qui résidaient aussi dans Walata et Audaghost.  Les traditions orales de la Mauritanie créditent les Judaïques pour l’introduction de l’orfèvrerie dans le Sahel et dans la savane. L’or du Sahel a été régulièrement exporté au nord en forme de tresse et en bobines tordues qui ont été façonnées selon des techniques enseignées par des orfèvres ou des forgerons juifs. »

Une fois cette partie de l’Histoire, est connue par les marocains, il sera opportun de mettre en lumière le rôle de courroie de transmission, qu’ont joué les Judaïques Marocains dans le transfert des valeurs entre les Provinces du Sud et les Pays Européens. Ceux qui ont voyagé en dehors du Maroc, auront vu  l’Histoire du Maroc a travers les réalisations de leurs ancêtres et non par le biais des cartes faites et non pas, à travers des moteurs de recherche virtuels, tel que Google et qui sont confectionnés en fonction des affinités politiques des consommateurs et selon les lieux de leur diffusion.

La seconde partie étant régionale, concerne les luttes consécutives des tribus Sahraouis qui ont formé des dynasties régnantes au Maroc et au delà de ses frontières maritimes et terrestres actuelles. Et aussi comment les descendants de ces mêmes tribus, se sont ralliés à d’autres, pour défendre leur terres contre des Européens et cela jusqu’au siècle précédent.      Sans oublier, comment ces mêmes tribus, ont fourni l’ossature de l’Armée de Libération Nationale, qui a vu le jour au Nord comme au Sud du Maroc et qui fut réprimée et décimée par des alliances occultes.

De la sorte, nous pourrons voir distinctement, comment le Sahara et ses provinces, y compris la Maurétanie, sont effectivement une sphère d’appropriation territoriale purement Marocaine, dans son essence, comme dans son Histoire.

Le Maroc  a déjà vu ses frontières réduites par les concurrents et les envahisseurs européens.

Si le Maroc est un pays qui avait rayonné a travers des réalisations héroïques, une fois  que les ressources naturelles du sous-sol furent sondées et pouvaient donc être exploitées de façon méthodique, moderne et scientifique, le Maroc était devenu un pays à conquérir, a abattre et a se partager.

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Deuxième Partie:

La Période Coloniale et les Clivages Commerciaux et Sociaux au Maroc:

A partir de la moitié du 19e Siècle, l’expansion européenne engloba plus de régions, jusque là marginalisées. L’adoption de l’Hélice, l’amélioration du télégraphe et l’utilisation de l’acier pour la construction des bateaux, avaient rendu possible la percée des Marines de Guerre des pays Européens, de fendre toutes les murailles et les résistances des ports, dans les territoires lointains.  L’intégration de nouveaux marchés dans le sillon du commerce européen fut ainsi facilité par les progrès réalisés par la médecine, l’introduction de bateaux à vapeur et frigorifiques ; par le transport plus rapide de troupes et de matériel de guerre et aussi par la rapidité et la fréquence des navettes commerciales maritimes. Ces innovations d’ordre technologiques, furent mises au service de l’expansion coloniale et donc avaient effectivement érodé progressivement, puis réduit, pour ne pas dire  anéanti, le commerce interafricain et subsaharien à destination de l’Europe, par des tribus locales.

Les Judaïques Marocains, surtout les élites citadines ou celles ayant transitées par des villes côtières, ne furent plus sollicités pour le transfert des valeurs marchandes d’origine subsaharienne comme par le passé et donc furent réduits à devenir des agents consulaires, et des bénéficiaires du système des « protégés – Hmaya. »

A travers cette mutation, ils devinrent  les premiers éléments de l’intégration, dans le sillon de la « Culture Modernisatrice et Ethnocentrique Latine et Européennes ». La multiplication des Alliances Israélites dans les villes et leurs dérivées éducationnelles, ont rendu les progénitures de ces nouvelles strates citadines Judaïques et encouragées pour résider dans les villes côtières. Eux qui à l’origine, étaient des marchands ambulants ou fixes, à l’intérieur des contrées marocaines.

Par la suite, leur professionalisme,leurs adresses dans le commerce et leur connaissance approfondie des us et coutumes des autochtones, furent utilisées a bon escient dans les circuits de la distribution citadine des produits importés et exportés des grandes villes maritimes et impériales du Maroc.

Clivages et Evolution de l’Entité Sociale Marocaine

Le premier et ultime décalage du fractionnement de la société marocaine, s’opéra ainsi à travers ces clivages imposés de l’extérieur.

Ce phénomène de dissociation moderniste ne fut pas le propre de la Communauté Judaïque Marocaine, d’autres éléments de la société marocaine citadine et rurale furent ainsi transformées et canalisées dans la même perspective et pour les mêmes besoins externes. Ils furent transformés en maillons de la chaîne d’exploitation des ressources marocaines, en vu de leur transformation pour les besoins des métropoles étrangères, pas que seulement européennes, mais même sur la côte Est des Etats Unis et dans certains pays Latino-Américains et Asiatiques.

C’est à travers les relations existantes, au sein de la communauté Judaïque Marocaine, au niveau familial et/ou amical et ses prolongations en Angleterre, que s’opéraient les ponts de liaison et les facilités de traduction pour la communication et la négociation des  contrats commerciaux avec les pays respectifs, de ces régions d’influence ibérique ou de domination anglaise.

Le second problème est que le Maroc était adossé à une Algérie qui fut morcelée et meurtrie dans ses âmes pour en faire une partie de l’Etat Français, en tant que province et non seulement une colonie protégée contre les invasions des autres pays européens.

L’Algérie fut donc considérée comme une prolongation du territoire français et pour cela, on a pris des territoires au Maroc  pour faire de l’Algérie Française. Cette dernière allait servir de  tremplin à la domination Française sur la rive sud de la Méditerranée et  un pont de passage vers les pays Africains subsahariens.

A cause de ses  divisions internes et les soulèvements tribaux, sous la pression des manipulations étrangères, le Maroc a vu ses territoires lapidés et usurpés au profit de l’expansion colonialiste et colonisatrice de la France et son allié l’Espagne.

 

Voila grosso-modo un recul dans notre tracé transsaharien.

Quelques sources bibliographiques:

Abitbol, Michel: Témoins et Acteurs -Les Cor cos et l’histoire du Maroc contemporain, Ben-Zvi Institute, Jerusalem, 1978 –

Abitbol, Michel: Clivages économiques, politiques et sociaux / Michel Abitbol In Le passé d’une discorde : juifs et arabes depuis le VIIe siècle / Michel Abitbol Paris : Perrin, 1999 . – p. 202-211 ; 24 cm 629.

Abitbol, Michel: Témoins et acteurs : les Corcos et l’histoire du Maroc contemporain / Michel Abitbol . – Jérusalem : Centre de recherche sur les Juifs d’Afrique du Nord, 1977 . – 42 p. : couv. ill. ; 24 cm

Abitbol, Michel: Tujjar al-Sultan – Les commerçants du Roi, Paris, Maisonneuve et Larose, 1998

Abitbol, Michel: Communautés juives des marges sahariennes du Maghreb, Jérusalem, Institut Ben-Zvi ,   1982,

Abitbol, Michel: Juifs maghrébins et commerce transaharien au Moyen-Age, dans: Communautés juives des marges sahariennes du Maghreb. Jérusalem: Centre de recherche sur les Juifs d’Afrique du Nord, cop. 1982, 229-251.

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