DE MAZAGAN A EL-JADIDA : LES AUTODIDACTES DU SPORT

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Par:Haj Abdellatif Cherraf

Aujourd’hui, on peut dire que les mazaganais de ma génération, ceux qui sont nés dans les années  50 et dont  l’extrait  de naissance porte le sceau de la république française, n’ont rien appris sportivement parlant à l’école primaire ! Et pour cause, le sport n’était pas au programme scolaire à cette époque…

Aujourd’hui, cette discipline figure théoriquement au programme,  mais en pratique, elle ne l’est, qu’à un pourcentage  très, très faible, presque dérisoire !

Prenons à titre d’exemple, la province d’El-Jadida. Une seule école compte dans son programme scolaire, la matière éducation physique sportive ( E.P.S). Peut-être que le manque d’infrastructure y est pour quelque chose ainsi que l’absence de formation sportive pour les enseignants dans le primaire…

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Et c’est au collège que la grande porte s’ouvre aux petits sportifs de la rue ! Ceux qui n’avaient  que cet espace pour y déposer deux pavés comme poteaux ou leurs cartables… Et que la partie de football commence, sans arbitre. Pas besoin, ils sont tous arbitres ! Leurs aînés se retrouvaient, soit au plateau, soit à Sidi Bouafi, soit à Nor Al-Qamar pour disputer des matchs de football inter/quartiers…

Aujourd’hui, une telle chose n’est plus possible, sur ces espaces. On y a bâti à la place, le lycée Abou Chouaib Doukkali, celui de Halima Saâdia (collège)   et un hôtel aujourd’hui abandonné (du nom de Doukkala, puis Abou Al Jadayel) juste à côté de l’hôtel Marhaba, qui subit aussi le même sort , ainsi que les cabines de la plage !

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Un vrai cimetière de béton, au cœur du centre d’El-Jadida et de sa plage !

Que reste-il aujourd’hui comme espace libre, à même d’inciter et initier la jeunesse jdidie à pratiquer leur sport favori ?

Pour être sincère, je dirai tout simplement, la plage…D’ailleurs durant, les vacances scolaires voire les  longs  weekends, la plage d’El-Jadida affiche complet à marée basse !

Moult matchs de football, quelques parties de beach-volley, des ateliers de gym par ci, des plateaux de culture physique par là et pas mal de jeunes filles et garçons de 7 à 77 ans font leur footing, chacun à son rythme…

Dans toute cette ébullition sportive, certains adultes, à la recherche d’un peu de calme et de méditation, s’adonnent à la pêche. D’autres font du surf.Et quand, la grande bleue est calme, plate, avec ou sans palmes, certains nageurs téméraires n’hésitent pas à s’attaquer à la traversée vers les tétrapodes de la jetée « Lmoune – La môle » ! Les plus en forme d’entre eux, généralement  les maîtres-nageurs, retournent sur place à la plage, les autres prennent le temps de se reposer, de bronzer, et retour au sable après une bonne heure de relâchement…

« LMOUNE » ! C’était aussi le terminus des apprentis nageurs autodidactes. Ces derniers entamaient, seuls, après familiarisation avec les petites vagues de la plage, leur première nage à « Charige Labgare »,  un grand bassin naturel, de l’autre côté de « Lmoune », juste sur  la jetée du côté de Sid’Daoui.

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Ce bassin fait environ 6 mètres de circonférence et 1,20 m de profondeur. Des normes idéales pour tous les   bambins qui voulaient apprendre à nager,  dans l’espoir qu’un beau jour, ils côtoieront les grands, dans les eaux profondes de « Lmoune » !

Après ce premier pas d’initiation à « charrige labgare», vient le tour de « TANYINE »…

J’ouvre une parenthèse pour dire un mot sur Larbi boussalhame. Cet homme sauva un bœuf de la noyade, dans les années 60. Son éleveur qui croyait l’avoir déjà perdu, se lamentait, déjà, sur la rive de  Sid’Daoui !

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 Tanyine

« Tanyine »  comme son nom l’indique, veut dire en « darija » : en second. C’est l’appellation de la place sise à l’entrée de « Lmoune », pratiquement face au club nautique d’El-Jadida. Un club créé par les français et où leur progéniture s’initiait à la nage, au water-polo, au ski nautique et au sport de voile. Les petits marocains de « Taniyine, s’aventuraient, des fois, jusqu’au club nautique à la nage,…Un test qui leur permettait l’admission de nager avec les grands de « Lmoune ».

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Club Nautique

Tous ces petits, majoritairement issus  des quartiers démunis, avaient du courage à revendre et de l’audace pour le faire. Une épreuve pas facile à vivre, vue les contraintes de l’époque ! Entre autre, les  pédophiles qui supervisaient « Lmoune », tout en buvant au bas des escaliers des bouteilles d’alcool! La crainte d’une descente de la police. Se faire casser la gueule par les adolescents d’autres quartiers …Ne parlons pas de la « fallaqa », la tannée donnée par le père, en cas d’échec scolaire…

Le collège c’était la porte qui donnait accès à tous les enfants admis en A.S.S. (association scolaire sportive) de pratiquer leur sport favori. Notamment en athlétisme ; les courses de vitesse, de haies, du demi-fond, les sauts, les lancers ainsi que les sports collectifs.

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Quel sentiment de bonheur à la lecture de votre nom sur le tableau de l’ASS, placardé sur le mur du collège ! Ce bonheur trouve toutes ses dimensions quand le professeur d’EPS  vous propose de joindre le club civil de la ville et la belle salle couverte des sports qui se transformait en bal à l’occasion du réveillon et en d’autres circonstances que seules les autorités municipales en avaient le secret !

Celle dont je me rappelle très bien, c’était le radio crochet que les jeunes vacanciers de la radio française (ORTF) avaient organisé en juillet 68. Et pour cause j’y ai chanté. Voilà.

Avant de boucler cette histoire, j’aimerais saluer tous ces gamins dont les papas ont travaillé au Haras  de Mazagan. Ces derniers ont eu la chance de vivre avec la première conquête de l’homme, le cheval. Chose qui était inaccessible pour les enfants des quartiers populaires !

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