Nul n’ignore que bon nombre de villes marocaines disposent d’un ancien quartier appelé « Mellah », qui désigne, généralement, le quartier où habitait la population juive de la ville. Il est entouré, en principe, de murailles qui délimitent ce quartier du reste de la ville.

Les communautés musulmane et juive d’El Jadida, comme dans d’autres villes du Maroc ont cohabité, des siècles durant, en parfaite harmonie et en bonne intelligence.

Cette cité fut pour la population qui l’habitait, constituée de 31.700 personnes en 1941 dont 26.000 musulmans, 3.700 juifs et 2.000 européens. Un véritable carrefour de cultures, de religions, de traditions ancestrales et d’entente pluraliste.

La communauté juive participa activement à la reconstruction de la cité au 19ème siècle, et collabora également à son développement à l’aube du 20ème siècle.

Il faut rappeler que les juifs autochtones marquèrent l’histoire de Mazagan et importèrent leur culture raffinée à cette cité. Ils furent de tous temps bien intégrés au sein de la population autochtone et donnèrent de nombreux intellectuels qui font, de par le monde, la fierté des jdidis. 

Pour rappel, la première expérience de démarcation des deux communautés juive et musulmane remonte à la dernière décennie du 9ème  siècle, sous le règne du roi Idriss II. Ce dernier appréciait le savoir-faire des artisans juifs et les invita, par centaines, à Fès, sa capitale naissante.

Les juifs y vinrent de la diaspora  d’Egypte, de Perse, de Babylonie, d’Espagne… et Fès devint le centre juif par excellence du Maroc, mais aussi l’un des centres de culture juive de premier ordre.

Afin de sécuriser la population juive le roi Idriss II décida de la regrouper dans un quartier clos, près de son palais. Il ordonna, de ce fait, la construction d’un mur enfermant un quartier de sa nouvelle cité. Le Mellah naissait.

Le premier quartier juif formellement connu sous ce nom fut donc établi en 1438, à Fès. Et l’origine du mot mellah viendrait du mot « sel », et tire sa source de la localisation historique du quartier juif de Fès, qui fut fondé dans une zone où s’effectuait le commerce du sel.

Cependant, quel lien historique existe-t-il entre la cité portugaise de le Mellah ?

Il faut rappeler qu’en 1769, un assaut dirigé par le sultan Mohammed Ben Abdallah aurait été fatal à la population chrétienne et l’occupation de Mazagan. La dernière des forteresses portugaises au Maroc, prit fin à la suite d’un traité de paix signé avec le sultan Ben Abdellah, conformément auquel les Portugais devaient quitter la cité par la porte de la mer, le 10 mars 1769.

Toutefois, ceux-ci posèrent des mines dans les bastions de l’entrée principale du fort qui explosèrent au moment où les Marocains forçaient la porte, faisant écrouler les murailles et provoquant des milliers de morts. Ce qui pousse le monarque à abandonner la ville démolie rebaptisée « Al Mahdouma » (la démolie) qui allait, fort heureusement, renaître de ses cendres.

Près d’un demi-siècle plus tard, la ville étant restée abandonnée, My Abderrahmane ordonnera, dans les années 1820, la restauration de l’ancienne cité et la reconstruction des quatre bastions des angles et d’une mosquée. Des Juifs en provenance d’Azemmour, ainsi que des européens et quelques paysans de Doukkala s’y installèrent et participèrent à l’essor de la ville qui commença à s’étendre en dehors des murs de l’ancienne cité. La ville neuve ressuscita mais sera rebaptisée « Mazagan » par les Français, pendant le protectorat. C’est alors que les juifs s’installèrent dans l’enceinte des murailles alors que musulmans et européens s’installèrent tout autour du mellah.

L’histoire de ville fut donc marquée par trois périodes essentielles :

– La période portugaise qui s’étend de 1541 à 1769, et qui représente la construction et la  structuration de cette cité.

– La période judéo-islamique qui commence de 1820 et se prolonge jusqu’au début du 20ème siècle, où la cité fut transformée en «Mellah» et une grande communauté juive marocaine y fut alors installée.

– Les périodes précoloniale et coloniale qui ont été marquées par l’ouverture du «Mellah» à une nouvelle population qui vint cohabiter avec la communauté juive. Il s’agit essentiellement de la communauté européenne et musulmane.

Tout ceci témoigne que Mazagan a un passé glorieux et des trésors culturels inépuisables qui confirment, jusqu’à nos jours, que son illustre histoire fait sa fierté et son authenticité.

Khadija Choukaili

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