Elle a passé trente années d’activités médicale et sociale, se dévouant à améliorer la santé de centaines de mazaganais à une époque où la médecine faisait défaut dans cette petite ville à l’ère du protectorat.

Elle, c’est le Dr Eugénie Rubinstein Delanoë (1887-1951), cette française d’origine polonaise qui a marqué la mémoire des mazaganais.

A l’âge de 17 ans, elle milita contre le régime tsariste dans un comité lycéen de résistance pour promouvoir l’instruction parmi les classes défavorisées. Une activité qui la contraignit à fuir en France où elle poursuivit des études de médecine. Mariée à un médecin affecté en Côte d’Ivoire, elle dut se rendre au Maroc où elle sera affectée à Mazagan.

Recrutée par le Résident Général Lyautey, et affectée en 1913, en tant qu’adjointe du Dr. Blanc, Médecin-Chef de l’Infirmerie Indigène de Mazagan, dont une rue, du côté du parc Gallieni (Abdelkrim Khattabi), porte encore le nom, les Mazaganais l’adoptèrent dès ses début comme la «T’biba» incontournable et lui vouèrent une grande admiration. 

Pour rappel, les premiers cas de peste, qui faisait ravage dans la région des doukkalas en 1911, furent détectés par le Dr Blanc.

Dr Eugénie Rubinstein Delanoë était chargée, auprès du Dr Blanc, de soigner les femmes et les enfants. En peu de temps, elle réalisa l’impossible en améliorant la santé de ceux qu’elle soignait et put renverser la situation sanitaire désastreuse qui régnait à son arrivée, et qui enregistrait un taux de mortalité infantile de 50%.

A cette époque, seuls les nourrissons chanceux atteignaient l’âge d’une année.

Il faut signaler qu’à cette époque, les mœurs empêchaient que les femmes soient soignées par des hommes, ce qui contribua à la popularité de cette doctoresse auprès des autochtones.

Elle soigna donc des femmes et des enfants et les succès qu’elle obtint dans la lutte contre le typhus et le paludisme, lui conférèrent un accueil chaleureux et une confiance de la part de la population autochtone. Durant la 1ère guerre mondiale, elle aura été le seul médecin de la région. Elle participa à la création de l’orphelinat de Mazagran et à la création de l’œuvre de la goutte de lait.

Eugénie Rubinstein milita pour obtenir le premier hôpital de l’Empire Chérifien. Elle créa donc le premier centre de santé à côté de l’Ecole Clemenceau et du Marche Municipal. Elle y nomma une infirmière du nom de Mme Chaprot, que les Mazaganais avaient déformé en Mme Chabou (chapeau). Une infirmière qui marqua également l’histoire du domaine sanitaire mazaganais.

Eugénie Rubinstein avait créé un autre centre de santé au quartier El Kalâa sur l’avenue Hassan II, que les mazaganais appelèrent, par assimilation à l’autre centre géré par Mme Chaprot, «sbitar Mme Chabou».

En effet, on parle encore de Madame Chabou du fait de la renommée qu’elle avait acquise auprès de la population mazaganaise, si bien que tous les dispensaires ouverts à l’époque à Mazagan s’appelaient « Madame Chabou », en référence à son nom déformé par les autochtones qui l’assimilaient à la coiffe qu’elle portait.

Il faut noter qu’une autre dimension qui demeure plus une interrogation qu’une réponse, est qu’aussi bien Eugénie Rubinstein que Madame Chaprot furent directement financées par le Maréchal Lyautey qui leur accorda une aide sans retenue, vu l’attachement de ce dernier au Maroc, et son désir de vouloir faire de Mazagan le Deauville Marocain, sans oublier l’importance de la garnison militaire qui s’y trouvait et son emplacement stratégique en tant que centre d’estivage face à l’Océan.

L’histoire s’enchevêtre quant à ces deux grandes dames du domaine médical qui ont marqué la mémoire des mazaganais.

En effet, pendant longtemps, Eugénie Rubenstein Delanoë fut considérée comme étant Madame « Chabou » mais les faits confirment que l’authentique Madame Chaprot (Chabou) a bien exercé à Mazagan à la même époque, mais elle avait rejoint cette ville quelque temps après le Dr. Eugénie Rubenstein Delanoë que les autochtones surnommaient « T’biba ».

Après un exil aux USA après avoir été rayée de l’ordre des médecins par les vichystes à cause de sa confession juive, Eugénie Rubinstein revint à Mazagan, où elle mourut en 1951, et y fut inhumée dans une petite nécropole chrétienne.

Madame Chaprot serait décédée quelques années après, puisque bon nombre de mazaganais des années cinquante l’auraient côtoyée et ont gardé des souvenirs de cette dame dont le signe distinctif était son fameux chapeau.

Khadija Choukaili

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