El-Jadida: Le cimetière des éléphants

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Auteur : Tarik BOUBIYA

Debout, il avance, un pas en avant, un mouvement à droite, la tête toujours baissée, recule du même pas, puis il recommence, un pas en avant, le mouvement à droite, tête baissée… !! La même chose, le même pas, le même geste, depuis très longtemps.

L’éléphant dont il est question dans ce texte se trouve au Zoo de Lyon et il exécute le même mouvement depuis des mois, depuis peut être des années. Sa compagne, une belle femelle, originaire du Kenya, regarde le même spectacle, à l’écart, depuis toujours, sans bouger de sa place, impuissante devant la dure réalité : la folie de son compagnon.

En effet, l’animal dont il est question est coincé, cadenassé, emprisonné, cloîtré dans un espace de quelques mètres carrés, quand on sait que l’éléphant aime la verdure, le plein air, l’espace, la vie de famille et surtout la liberté, ce joyau de toute existence. Et elephant2quand l’éléphant pressent son prochain départ vers l’au delà, il choisit de mourir loin du groupe, à l’abri des autres, des regards et de la vie collective. Il existe ainsi dans la jungle africaine un enclos appelé « cimetière des éléphants », là où se rendent pour mourir, les vieilles bêtes, qui s’échouent ainsi, loin, très loin du groupe et des regards indiscrets.

Le présent article se veut un cri d’alarme, un constat alarmant, en défense des « éléphants Hommes », qui ont pour noms Tarik, Abdelhadi, Ahmed…des cadres qui croupissent dans les bureaux mal climatisés de certaines banques, assurances…

La lente agonie de certains cadres, voulue et institutionnalisée, est un phénomène qui a existé de tous temps et dans toutes les entreprises, publiques et privées, mais qui prend ces derniers temps, une cadence infernale, rythmée par l’avènement de la crise, la généralisation de la corruption, cette vieille maladie qui ronge notre société mal lotie…

L’exemple le plus criant, d’actualité, est celui d’une Banque très proche du peuple. Dans cette vieille forteresse de la finance, il y a quelques années de cela, certains dirigeants obtus, obnubilés par la « phobie sécuritaire », ont inventé un cortège de stratagèmes pour écarter de la boite, au vu et au su de tout le personnel, qui assiste médusé à la mise à mort d’une prochaine tête, du prochain bouc émissaire.

TARIK, la cinquantaine, un cadre qui a connu ses heures de gloire en tant que Directeur d’agence, a été précipité dans la fosse aux lions, par un ancien caissier qui voulait en faire un bouc émissaire, poussé qu’il était, enrôlé et soutenu par les collègues de la boite. Il nous dit à ce sujet :

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– Je me souviens comme si c’était hier,j’étais encore chef d’agence. On a commencé par écourter mon congé en m’envoyant au siège. Je n’avais ni bureau ni poste à occuper, ni téléphone. Les premiers interrogatoires de la Police ont commencé au sein de la banque. Le caissier qu’on venait d’inculper travaillait avec moi dans la même agence, deux années auparavant. Il avait commencé à piocher dans la caisse depuis une dizaine d’années et jusque là personne n’avait découvert ses micmacs.

A cause de ses accusations, J’ai été traîné, humilié, suspecté, anéanti, sans preuves et sans témoins, comme un vulgaire escroc, alors que j’étais l’exemple même du Directeur d’agence, travailleur et sérieux…C’était comme la récompense de 15 années de travail sérieux et honnête, tu parles d’une récompense !!!

A ce moment là, il n’y avait plus d’amis, plus de collègues ni de soutien de qui que ce soit. C’est ma femme et toute la famille qui m’ont extirpé de ce guet-apens qui m’a été concocté et minutieusement préparé par mes propres camarades de travail.

Apres quatre années de calvaire continu, de peurs, d’insomnies, de comparutions aux tribunaux de Casablanca, d’humiliation collective et de dénonciations arbitraires venant parfois des représentants du personnel… ceux qui sont censés nous défendre ??!!

j’ai pu obtenir enfin mon acquittement, mais à l’heure où je vous parle, je continue encore à subir les affres de la suspicion et de la marginalisation…

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La vie continue et la souffrance avec…

Pourtant, tout semble être normal dans la vie de l’institution, les affaires marchent, les fidèles, autrement dit les béni oui-oui, sont logiquement promus, le reste du personnel, « les hommes éléphants » comme moi, sont relégués aux oubliettes, à l’écart des promotions, des déplacements, de la formation et de tout autre forme d’évolution au sein de la boite!!!

Tarik est un exemple parmi des milliers, un exemple hélas qui devient de plus en plus fréquent dans les coulisses ténébreuses de certaines boites ou de certaines administrations.

Nombre de cadres et d’honnêtes travailleurs, continuent aujourd’hui à payer le prix fort de leur honnêteté et leur droiture, et comble de l’ironie, et à cause de la propagande, ils sont mal perçus par la grande majorité de la Société, qui bien souvent, cultive et entretient cette culture basée sur le clientélisme, le règne de la médiocrité et du Bakchich…

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