El’Jadida:Paparazzis, Selfies and Co…

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Mouna Achiri (espacemre)

Ah la technologie! Alors que les machines considérées comme primitives par nos enfants cèdent le terrain à l’ère de la robotique, le téléphone est l’outil qui a évolué le plus rapidement et plus largement jusqu’à devenir une machine de voyeurisme, d’exhibitionnisme et une arme de vengeance et de destruction morale. D’outil de communication verbale et textuelle, c’est devenu un capteur d’images qui se figent ou se meuvent selon le gré du voyeur. Des images qui immortalisent les beaux comme les mauvais moments de la vie, au bon moment. Mais ce remplaçant du vieil appareil photo conventionnel ne fait pas que d’heureux souvenirs. Tout le monde peut photographier tout le monde sans qu’on y voit malice, sans qu’on le voit tout court.

De mauvaises postures accidentelles, parfois inaperçues, sont ainsi souvent prises au vol par les paparazzis en herbe pour des motifs de plus en plus évidents : jouer au journaliste sur les réseaux sociaux. Une rixe en pleine rue, un moment d’intimité supposée cachée des regards, un bout de chair mal caché par un voile de plus en plus dévoilant, les moindres faits, gestes et attitudes deviennent sujets à débattre et à étaler au regard d’autrui pour des raisons pour la plupart saugrenues. Prenez l’exemple d’un type qui dont la vidéo circule sur l’un des réseaux, pour le seul « crime » d’avoir passé une journée à la plage. Un énergumène a vu dans cette image matière à amusement. Il le filme à sa sortie de l’eau, poste la vidéo avec comme commentaire : « Le dauphin de la mer », en référence à l’embonpoint du quinquagénaire. Et c’est une connaissance à lui qui découvre la vidéo au thème absurde, par hasard, et qui omet surtout de le lui dire afin de sauver son ego.

En toute indiscrétion

Le pire est quand une personne court un danger et que celui qui capte l’image ou la vidéo, trop excité de participer à l’épanouissement médiatique en montrant sa trouvaille saisie à chaud, oublie l’humain et le fait de voler à son secours et ne voit qu’un ou  des pantins exécutant une présentation digne d’être rapportée. En témoignent les nombreuses scènes d’immolation filmées tranquillement et méticuleusement, trop souvent jusqu’à la fin, une fin souvent fatale. La fièvre de l’indiscrétion l’emporte sur le bon sens et l’humanité.

Et pourtant, la protection de la vie privée est un droit inaliénable. Même au Maroc. Le festival de Jawhara,  à El-Jadida, a failli mal tourner pour un jeune lascar qui filmait deux jeunes femmes qui dansaient lors des performances d’une célébrité. Ayant remarqué le flash braqué sur elles, les dames  ont demandé des explications au coupable qui nie les avoir filmées. Le ton monte et un attroupement se forme, attirant des agents de sécurité en masse. Le téléphone du vidéoman est saisi et remis aux deux plaignantes pour qu’elles s’assurent qu’il ne reste aucune trace filmée de leur passage au festival.

Cela continue, surtout en plein été où chaque jour des cellulaires promènent leur caméra-touriste partout. Vous les voyez mais vous ne savez pas si elles vous visent ou si elles allongent  des souvenirs de vacances. Même si vous n’avez rien à vous reprocher, le prochain héros d’une vidéo soap pourrait être vous…

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