« Des roses blanches » pour honorer la mémoire de Hakim Ankar.

Par Driss Tahi

Les poètes, les écrivains et autres artistes, disparaissent  pour un temps ou pour toujours, mais ne meurent pas pour de bon, ni pour autant.

Ils poussent parfois ce besoin irrésistible de solitude, génératrice de pensées et de créativité, jusqu’à s’éclipser, à chaque fois derrière un écran différent , choisi au gré de leur imagination et dont ils sont seuls à en détenir le secret, pour resurgir un matin comme un soleil doux au printemps, sur la chaise d’un café, à travers les colonnes d’un article, ou sur les pages d’un recueil de poésie.

On dirait qu’en plus de leur vocation pour la création, ils sont dotés de facultés non moins ingénieuses, celles par exemple de narguer la vie et un courageux affront de se jouer de la mort, comme une métaphore intelligemment dissimulée au sein d’un conte ou au détour d’une nouvelle.

Hélas ! Il leur arrive aussi et à notre grand regret et sans aucune intention de leur part de chercher à nous fausser compagnie pour nous endeuiller, d’oublier tout simplement de réapparaître.

Hakim Ankar fut l’un d’eux.

Il ne reviendra pas… du moins pas physiquement, puisque ni le son de sa voix, ni le bruit de ses pas n’auront plus jamais la même résonance dans les dédales des salons de la culture, ni encore l’ombre impressionnante de sa stature propre aux doukkalis, n’annoncera son arrivée dans les couloirs et les rédactions d’un journal. Et seuls ses inconditionnels  amis et ses lecteurs fidèles et assidus, sentiront dorénavant son âme effleurer leur pensée,comme une brise en pleine canicule et humeront le parfum qui ne desséchera jamais de son encrier,ou lorsque,  de ses ailes , une plume rebelle marquera son absence pour le faire briller dans le monde des vers et des proses , ou sous le chapiteau virtuel des rencontres littéraires et artistiques.

A chaque printemps un soleil radieux viendra raviver son image dans leur mémoire, ainsi que le large et accueillant sourire, le tempérament généreux et bienveillant, dignes  des hommes de sa région natale, inspireront durant longtemps ses enfants et ses cadets.

Aussi,  pas moins d’une trentaine d’éloges en sa mémoire , distillés comme des perles de larmes, tel un concert funèbre très émouvant, émanant de ses proches et de quelques unes de ses connaissances( la liste est sûrement plus longue),recueillis par deux de ses amis, les initiateurs du projet , en l’occurrence Said Ahid , le poète journaliste et traducteur , ainsi que Mohamed Aziz El Mesbahi écrivain dramaturge , ont fait l’objet d’un ouvrage collectif de quatre vingt dix pages , intitulé « Roses Blanches » dédié à sa mémoire , à sa famille, mais  aussi à ses nombreux lecteurs. soutenu par l’APAC et la direction de la culture à El Jadida, avec en couverture conçu par l’artiste Jaouad Taybani ,le portrait réussi du disparu.

Moi qui n’ai connu Hakim Ankar que très peu, lors de brèves présentations et à l’issu de rencontres hasardeuses et furtives, je suis stupéfait aujourd’hui à la sortie de ce livre à son hommage, de la grande considération et de l’amour dont il jouissait de la part de tous ceux qui l’avaient connu, ainsi que la chaleur  des mots,la sincérité des expressions et les voix qui se ressemblent dans leurs cris et leurs plaintes , émanant solennellement  des pages , comme du cœur d’un seul homme.

Tous, ont évoqué avec des mots souvent poignants, leurs émouvants témoignages, chacun suivant la quantité et l’importance de souvenirs vécus avec le défunt. Relatés dans le style propre de chacun d’eux  et selon l’inspiration née de la douleur qui l’avait ébranlé à l’annonce de cette triste et imprévue disparition.

Said Ahid, dans une complainte,étalée  sur plusieurs lignes, comme un long cri aigu, tonna de toutes ses forces : « Ah ! Si ce jour fatidique, avait tout bonnement disparu du calendrier de ce mois maudit, au lieu que ça soit toi qui disparaît… ».

Mohamed Aziz El Mesbahi , n’a pas tari non plus d’éloges à son égard, révélant  au passage quelques-uns des moments forts qui les avaient réunis et certains propos, oscillant entre les citations de Abdellah El Aroui et tournant en dérision celles de Gaston Bachelard , dans une ambiance  amicale inoubliable selon Mohamed Aziz M., quoi que marqués par les effets néfastes du covid , qui planait déjà en ce moment au dessus de leurs  têtes, en tueur silencieux et impitoyable.

Son fils Alae et son frère Abdallah Ankar , au nom d’une  famille accablée  par cette perte aussi douloureuse qu’inattendue ,ont réussi difficilement, le temps de quelques lignes griffonnées avec des sanglots déchirants et des larmes abondantes, à transmettre à travers ce recueil leur immense peine.

Abdellatif El Bidouri au nom de l’APAC ,Aboulkacem Chebri, Chafik Ezougari , Amina El Azhar , Brahim El Hajri , Mohamed Mostakim ,El Habib Daim Rabi , Chakib Abdelhamid , Abdellah Morjane, Habiba Zougui , Abdelkrim El Mahi et bien d’autres noms tout aussi illustres , ont participé  à cette expression de compassion collective, en signant avec consternation ce livre édifiant.

Il est important toutefois de ne pas  oublier ceux, nombreux, qui n’ont pas eu pour une raison ou pour une autre la possibilité de faire de même, mais trouveront sûrement prochainement l’occasion d’intervenir pour apporter leurs témoignages au cours de rencontres qui seront programmées incessamment.

Enfin, c’est le départ  d’un être  cher, c’est rien qu’un simple adieu, ou un au revoir,  ou peut-être une farce théâtrale jouée à nos dépens et sous nos yeux sur la scène de la vie.

Il suffit d’attendre…

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