Hérédité et Hérésie dans la Formation du Califat Islamique

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Par: Said El Mansour Cherkaoui (eljadidascoop)

Introduction:

Une grande donnée historique a émergé dés l’apparition de l’islam et qui a grandi lors des conflits de succession après Abou Bakr.  La période correspondante est le point culminant dans la politisation de l’islam et en son sein que se trouve les racines pour l’éclosion des divergences et les premières semences de discorde ainsi que les raisons structurelles et institutionnelles de l’éclatement de la notion de la Ouma Islamiya en tant qu’une entité régie par le respect des principes et des canons de l’Islam.  Dans cette interruption de la politique dans la sphère de la croyance divine s’est distillée à la fois la politisation de l’islam, le principe du Califat et l’institutionnalisation de l’Ouma Islamiya sous une forme juridique et institutionnelle.  Cette transposition de la Ouma vers une communauté d’intérêts non plus religieuse mais d’héritage pour le guidage de cette Ouma sur le critère de l’hérédité se basait dorénavant et directement sur la proclamation d’une légitime descendance à partir du Prophète.  En d’autres mots, c’est effectivement là ou l’hérésie apparaît pour la première fois comme dénomination politique pour éliminer les concurrents dans la course au pouvoir.

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D’où vient le qualificatif d’hérésie?

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La Notion de l’Islam comme Religion de Base et les Déformations Politiques des Élites Arabes:

 

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Le Prophète Mohammed (Sala Allah Alih wa Salam), a rejoint Allah en 632 sans avoir désigné aucun successeur ou représentant puisque l’islam se manifestait en tant qu’une expression divine et non une idéologie humaine cherchant le monopole et le transfert du pouvoir.  L’islam s’est présenté donc comme une rectitude contre la Jahiliya et comme une religion complétant les précédentes qui avaient effectivement été détournées de leurs messages divins et leurs objectifs prioritaires par la prise de contrôle du pouvoir politique.   sans distinction de classes,  entre les humains, sauf par la voie de la croyance en Allah et donc ne pouvait être interprété comme une abstraction du pouvoir humain sur les croyants dans l’islam.  Toute émanation politique devrait être une manifestation d’un consensus de la majorité de l’Ouma.  La délégation d’un prestige social dévolu par la bonne action et le bénévolat dans la conduite et l’application de la parole de Allah en ce qui concerne la gestion et la sauvegarde du caractère islamique de toute la Ouma et cela dans le sens de l’intégrité et l’obéissance a Allah.

 

Le garant de ces prédispositions demeure assujetti à des critères de désignation et  la dévolution d’un rôle d’Imam au sein de l’Ouma.  Cette position de conciliateur et d’enseignant des principes islamiques d’équité ne peut donc qu’être une responsabilité qui est légitimée par ses actions islamiques d’essence et de contenance disciplinaire ayant comme finalité le bien-être de l’Ouma.  La Ouma demeure en cela l’initiatrice et l’ultime raison de l’existence d’un Imam dont le mandat est décidé par son action et par sa réputation auprès de la Ouama.  La Baraka joue aussi ici un rôle de confirmation des dons de ce guide puisqu’elle représente une “Effluve sacrée du Saint ou du Sharif qui leur permet de transformer les êtres et les choses et de réaliser des prodiges » 1

 

Dans ce sens, héritage est dorénavant dénudé de sa couverture sociale d’élitisme et de son élan revendicatif d’une appropriation dans le présent à travers une lignée reconnue par le passé historique d’une communauté. Dans ces rouages de dispute sur les fondements de l’authenticité des affiliations et des liens de parente se véhicule la revendication a la priorité dans l’acquisition d’une vitalité constructive pouvant rendre le pouvoir une partie non seulement de l’héritage béni par le Tout Puissant mais aussi a travers l’acceptation de la Ouma de ses propres guides.  Cette dualité de reconnaissance est l’une des tendances ambivalentes dont se réclament ceux qui occupent le pouvoir dans les pays musulmans.

 

Pour asseoir leur autorité spirituelle et afin de consolider leurs assises politiques, les Élites Arabes et leurs émules par la suite dans le monde musulman, ont érigé comme cannons de la relation civique et politique des bases sociales et des cadres et des organisations spirituelles dont le seul but était effectivement de justifier leur revendication d’être les descendants des cercles restreints du Prophète et ses proches et aussi a travers les références coraniques des sourates et même de certains hadiths.

“Les califes (arabe : signifiant « successeur » ou « représentant »)  désignent les successeurs de [Mohammed]. Le porteur du titre a pour rôle de garder l’unité de l’islam et tout musulman lui doit obéissance, dans le cadre de la charia : c’est le dirigeant de l’oumma, la communauté des musulmans.

Un différend entre sunnites et chiites conduira le califat à se diviser en deux visions très distinctes : les premiers considèrent que le calife doit être élu pour ses qualités morales et islamiques, et cela en dépit de ses origines. Les seconds considèrent que seul un successeur filial de [Mohammed] peut prétendre à ce titre. Un seul calife aurait donc de grandes difficultés à diriger l’ensemble de l’actuelle communauté musulmane.

[Mohammed] est mort sans désigner de successeur et sans laisser un système pour en choisir un, mais plusieurs actes ont poussé l’unanimité des musulmans de l’époque à conclure qu’il préférait Abu Bakr (de son vivant même lorsqu’il était malade, il lui a demandé, et à personne d’autre, de diriger la prière). Par conséquent, le califat a été établi. Le calife a pour rôle de garder l’unité de l’islam et tout musulman lui doit obéissance : c’est le dirigeant de l’oumma, la communauté des musulmans. Le titre khalifat rasul Allah, signifiant « successeur du messager de Dieu » est devenu le titre courant.

Les chiites ne reconnaissent que le quatrième calife, étant Ali, père de tous les imams. Les chiites estiment que le calife suivant, Yazīd a été coupable de la mort d’Hussein, et par là toute succession de califes aurait perdu sa légitimité.

Certains califes étaient souvent appelés amīr al-mu’minīn « commandeur des croyants ». Le titre a été raccourci et francisé en « émir ».

Aucun des premiers califes n’a dit avoir reçu des révélations divines, comme ce fut le cas pour [Mohammed], soucieux de rester dans le droit chemin et craignant Allah. [Mohammed] étant le dernier prophète, aucun des califes n’a dit être un nabī, « prophète » ou un rasul « messager divin ». Les révélations faites à travers [Mohammed] ont rapidement été codifiées et écrites dans le Coran, qui a été accepté comme autorité suprême, limitant ainsi ce que le calife pouvait diriger. Cependant, les premiers califes étaient les chefs spirituels et temporels de l’islam, et insistaient sur le fait que l’obédience au calife en toutes choses était la marque d’un bon musulman. Le rôle est devenu cependant strictement temporel avec l’ascension des oulémas, et l’éloignement de certains califes de la pratique pure de la religion.

Après les quatre premiers califes (Abou Bakr, Omar, Uthman et Ali ibn Abi Talib), le titre a été revendiqué de manière controversée par les Omeyyades, les Abbassides et les Ottomans, ainsi que par d’autres lignées en Espagne, en Afrique du Nord et en Égypte. La plupart des dirigeants musulmans portaient simplement le titre de sultan ou émir, et prêtaient allégeance à un calife qui avait souvent peu d’autorité. Le titre n’existe plus depuis que la république de Turquie a aboli le califat ottoman en 1924.

Alors que le califat a été un sujet de discorde entre dirigeants musulmans, il a été peu évoqué depuis 1924. De nombreux musulmans souhaiteraient le rétablissement du califat, mais des restrictions ainsi que l’activité politique de nombreux pays à majorité musulmane, combinés aux obstacles pratiques à l’unification de plus de cinquante États-nations en une seule institution ont limité les efforts pour le faire revivre.”

Source http://c-est-quoi.com/fr/definition/islamique

L’hérésie et la Notion Prématurée du Khalifat:

Le titre du chef de la communauté musulmane (Ouma Islamiya)/ le khalife fut donc défini par  la jurisprudence musulmane qui n’est point reconnu et n’a aucune base de justification ou de revendication de légitimité puisque seul Allah est l’électeur direct avec son suffrage universel qui est issu du Coran et ses principes.  Dans ces expressions d’Allah se trouvent le profil et le programme ainsi que les limites de la responsabilité civique et civile de Imam.   La politique n’a point de base de définition dans cette relation religieuse, sociale et spirituelle.

Dans ce contexte et lors des Khoulaafa Rachidine, Abou Bakr, Omar, Othman et Ali et a partir de la fin du Califat  de Abou Bakr  qui était devenu âgé et qui était le compagnon et le bras droit du Prophète Mohammed (Alih Salam wa Sala Allah Alih) c’est effectivement a partir de cette période des dissensions apparaissent et s’étaient soldées par des attentats politiquement motivées qui ont aboutit a l’assassinat de Omar et de Ali qui est le Cousin Germain du Prophète et le Mari de la Seule Fille vivante du Prophète.

En effet,  ce n’est qu’en 656 que le plus proche parent du Prophète, en l’occurrence Ali fut mis dans le sillage de la Califate et héritant un territoire qui s’étale jusqu’au confins de l’Egypte.  Déjà presque un quart de siècle est passé et qui fut ponctué par des alliances, des rivalités et des éliminations physiques et le tout pour accaparer le pouvoir et devenir l’héritier du Prophète sur le plan politique et institutionnel.

En effet  dans ces querelles de tribus et de revendication de la descendance du Prophète et la revendication de la partialité de la qualité de l’action de Imam en deçà de toute considération d’héritage par le sang, que la politisation et l’institutionnalisation de l’islam en tant que cadre de la Chaaria est devenu aux mains des puissants des Tribus Koraichi une idéologie pour conquérir et assouvir leurs desseins de domination sur la Nation de l’islam en se présentant en tant que Calife Légitime avec la bénédiction du Coran.

 

 

 

 

Cette évolution a donné naissance aux Omeyyades mais avant cela, il s’est avéré que plusieurs factions de l’islam Officiel s’étaient déjà manifestées comme les Kawarijes, les Chiites et les autres défenseurs de la notion du Mahdi Al Mountadar.  Plus tard Ibn Toumert pris ce sillage qui permit a son disciple directe de fonder une dynastie au Maroc.

Dans la même perspective, il ne faut pas oublier que grâce a ces mouvements, les Amazigh, ce que l’on appelait a l’époque Ajam, avait effectivement embrassé l’islam dans sa dimension Khawarigites et Chiites et non Sunnites; puisque a cette époque, une telle distinction n’existait pas encore.

Dans cette optique, le Madhab Sunni Al Maliki comme est le cas des autres Madahibes que l’ont peut considérer comme une conséquence directe de ces querelles intestines qui cherchaient a définir une Islamisation Politique vu que l’islam en tant que religion n’encadrait plus juste les contours de Médina et La Mecque ou même les alentours de Damas mais dorénavant a montrer ses capacités a s’élargir au delà de ses frontières territoriales, culturelles et politiques.

 

Dans cette quête universelle, les populations concernées par cette Islamisation demandaient une légitimité de leurs propres caractères culturels et régionaux et n’acceptaient nullement la notion du Califat a travers la justification de la proximité du Prophète soit sur le plan du loyalisme, de l’accompagnement, de l’affiliation tribale ou même sur le plan de la relation familiale directe.

Plus l’islam s’internationalisait et plus la prétention au pouvoir se régionalisait.

Un autre prétendant, Mouawiya, un lointain cousin du Prophète revendique la succession en accusant Ali d’avoir comploter l’assassinat du troisième Califat Rachidi, Othman ibn Afane, celui qui permit la publication du premier Coran.  Dans cet imbroglio demeure et se cantonne toutes les confrontations tribales, familiales, religieuses et mêmes culturelles prenant comme justification l’Islam dans sa signification orale partant du prophète et non comme message venant d’Allah.

 

La revendication de la descendance et l’héritage a travers la notion du Chorafa de La Mecque par le sang devint donc la légitime voie pour acquérir et exercer le pouvoir de législation et d’application des principes de l’Islam.  Cette tendance fut renforcée par la croyance et le respect que les peuples non-arabes identifiant comme bénédiction dans tout prétendant au pouvoir qui se réclame comme Arabe descendant du Prophète.

Cette dualité de l’évolution et l’expansion territoriale de l’Islam favorisa l’émergence et le renforcement de clivages politiques revendiquant une reconnaissance institutionnelle qui se heurte au refus de ceux qui se réclame d’une descendance Arabe et Chourfa (Cherifienne).   Dans cette optique, Le califat fatimide demeure particulier puisqu’il est le seul qui se réclame du chiisme et gouverna de la capitale Le Caire qui fondee par eux jusqu’aux confins du Maroc actuel ou ils se sont developees en premier pour domminer toute l’Afrique du Nord Saharienne et cela entre 910 et 1171.

La seconde particularité du Califat des Fatimides est c’est qu’elle a coexisté avec une seconde califat a Bagdad et aussi leur destruction d’un temple catholique a Jerusalem devint le prétexte pour les Croisades.

En 881, ‘Ubayd Allah al-Mahdî devient le nouvel imâm des ismaéliens. Par crainte de la répression anti-chiite des abbassides, il s’enfuit de Syrie et se réfugie à Sijilmassa dans le Sud du Maroc. Avec une armée organisée par Abû Abd Allah, il conquit toute l’Ifriqiya mettant fin à 112 années de règne des Aghlabides.

Le Califat Islamique dans les Temps Modernes, Démise Politique et Dislocation Institutionnelle:

“Mehmed VI (14 janvier 186116 mai 1926), frère et successeur de Mehmed V, est le 36e et le dernier sultan ottoman (1918–1922) ainsi que l’avant-dernier calife du monde musulman, les deux pouvoirs étant réunis au moment de son règne. Il accède au trône de l’Empire ottoman en juillet 1918, peu avant la capitulation de l’armée turque face aux forces alliées qui occupent Istanbul, la capitale de l’empire. Au lieu de résister, il préfère jouer le jeu des forces d’occupation étrangère, espérant leur arracher des conditions de paix clémentes. Il pense qu’une résistance n’a aucune chance de réussite et ne peut que faire empirer la situation.

Cette position est perçue comme une trahison, et il perdit sa légitimité au sein de l’opinion publique qui se révolte lorsqu’il apprend les conditions dutraité de Sèvres. La lutte nationale, dirigée par Mustafa Kemal Atatürk depuisAnkara, se retourne contre lui.

À la suite de la victoire des kémalistes en septembre 1922, la Grande assemblée nationale de Turquie abolit la monarchie le 1er novembre suivant, ainsi le sultanat (pouvoir politique) est séparé du califat (pouvoir religieux). Le cousin de Mehmed VI, Abdülmecid II, est élu calife par l’assemblée. Face à cette situation et par peur d’être jugé, Mehmed VI quitte le pays le17 novembre 1922 à bord du cuirassé britannique HMS Malaya pour se réfugier à Malte. Cet événement marque la fin officielle de l’Empire ottoman.

Le dernier sultan ottoman passe le restant de sa vie en exil, dans des conditions économiques difficiles. Il se réfugie à La Mecque où il est considéré avec respect, et meurt finalement à Sanremo, en Italie. On l’enterre à Damas, sa dépouille mortelle n’étant pas acceptée en Turquie.”

Voila grosso-modo la trajectoire préliminaire de l’évolution graduelle de l’islam et son glissement vers une politisation qui avait conditionné et préparer l’éclatement prématuré de la Ouma Islamique en faction idéologique et en Madahibes qui voulaient chaque groupe d’intérêts précis de réclamer et a leur manière une unique et authentique légitimité a l’égard du Message apporté par le Prophète Mohammed et en second lieu dans l’interprétation comment le Coran et les habitudes ainsi que les pratiques de Mohammed (La Souna) devraient être considérés ou remise en cause par les tenants de ces factions d’interprétation et de justification du pouvoir politique dorénavant la primauté des penseurs islamiques.  C’est dans le berceau de telles rouages et manipulations que s’était forgé les séquelles et les contradictions ainsi que les raisons de divisions entre les Musulmans dés les premières heures et leurs successeurs a tous les niveaux de la pratique religieuse de l’islam et de ses extensions dorénavant politisées et d’allure personnelles.

En définitive, cette évolution demeura la voûte sur laquelle toutes les dissensions y compris celle que nous vivons actuellement, trouvent leur raison d’être.

Author et Auteur: Said El Mansour Cherkaoui

http://creativecommons.org/licenses/by-nc/4.0/

Quelques sources bibliographiques:

Les luttes intestines pour la prise du pouvoir entre les prétendants a la succession comme Calife et Khoulafaa Rashidine, voir: https://fr.wikipedia.org/wiki/Califat

L’Histoire de L’Islam Moderne:

https://histoireislamique.wordpress.com/author/histoireislamique1/page/45/

Quelques définitions sur l’évolution de l’Islam:  http://c-est-quoi.com/fr/definition/islamique

Pesez les propos qui me sont attribués à la balance de la Chari’a, ce qui en est conforme prenez-le et ce qui en diverge délaissez-le.  Cheikh Ahmed Tijani, qu’ALLAH l’agrée:

http://www.tidjaniya.com/ahmed-tijani.php

Pour une liste des califes: https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_califes

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