L’anarchie !

Par Azzedine Hnyen

El Jadida est devenue une ville dangereuse. C’est une métropole livrée à l’anarchie. Elle accuse plusieurs maux : criminalité galopante, insécurité, violences urbaines, chômage, mauvaise gestion, spéculation immobilière à outrance, saletés et pollutions, circulation infernale, problèmes de transports en commun, manque d’espaces verts… la liste des points noirs est beaucoup plus allongée dans une mégapole de plus de 5 millions d’habitants qui étend ses tentacules dans toutes leshny2 périphéries, absorbant tous les douars et petits villages avoisinants.

Le résultat est un brassage qui occasionne plusieurs inconvénients.
L’Eldorado qui, jadis, servait le point de chute pour les exilés ruraux, est devenu une cité dortoir, pour certains. Mouroir, pour d’autres.

L’offre de travail étant inférieure à la demande des flux incessants des sans-emploi. Une bonne partie des jeunes finit dans la rue, livrée au vol et autres crimes.

C’est simple. C’est une ville où le crime prospère.
Ce qui explique les multiples coups de filet de la police pour juguler le mal.

FAHSIMais face aux proportions effarantes que le phénomène prend, on comprend, aisément, que c’est là une cité qui nécessite un plan particulier pour en finir avec les vols, les viols, les agressions à l’arme blanche, les meurtres et autres crimes odieux. Vivre, désormais, à El Jadida, c’est opter pour une existence à hauts risques.

 L’insécurité règne de jour comme de nuit. On peut se faire agresser à chaque coin de la rue au vu de tous sans que personne n’ose intervenir, par crainte d’être objet de représailles. Ceci pour les piétons. Surtout les femmes, proies faciles des voleurs à l’arrachée.

Les automobilistes ne sont pas plus en sécurité dans leur véhicule. Il devient hasardeux de s’arrêter à un feu rouge; y compris dans les endroits suffisamment fréquentés et même aux heures de pointe ; en tout cas, pas avec des vitres baissées ou des portières non verrouillées.

Criminalité galopante

 Auquel cas, on se fait dévaliser, un couteau sous la gorge, une pince sur l’oreille, un rat jeté en pleine figure; ou bien carrément débarqué de sa voiture au profit des agresseurs qui partent avec.

Les quartiers résidentiels aux villas cossues, sont devenus de véritables camps retranchés, avec des guérites de vigiles tous les cent mètres.
Assurément, les sociétés de sécurité privées ont de beaux jours devant  elles. Un espace régalien que l’État a du mal à occuper entièrement et pleinement.
domaine.publicQuant aux contrées populeuses de la périphérie, elles sont pratiquement des no man’s lands sécuritaires. Les rares patrouilles de police qui s’y aventurent se font excessivement discrètes. Vivement la fin de la tournée.
Les drogues font recette dans une ville où la jeunesse n’a d’autre occupation que l’oisiveté. Entre « hitistes » et zonards, El Jadida est devenue un marché de toutes les drogues. Cannabis, cocaïne, héroïne, ecstasy, psychotropes de tous genres. Chaque jour, des personnes sont arrêtées. Et la prison de Sidi Moussa compte un grand nombre de jeunes condamnés pour trafic de drogues. L’atmosphère est claire. Sous l’effet des drogues, les crimes sont plus récurrents et plus aisés. D’ailleurs, tous les spécialistes du vol à l’arrachée opèrent sous anxiolytiques pour combattre leur peur. Cela, dans certains cas, a conduit à des meurtres, pour des broutilles. Un sac à main ou un portable. Le fléau affiche ses victimes dans toutes les places et grandes artères de la ville. Enfants marchant en bandes, ceux que l’on appelait les enfants des rues, sont aujourd’hui plus nombreux, plus aguerris et n’hésitent pas à rejoindre les bandes criminelles qui leur apportent travail et protection. Jusqu’au jour où la case prison appelle !

Jungle inhospitalière

 Mais El Jadida n’est pas uniquement une ville dangereuse du fait que le crime y a élu domicile depuis longtemps. Non ! La métropole est devenue, au fil des années, une ville hybride. Démographie effrénée, exode rural, extensions dans les périphéries, il faut bétonner à tout prix. La cité a fini par ressembler à une jungle inhospitalière de béton. Les spéculations immobilières ont eu raison des dernières parcelles vertes de la ville. On ne voit plus pousser un seul poumon qui servirait de soupape pour les habitants. Ajoutez à cela les pollutions de tous genres et vous avez un cocktail Molotov qui décime à tour de bras. Maladies chroniques, allergies, asthmes, complications pulmonaires, les médecins marocains ont, à chaque fois, sonné l’alarme.

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Mais que faire ? La ville a dépassé les autorités. Le visage que montre cette ville, aujourd’hui, jadis un joyau Art Déco au temps des Français, est triste, moche et horrible. Alors, les responsables de la ville lancent des projets d’embellissement. Toutes les opérations de lifting s’avèrent un ratage. D’abord l’exemple flagrant de la corniche à l’avenue Annasr. Un projet de grande envergure, dont les habitants de la ville attendaient des miracles, a accouché d’un ravalement de façade bâclé et horrible.

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El Jadida, la capitale du Grand Doukkala, est une ville misérable. Une cité à d’immenses disparités sociales. Une agglomération dangereuse qui nécessite d’urgence un plan Marshall pour la sauver.

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