El Jadida, ce n’est pas Paris

 anarchie.jdida

Par: Azzeddine Hnyen

Juste après avoir soulevé l’anarchie sévissant dans toute la ville, ici sur ces colonnes, les autorités locales, sur des instructions d’en haut lieu, ont mené des campagnes d’assainissement, tous azimuts, contre le phénomène de l’occupation illégale du domaine public. Ces campagnes, menées, tambours battant d’une manière gauche et maladroite, n’était, en fait pour l’averti, qu’une réaction désespérée de la part de ces responsables qui avaient contribué, directement, à cet état devenu, désormais, incontrôlable, insoutenable, invivable et très difficile à maîtriser. Car le mal causé est plus profond qu’on ne pourrait imaginer.

Ces messieurs de l’autorité, accompagnés des éléments des services de la police, des forces auxiliaires et de la protection civile, telle une armée conquérante, s’est attaquée, uniquement, « aux ferrachas »qui avaient appris, tout le temps, à jouer avec eux à cache- cache. D’ailleurs, ce sont, toujours, ces pauvres démunis qui sont, constamment, la cible de « nos braves et glorieux » caïds « acquis à la noble cause locale » (sic). Parce qu’il est facile de dresser un P. V où il est question du nombre élevé des charrettes et des marchandises qui reste faciles à vérifier à la fourrière municipale par un haut responsable s’il tenait à voir de ses propres yeux le résultat du travail accompli.

Cette campagne qui n’avait duré qu’un laps de temps devait permettre à certains points noirs (marchés publics, Avenue El Hansali et alentours) de retrouver leur lustre et de se faire une embellie. C’est qu’avaient déclaré, du moins, les officiels et le pacha en premier lieu à son entame. Il faut avouer que, lors de ces compagnes menées, rien n’a été laissé au hasard…comme mise en scène. On attendait les heures où le centre- ville s’emplit de citoyens et on sollicite les photographes d’une certaine presse électronique, habituée à « les applaudir » et à « louer » « leurs louables et distinguées » actions « patriotes » (sic).

Tant de moyens, humains et logistiques, avaient été, donc, mobilisés pour lutter contre ce fléau défigurant le paysage de la ville. Seulement, seuls les petits marchands informels d’articles de tout genre occupant les chaussées et les trottoirs qui avaient été éclaboussés  par cette « tempête makhzanéenne ». Alors que les infractions de taille avaient été ignorées. On a fermé les yeux sur les cafetiers, les grands commerçants et les exerçant des métiers professionnels qui s’étaient permis, non pas seulement, d’occuper les trottoirs ; mais qui avaient osé, sans droit, d’ériger des constructions devant chez eux pour élargir le plus possible l’espace de leurs activités. On avait fait la sourde oreille sur certains commerçants bénis par « leurs élus » et disposant d’autorisations illégales d’occuper le domaine public devant des administrations publiques. On avait omis, également, de mener des campagnes dans les nouveaux quartiers d’Al Amal, Essalam, Nejd et autres et où devant chez soi, une propriété communale, est devenue une propriété privée. On a même interdit le stationnement des véhicules en disposant, devant son négoce, des caisses et tout autre obstacle. C’est dire que chacun fait à sa guise ce qui lui semble profitable. Les mkadmines et les éléments de la sûreté ne prêtent pas attention à cette mauvaise manie condamnable et que des résidents ont imité maintenant en dressant des piquets en ciment sur les trottoirs. C’est, donc, à un défilé- marionnette (où manquait, malheureusement, la fanfare) que les habitants ont eu droit. Les crédules, comme certains plumitifs qui participent à un crime commis contre la ville, ont cru que c’était pour de bon cette fois- ci. Les avertis étaient convaincus que cette campagne d’assainissement ne différerait point de ses consœurs ultérieures. Car, très vite, la situation est revenue à son état « normal ». Les espaces publics « séquestrés » avec la bénédiction des agents d’autorités et des élus municipaux sans scrupules, entamant, dès maintenant, une campagne électorale avant terme, sont revenus, le plus facilement, à leurs occupants. Seulement, ils « casquent » plus parce que « les temps sont, maintenant, mauvais ».

Cet état douleureux ne réjouit personne. Ce sont, tout d’abord, de pauvres gens démunis, dont la plupart sont des femmes, qui sont les grandes victimes de ces soubresauts  cupides des autorités. Ce sont eux qui paient terriblement les pots cassés de responsables dont seul l’intérêt personnel qui les intéresse. Autre chose, ils n’en veulent pas et refusent qu’on en parle ! Ces gens là sont, avant et après tout, des citoyens comme quiconque ne cherchant qu’à subvenir à ses besoins et à ceux des leurs. La Constitution les protège et leur accorde ce droit. Les responsables, élus et autorités, de leur part, sont censés, tout d’abord, les protéger et, ensuite, de solutionner leurs problèmes pour qu’ils puissent vivre dans la dignité et non dans la crainte et dans la misère. Autorités et élus doivent conjuguer leurs efforts pour le bien de la ville et pour la bienséance des citoyens. L’élu a été porté aux urnes pour défendre, justement, ces causes. L’agent d’autorité, quel que soit son rang, est rémunéré par les publics pour défendre, lui aussi, ces nobles causes. Comment se fait- il qu’un agent d’autorité se permet de « massacrer » le commerce d’un citoyen ou saisir sa marchandise à un moment où, lui-même, commet une infraction très grave comme c’est le cas du pacha de la ville ! Voilà qu’un fonctionnaire de l’Etat bénéficie, gratuitement, d’un logement municipal et touche les indemnités de logement de son ministère !? D’autant plus, la circulaire 20 du ministère de l’Intérieur accorde la gratuité du logement, de l’électricité et de l’eau uniquement au gouverneur de la province. Mais ce responsable, paraît- il, jouit de tous ces privilèges.

Notre « cher » conseil municipal s’est passé maître dans l’art dans la cessation de terrains communaux. Ceux qui en ont bénéficié sont, dans leur écrasante majorité, des promoteurs immobiliers ou des élus, par le biais certaines personnes interposées comme c’est le cas du centre commercial d’el Kalaâ à un prix mesquin, très en deça de sa valeur réelle. On aurait du, des deux côtés, songer, comme c’est le cas en Europe, créer un peu partout dans la ville des marchés types pour les marchands ambulants et qui ne fonctionneront que d’après un horaire déterminé. La municipalité, les marchands et toute la ville en bénéficieraient. Mais continuer à « tabasser » ces marchands jusqu’à leur ruine n’est pas la meilleur solution. Certes, cette situation bâtarde fera des heureux et des malheureux.

Le bonheur de certains…

Les premiers à respirer, ce sont les habitants des voisinages. Ils retrouvent leur sérénité, loin des vacarmes des marchands bruyants occupant les voies publiques et les devantures des maisons  pour écouler leurs légumes, leurs fruits, leurs poissons entre autres. Les immondices, laissées derrière eux et qui constituent un véritable danger pour leur santé, disparaissent.…
Le malheur d’autres…

 

Si les heureux, cités ci-dessous, se réjouissent des campagnes d’assainissement touchant leur environnement, les personnes visées par ces opérations ne cachent pas leur amertume et leur colère. Ils dénoncent vivement ces mesures qu’ils estiment coercitives. Comment ose-t-on les priver de leurs sources de vie ? Comment vivront-ils ? Comment feront-ils vivre les leurs ? Eux qui avaient choisi de vivre honnêtement par la pratique d’un commerce non-répréhensif! « Comment peut-on nous priver de notre gagne-pain? » crient-ils à qui veut les entendre. Et autant de questions raisonnables qui restent sans réponses persuasives !

Si ces victimes du respect de la loi ont raison de pleurer leur sort et celui des leurs, la loi, elle, est conçue pour ne pas être piétinée. Que devrait-on prendre comme mesures pour éviter ces drames sociaux et satisfaire ces uns et ces autres ? Agir dans les demi- solutions.

Il est du devoir de la municipalité, en coordination avec les autorités locales et la chambre de commerce, d’industrie et des services, d’y trouver une solution définitive pour toutes les parties. Elle se doit, de ce fait, leur arranger des lieux, aménagés et équipés à l’instar des pays européens, des besoins nécessaires à ce type d’activités. Parallèlement à cette opération, un recensement de ces marchands informels doit être établi. En bénéficieront, en premier lieu, les natifs de la ville d’El Jadida.

Ceux de la province ensuite

Les non-natifs d’El Jadida et de sa région possèdent des chances dans leurs lieux de naissance. Une commission composée des représentants de la municipalité, des autorités locales, de la C.C.I et des services se penchera sur l’authenticité du recensement. L’opération paraît compliquée; mais elle ne serait que fort salutaire pour mettre un terme à un épineux problème.

Une bombe à retardement…

Laisser l’état tel qu’il est représente une véritable bombe à retardement qu’il faut, au plus vite désamorcer. Mieux vaut agir maintenant que plus tard. Sinon ce problème ne ferait que s’accentuer et les conséquences que s’empirer. Bien de malheureuses et regrettables tragédies se sont produites ailleurs et même, ici, à El Jadida!
Nos responsables se doivent d’intervenir pour solutionner ce problème et non pas de se contenter d’appliquer la loi! Des jeunes chôment, des pères et des mères, dont des veuves, n’ont d’autre alternative que de s’adonner à ce genre de commerce. Que l’on songe à ces âmes qui ne demandent qu’à vivre dans la dignité!

 

 

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