Doukkala: Le figuier de barbarie des Doukkala Cherche sauveurs

Par : Chahid Ahmed

Le figuier de barbarie des Doukkala et plus précisément dans la Province de Sidi Bennour est-il  réellement en danger ? La maladie qu’on nous signale dans différentes zones et qui, selon certains témoignages, commence à prendre beaucoup d’ampleurs et des tendances  alarmantes, trouvera-elle ses échos de la part des instances concernées ? En tout cas, d’après les informations qui nous parviennent de ces contrées là, dont notamment Saniet Berguig, Sebt Lâamarif, ou ouled

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Larves de cochenilles

Amrane …,nombreux sont les paysans qui n’arrivent toujours pas à comprendre ce qui arrive à leurs plantations de figuiers de barbarie et qui s’en remettent uniquement à Dieu face au dépérissement tragique qui s’opère sous leur regard. Dans beaucoup de cas, ils ne font que  pallier leur impuissance par l’invention des remèdes propres à leur savoir simpliste, qui vont de l’utilisation des pesticides les plus anodins jusqu’au fait de verser de l’essence pure sur les parties contaminées. Leur désarroi est d’autant plus grand, qu’ils viennent à peine d’évaluer à sa juste valeur l’importance commerciale des fruits de barbarie dont les prix à El Jadida ont varié entre 1 dh et 50 centimes l’unité durant toute la saison de cueillette ; Une véritable manne pour cette population dont la majorité frôle le seuil de la pauvreté.

Il faut dire, que les premiers épisodes  de cette maladie disait-on mystérieuse ont commencé en juin 2015 lorsque certains médias nationaux avaient émis des doutes sur la salubrité des fruits de barbarie et leurs supposés méfaits sur la santé des citoyens, suite à une maladie avancée comme étant suspecte et qui sévissait à Saniet Berguig dans la Province de Sidi Bennour. Ce début de psychose a été rapidement étouffé en son temps,  grâce aux éclaircissements émis par les services de l’Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires (ONSSA) qui  ont été rassurants en spécifiant que la maladie dont il est question est occasionnée par un cha.2petit insecte (Dactylopius coccus), du groupe des cochenilles spécifiques au cactus, ne représentant aucun danger ni pour l’homme ni pour les animaux. Plus encore, la réaction de l’ONSSA avait aussi coupé court à certains commentaires des plus affabulatoires qui parlaient de « plantes de figuier qui saignent » ou « de volailles atteintes de diarrhées rouges, lorsqu’elles vivent à proximité des figuiers en question », en expliquant que  la substance colorante, plus connue sous le nom de carmin est  produite par l’insecte une fois écrasé, et s’avère être très recherchée en tant que colorant naturel dans l’industrie alimentaire, pharmaceutique et cosmétique.

Seulement, et en dépit de ses multiples usages, le danger de cet insecte réside dans la possibilité de le voir se propager dans d’autres zones et, qu’en cas d’une grande contamination, la cochenille pourrait provoquer la mort de la plante.

Cette dernière indication qui fait allusion à une grande contamination suivie d’une potentielle mort de la plante, pourrait-elle s’appliquer à la tournure que prennent les choses aujourd’hui, dans des localités éloignées les unes des autres à travers les profondeurs des Doukkala, alors que pas plus loin de quelques mois, la cochenille n’était localisée que dans un point bien déterminé ?  Dans ces conditions là, nous serait-il permis d’évoquer la négligence ou du moins l’erreur d’appréciation de la part des départements de l’agriculture et autres responsables  qui n’auraient pas accordé assez d’importance aux dangers réels qui menacent cette plante aux multiples vertus et qui fait vivre des milliers de familles tout en occasionnant des opportunités d’activité commerciale à une large frange des populations du monde rural ?

Ce sont donc, ces mêmes interrogations que nous voulons partager avec les milieux qui sont censés adhérer à la philosophie du Maroc vert et aux leviers du développement du monde rural, surtout dans ses parties les plus molles.

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Ces milieux là, et ils sont divers, savent mieux que quiconque la place que détient de nos jours la production des figuiers de barbarie sur le plan de l’économie nationale et ce, grâce à la plus value qui peut découler de la commercialisation de ses fruits exotiques et surtout ses huiles dont la valeur commerciale peut seconder celle de l’arganier, puisque le prix di litre peut varier de 800 à 1000 Euros dans les marchés Européens.

A signaler, que Depuis quelques années, une dizaine de coopératives marocaines, majoritairement situées dans le Souss, mais aussi dans la région centre et le Nord, tentent de développer la production d’huile de figue de barbarie.
Ainsi peut-on lire selon la présidente de l’une de ces coopératives que « L’huile de figue de barbarie est très riche en vitamine E, très riche en stérols, en omégas 6. Tous ces éléments lui confèrent des particularités sans égales en tant qu’huile anti-radicalaire, anti-âge, cicatrisante et hydratante. Il s’agit de l’huile qui présente aujourd’hui les vertus les plus puissantes dans le monde végétal ».

Toujours est-il qu’au-delà de tous ces vertus précités dont dispose le figuier de barbarie et qui doivent donner  matière à réflexion localement , il faut dire que les exploitations de cette plante dans les Doukkala, quoique vivant toujours à l’état traditionnel, offrent des avantages non estimables dont on peut citer l’importance du marché des fruits et l’intérêt des prix offerts à l’intérieur du pays durant toute la campagne, la main d’œuvre exceptionnelle que mobilise l’opération de récolte, de distribution et de vente qui s’étale sur sept mois de l’année, l’utilisation des raquettes et figues comme complément de fourrage pour les bovins, les ovins et les caprins….D’autre part, la plante est parfaitement adaptée aux conditions d’aridité de la région et sa culture nécessite moins d’investissement que la céréaliculture. Les étendues des exploitations prouvent aussi leur utilité que ce soit dans la fixation des sols quen tant que refuges pour tous les genres des gibiers à l’état sauvage.

Malheureusement, et au rythme où se développe cette nouvelle calamité qui frappe une contrée des plus pauvres et des plus fragiles de la Province de Sidi Bennour, le risque de perdre tous ces avantages n’admet aucune justification. Si l’on croit ce que nous rapportent les citoyens des zones touchées, personne ne s’intéresse à leur désarroi et encore moins à leur figuier qualifié de fruit des pauvres, au moment où sous d’autres cieux et avec le développement du marché des fruits exotiques en Europe et aux Etats Unis, les efforts ne cessent de multiplie pour faire du figuier de barbarie une culture industrielle.

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Selon son étude sur le figuier de barbarie, le Dr. Lahcen KENNY  de Institut Agronomique et Vétérinaire Hassan II d’Agadir explique que  « Actuellement, le figuier de Barbarie est cultivé dans les régions arides et semi-arides de plusieurs pays. Au Mexique, sa culture s’étend sur une superficie de plus de 50.000 ha. En Italie, il est cultivé sur une superficie de 1000 ha avec des programmes de fertilisation et d’irrigation annuels. Dans d’autres pays, on a recours aux techniques de productions les plus modernes telles que la fertigation et l’irrigation au goutte à goutte. C’est le cas par exemple d’Israël qui exporte la majorité de sa production vers les marchés européens. »

Reste à souligner que même si de nos jours, on est encore assez loin pour concurrencer ces pays qui ont une bonne longueur d’avance sur nous dans ce domaine spécifique, il n’en demeure pas moins que la stratégie de notre pays en matière de modernisation de l’agriculture et partant, le développement équitable du milieux rural, s’affirme en tant que priorité nationale qui commence à marquer d’appréciables avancée par le biais du plan Maroc vert. D’où notre souci pour le dessein du figuier de barbarie qui cache en lui une richesse considérable qui ne demande qu’à être prise en compte et valorisée au mieux.

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