El Jadida : Chronique de M’hamed Bencherki

Dans le désordre El Jadida fût portugaise, amazigh, Deauville, Al mardouma , Mazagao, phénicienne et arabe.

Capitale de la plaine Doukkali, grenier du Maroc, ville des lumières (ampoules), de la sardine et de la citrouille. Capitale aussi de la nostalgie.

D’aucun des heureux élus qui ont connu son heure de gloire vous contera ses merveilleux parcs, son théâtre prolifique, ses hommes qui étaient des hommes, ses femmes libérées…

Le regard vague, le verbe amer, les âmes en peine pleurent à l’unisson sur les vestiges des murs et des êtres qui étaient de toute façon, mieux qu’aujourd’hui.

Ce sont des ermites, de la hauteur du café d’en face, souffrants ensembles de ce que voient leurs yeux, entendent leurs oreilles, regrettent leur esprit.

Ils sont solidaires dans la critique, unis dans l’inaction.

Drapés de valeurs immaculées, ils ne peuvent combattre dans un monde sans morale, au risque de tâcher, leurs habits tissés dans la pure tradition du métier ancestral.

Les puristes aux références troubles, aux discours décousus, aux souvenirs atrophiés.

Si vous décelez dans mes paroles quelque animosité, ironie ou autres nuisances sonores, c’est que j’ai moi-même perdu la mémoire et ne me souviens plus que de quelques jours auparavant.

Leurs souvenirs me dérangent, leur nostalgie m’égare, déraciné au gré des présents. L’actualité est mon histoire, il n’existe pas de théâtre, de poissons rouges dans les bassins, d’oiseaux au plumage bigarré, déambulant librement dans les jardins publics.

Il n’y a pas de cabines à la plage, ni de casino sur la mer. Il n’y a pas non plus d’hôtel stylé où se prélassaient au bord de la piscine, de belles étrangères à la peau laiteuse.

Je ne me souviens pas non plus de l’école française, où pourtant je passais de si longues années. Reclus dans mon monde, au fond de la classe, invisible et silencieux.

Ai-je vraiment joué, dormi, pleuré dans la grande maison de la petite rue, Ryad sobre et majestueux, écosystème de pierre et de plantes vivant de lui-même, intérieur et secret.

Ce n’est que bien plus tard, lassé de ma compagnie stérile que j’ai compris, qu’il n’y a pas de passé. On ne récupère au mieux qu’une émotion, trouble et furtive.

A chacun son décor, sa mise en scène, son scénario.

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