El Jadida : De l’urbanisation à la ruralisation

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Par: Khadija Choukaili

Le Programme Villes Sans Bidonvilles (VSB), engagé en 2004 par le gouvernement dans le but de l’éradication des bidonvilles et de l’habitat insalubre, a permis d’enregistrer des progrès significatifs dans l’amélioration des conditions d’habitat des ménages à faibles revenus. Cependant, 14 ans après le lancement de ce programme national très ambitieux, le gouvernement peine toujours à éradiquer l’habitat insalubre.

Il faut rappeler que quelque 4300 familles ont bénéficié de ces projets dont le coût global s’élevait à environ 165 millions de dirhams. Ces réalisations s’inscrivaient dans le cadre des efforts déployés pour le développement de la province d’El Jadida sur les plans économique, social et urbanistique, et portaient sur la lutte contre l’habitat insalubre,

Il faut reconnaître que le programme initialement lancé pour faire face à cette crise de logement ayant frappé de plein fouet le secteur de l’habitat, avec la prolifération de l’habitat insalubre et les constructions non réglementaires, réalisées sans recours aux plans d’aménagement, avait pour objectif le développement économique et social des couches défavorisées.
Malheureusement,l’exode rurale provoquée par l’espoir de la population qui aspirait à une vie meilleure au sein de la ville, et attirée par l’essor industriel engagé dans la province, ont été des facteurs favorisant la prolifération de l’habitat insalubre. Un phénomène qui a fortement contribué à la ruralisation de l’espace urbain.

Le processus formant le rapport interactif espace-individu se matérialise par un comportement de la communauté qui est en total déphasage avec l’évolution de la vie citadine, où la notion de la ville se perd dans les profondeurs des faubourgs, en constituant ainsi un seul espace sous forme de souk en plein centre urbain.
Cependant, certaines parties trouvent sûrement leur substrat de germination et de croissance dans ce désordre en habitat et en tirent de véritables profits. S’il s’agit d’une vieille histoire, il n’en demeure pas moins que son impact cauchemardesque se prolonge dans l’espace et dans le temps, pour démontrer par ces constructions abracadabrantes,que l’Etat qui cherche à restituer la dignité humaine de cette classe socialement démunie, à travers des efforts incommensurablement grands, en termes de ressources humaines et de finances, replonge ces malheureux citoyens dans des conditions encore plus lamentables.

On se rend donc vite à l’évidence, que bien des habitations, qu’on ne peut définir comme telles, ont vu le jour. Elles ont bien été construites et ont même pris de l’ampleur sans que l’on puisse déterminer qui en a donné l’aval et l’approbation dans un climat où tout promettait de voir enfin se réaliser ce plan d’urbanisation de la ville sous tutelle d’une grande institution appelée Agence « Urbaine ».

Et c’est ainsi, qu’en pleine ville censée être « urbaine », on s’est retrouvé avec des « Douars » éparpillés un peu partout dans ce cher Deauville marocain. Pour ne citer que quelques-uns, on trouve Douar Al Ghzaoua et douar Lahouna pas loin du CPR, Tagine du côté de la cité universitaire,  Al Bahara près de Sidi Bouzid…

Ces douars comptent une population importante bien installée et suffisamment encrée dans ces quartiers, qu’il serait pratiquement impossible de la délocaliser.
Certes, la volonté irréversible et invincible affichée par l’Etat dans la lutte contre l’habitat insalubre est l’une des priorités nationales. Le programme d’éradication de l’habitat insalubre par le biais du programme d’habitat social à 250 000 dh, est de bon augure pour le secteur de l’habitat, où le partenariat public-privé a atteint son apothéose.Cependant, il est légitime de penser que, bien que ces programmes ambitieux soient bel et bien élaborés pour améliorer le quotidien des citoyens, il n’en demeure pas moins qu’en contrepartie, des mains invisibles continueront à délivrer des autorisations qui vont probablement à l’encontre de la volonté des décideurs, ce qui, malheureusement, plongent la ville dans une dégradation sans précédent

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