El Jadida, la capitale du cheval

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Par : Azzeddine Hnyen

L’européen adopte le chien, le Doukkali le cheval

C’est sûr, l’histoire de notre planète a été écrite à cheval…Peut-on imaginer un seul instant la destinée d’Hannibal, de Jules César, de Genghis Khan, d’Attila, de Massinissa, de Tarik Ibn Ziyad, de Napoléon, de tous les grands conquérants qui ont jalonné l’Histoire universelle, sans leurs chevaux ? Le cheval a été de toutes les guerres, de toutes les conquêtes, de toutes les croisades…C’est à cheval que les chrétiens sont partis d’Europe pour défendre le tombeau du Christ en Palestine ; c’est à cheval que les combattants du Prophète Mahomet sont allés répandre la Nouvelle de l’Islam à travers le monde. Et c’est sous la pression des dizaines de milliers de cavaliers maures, venus de tout le Maroc à l’appel du sultan Mohamed Abdallah que le 11 mars 1769, que les soldats portugais abandonnèrent l’imprenable forteresse de Mazagão, devenue depuis la belle El Jadida. Et c’est dans tous ces combats, sous les flèches, les boulets ou les balles, que le cheval a acquis ses lettres de noblesse. D’un courage sans limite, il avancera toujours, ne reculera jamais, bravant le feu ou le froid.

La tradition du cheval existe bel et bien à El Jadida. C’est, un patrimoine inéluctable qui fait partie intégrante du paysage doukkali.  Elle est le fruit d’un métier, accumulé depuis de longues décennies durant, et où se mêlent l’agricole, l’économique, le culturel et l’environnemental. Plus qu’un élevage, c’est une vocation revendiquée par les habitants qui en ont fait un levier de développement.  Les moussems et les fêtes sont l’occasion d’étaler le savoir accumulé. Celui de Moulay Abdellah Amghar l’est tout particulièrement en raison du nombre de cavaliers qu’il draine. Espace festif où le cheval est la vedette par excellence.

Le cheval est aussi le plus bel étendard de la paix…On offre un cheval comme un bijou sacré ! Ainsi, le sultan du Maroc avait-il offert un cheval au roi de France Louis XIV en signe d’amitié…Tous les souverains européens en recevaient, du Maroc ou d’autres pays d’Afrique du Nord ou du Moyen-Orient ; la grande diplomatie mondiale est émaillée de scènes identiques ! Aujourd’hui, la reine d’Angleterre apparaît en public, lors d’événements solennels, en carrosse doré tiré par les plus beaux chevaux de son royaume…Elle se passionne de courses hippiques, tout comme le roi d’Espagne.

Quant au souverain du Maroc, à l’occasion de la fête du Trône, il reçoit le serment d’allégeance (la Ba’yâ) des divers représentants des populations du royaume, sur un cheval revêtu des plus beaux harnais…Et c’est toujours une cérémonie d’une exceptionnelle splendeur.

Pourrions-nous imaginer, enfin, nos campagnes sans le compagnon indispensable du fellah, ce cheval qui aidera aux labours des champs et aux récoltes des moissons ? Pourrions-nous également imaginer un Maroc sans moussem et sans fantasia …accompagnée généralement par l’Aïta, cette musique rythmée au bruit des sabots des chevaux !

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Le Grand El Jadida fief du cheval

Le roi Hassan II a bien résumé cette relation entre le cheval et le Marocain, dans son livre « Le Défi » : « Le cheval fait partie de notre civilisation, de notre culture et de notre famille…». C’est ce même et grand intérêt que porte au cheval son successeur, le Roi Mohammed VI en accordant son Haut Patronage au salon international du cheval d’El Jadida. Un tel choix s’explique, non seulement parce que la région des Doukkala-Abda possède d’importantes richesses naturelles, mais aussi parce qu’elle a été toujours le fief du cheval.

La race équine, aristocrate et fière, irradie le prestige de la province qui en compte, aujourd’hui, 2.400 têtes. La race arabe barbe, y domine outrageusement avec 95%. Les 5% restant sont des purs- sang anglais ou arabe. L’infrastructure hippique, en découlant, hisse la province au rang de grand centre d’élevage chevalin du royaume. La ville dispose en effet d’un haras de quatre stations de monte (Aounate, Chtouka, Ouled Frej et Zmamra) dans lesquelles s’activent 35 palefreniers, 14 techniciens et 2 cadres, d’un centre d’insémination artificielle et d’un hippodrome. Cette culture équine fait du Maroc le principal foyer d’élevage du cheval au Maghreb .Le nombre de têtes s’élève à 160.000, avec une prédominance du cheval barbe qui représente 50% de l’espèce élevée.

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La Tbourida, un patrimoine culturel

La Tbourida est, sans nul doute, une composante essentielle du patrimoine culturel marocain. Cet art ancestral, autrement appelé fantasia, illustre les valeurs d’honneur, de respect, de courage, de dépassement de soi et d’excellence. Des valeurs qu’il convient aujourd’hui de transmettre aux jeunes générations.

Dans le Grand El Jadida, La Tbourida est un patrimoine culturel enraciné dans ses us et coutumes. C’est une tradition, à la fois, tribale, rurale et religieuse. Elle est pratiquée pour fêter les moussems (fête des semailles, de la moisson) et pour célébrer un marabout. Dans ces tribus, les habitants lui vouent un véritable culte comme le meilleur ami de l’homme.
Si dans certaines localités, cette tradition est au point mort pour des raisons purement organisationnelles et techniques, mais non par un manque de ses adeptes et pratiquants, la région, en général, vit, à l’instar du moussem de Moulay Abdellah, de grands festivals de Tbourida. Cependant, on ne peut être étonné de voir, après les moussems ressuscités, de voir renaître ceux d’Ouled Frej, d’El Aounate, de Mettouh, de Sidi Abed et de celui de Sidi Moussa à El Jadida. Les autorités provinciales et culturelles accordent, désormais, un vif intérêt à cet art équestre pour d’un côté sauvegarder une tradition séculaire et pour, d’un autre, en faire un levier de développement économique et touristique des cités et centres ruraux des Doukkala. Il suffit que les ministères de l’Agriculture et du Tourisme s’impliquent dans une politique promotionnelle d’une tradition dont la renommée dépasse nos frontières. Si le cheval, au cours des anciennes civilisations, était, seulement, un outil au service de l’homme pour le transport et pour la guerre, son rôle, aujourd’hui, a changé.

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Le cheval, aujourd’hui, une pièce maîtresse des loisirs et des compétitions.

Il est une pièce maîtresse des loisirs et des compétitions. Au Grand El Jadida, le cheval fait partie intégrante de la culture populaire depuis des siècles. Il est la fierté de toutes les tribus. A tel point que la fête annuelle des Moussems, organisés d’habitude en été après la saison de moisson, ne peut pas être conçue sans la présence du cheval et de la Fantasia. Et c’est pour cette raison que l’Etat s’est chargé de l’élevage et de la promotion du cheval. La création de la Fédération Royale Marocaine des Sports Equestres avait, tout d’abord, comme objectif principal la promotion et l’amélioration de la race équine. Cette initiative a permis au Maroc de jouir d’une crédibilité de taille en matière de chevaux de race. Les particuliers ne sont pas en reste puisque l’élevage de chevaux est devenu une industrie qui peut rapporter. L’organisation d’un Salon annuel du cheval à El-Jadida reflète cette tendance où le traditionnel et le moderne se côtoient. Pour se faire une idée sur la masse apportée annuellement par le secteur privé, selon un membre de l’Association des éleveurs de la région, elle est de l’ordre de 216 millions de Dirhams. Mais, ils jugent que cela est insuffisant pour se mettre au niveau de l’International.

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Une volonté de l’Etat pour le développement de la reproduction équine

L’élevage de chevaux au Maroc, d’une manière générale, fait l’objet d’un intérêt spécial qui se traduit par la mise en place d’une stratégie nationale élaborée de concert avec toutes les parties concernées. Notamment la Fédération Royale marocaine des sports équestres, la Société Royale d’encouragement du cheval et les associations des éleveurs de chevaux. Cette stratégie a pour objectifs de développer la reproduction de chevaux, surtout ceux de race marocaine, d’encourager leur usage dans les domaines de cavalerie traditionnelle et moderne, dans les courses hippiques et dans le tourisme équestre, de promouvoir les sports équestres et en assurer la plus large diffusion possible, de préserver les valeurs et les vertus de l’équitation et
d’améliorer l’organisation et la structuration de la filière. Le cheval est, incontestablement, une composante essentielle du patrimoine culturel et identitaire marocain. Mais, il est, également, un levier à fort potentiel en matière de développement socio-économique. Et en raison de la mécanisation et de la raréfaction de ses usages au Maroc, le cheval voit sa population se décliner d’année en année. En effet, la population équine était en net déclin. Et si cette tendance avait perduré, le cheptel équin marocain, qui était évalué à quelques 160.000 chevaux, devait se réduire à 15.000 têtes d’ici l’an 2020.

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Le cheval, une importante contribution aux recettes fiscales

Fort de ce constat, le ministère de l’Agriculture et de la Pêche maritime avait décidé d’initier un plan de travail global visant la revalorisation du rôle du cheval dans notre pays. Confié à la Société Royale d’encouragement du cheval, véritable pivot de la filière équine marocaine, et intitulé stratégie nationale pour la filière équine, ce plan décennal ambitionne de doubler la contribution de la filière cheval au PIB national d’ici l’an 2020 à travers un certain nombre d’actions et de mesures chiffrées et ciblées. Une fois traduites sur le terrain, ces mesures auront un impact socio-économique direct et palpable qui ne manquerait pas d’influer sur le rôle et la perception du cheval au Maroc. La stratégie nationale pour la filière avait prévu d’augmenter le nombre d’emplois directs et indirects générés par la filière équine de 6.500 à plus de 9.000 en 2020. Tandis que la contribution de la filière équine au PIB national qui se chiffrait en 2009 à 4.7 milliards de dirhams devrait atteindre en 2020 les 7 milliards. Enfin, la contribution de la filière aux recettes fiscales de l’Etat au titre de la TVA devrait passer de 700 millions de dirhams (en 2009) à quelque 1,1 milliard de dirhams à l’horizon 2020.
Une fois traduites sur le terrain, les actions et mesures programmées dans le cadre de la nouvelle stratégie, dont certaines sont déjà engagées, participeront au renforcement de la durabilité, des performances et de la compétitivité d’une filière équine marocaine désormais au galop. En attendant, plusieurs actions programmées dans le cadre de la nouvelle stratégie sont déjà en cours d’application.

La filière équine marocaine a bel et bien entamé son galop.

MOULAY ABDELLAH FANTAZIA

 

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