El-Jadida: Sale temps pour les salles de cinéma

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Cinéma Marhaba

Quand on aime la vie, on va au cinéma. Jusqu’à un passé très proche, cette phrase était inscrite sur des pancartes accrochées au guichet de plusieurs cinémas  chez nous.

A cette époque, aller au cinéma pour  nombre de marocains, était aussi bien un grand moment de plaisir qu’un événement où il fallait se mettre sur son 31,  comme pour aller à une fête. Pour les plus jeunes, c’était aussi une récompense, pour avoir bien travaillé en classe. Pour eux, c’était quelque chose d’assez rare et magique, et le faisceau lumineux du projecteur des films suscitait vivement leur curiosité. Ils partageaient au même moment les mêmes émotions. Même  les affiches et les informations qui passaient les faisaient rêver. Ils vivaient, comme les grands d’ailleurs, les actions des films,  en se mettant bien souvent dans la peau des personnages.
Le cinéma n’était pas seulement un plaisir et un divertissement, c’était aussi une évasion, une ouverture sur le monde,  sur d’autres cultures et d’autres traditions.

En même temps, pour certains, c’était un moyen  d’apprendre la langue française,  en répétant  les dialogues et en rejouant des scènes entre copains.

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Le Paris Ciné, dit, Cinéma Dufour (du nom de sa propriétaire)

De nos jours, peut-on dire que les gens n’aiment plus la vie  pour ne plus aller au cinéma?

En tous cas on est loin de la citation précitée, et les gens ne se ruent plus devant les guichets pour rentrer voir les derniers blockbusters.

La dernière séance s’est jouée il y’a longtemps pour presque toutes les salles de cinéma marocaines, et leurs écrans qui s’animaient de merveilleuses projections ont pris leurs retraite au grand dam des cinéphiles qui ont remisé dans les tiroirs leur amour pour le 7ème art.

A El Jadida comme ailleurs, la dégénérescence a frappé les 4 salles de cinéma chargées d’histoire et dont il ne subsiste plus aucune. Cinéma Marhaba, cinéma le Paris, (Dufour), cinéma Rif et cinéma Al Malaki, ont succombé sous les percussions du marteau-piqueur et ont fait place à des centres commerciaux ou à des ensembles de magasins anarchiques, remplis de chinoiseries.

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Cinéma RIF

Ils ne sont plus qu’un lointain souvenir dans la mémoire des  cinéphiles nostalgiques des grandes productions hollywoodiennes telles : Autant en emporte le vent, west side story, love story,  le Parrain, Docteur Jivago, les merveilles hitchcockiennes, les westerns,  et tant d’autres, ainsi que les films français, hindous ou égyptiens qui en ont fait rêver un bon nombre.

Ces cinémas mythiques ont connu également des projections de films dans le cadre des ciné-clubs, qui étaient suivies par des débats conviviaux autour du film projeté. Plusieurs facteurs sont à l’origine de cette déliquescence des salles cinématographiques.  La TV, avec les paraboles, avait commencé à étouffer le cinéma. Vinrent ensuite les DVD,  VOD, et les streaming. On peut citer aussi le changement des mentalités dû à un certain rigorisme importé d’ailleurs. Mais le coup fatal a été asséné par le piratage des films.

La promotion et la spéculation immobilières ont profité de l’aubaine.

Cependant, c’est une situation paradoxale, car le cinéma marocain ne cesse de se développer, et de grands talents se sont distingués. Les festivals de cinéma ont lieu dans plusieurs villes, et font affluer beaucoup de stars et de personnalités artistiques. Mais les bâtisses du 7ème art manquent à l’appel.

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Le premier cinéma à El Jadida (ici place sid’Daoui). Un cinéma où on profitait  d’une pause (sorte d’Entr’Acte) pour passer des annonces publicitaires, voire de précieux conseils, en rapport avec la santé ou autres  (agriculture… )

A qui incombe la responsabilité  de cette agonie des salles obscures?

Aux propriétaires des salles, au public ou encore aux pouvoirs publics et aux élus ?

Ce sont là des questions que les amoureux du 7ème art se posent avec douleur et impuissance.

Face aux charges insurmontables, les propriétaires n’osent pas s’aventurer dans la rénovation ou la construction de nouvelles salles.

Les spectateurs désertent les salles obscures. L’Etat est absent et laisse faire, les élus locaux pour la plupart, ont d’autres chats à fouetter et vaquent à d’autres préoccupations jugées plus lucratives…

Pour El jadida , c’est aussi un triste constat , elle qui a connu par le passé un véritable essor culturel.

Khadija Benerhziel

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