Dans Nass el-Mellah Mustapha Jmahri raconte l’histoire de la communauté juive d’El Jadida

L’écrivain Mustapha Jmahri a été l’invité de l’émission arabophone Nass El Mellah diffusée sur les ondes de Med Radio, en deux épisodes. La première partie fut diffusée le jeudi 18 mars 2021 et la deuxième, le jeudi 27 mai 2021.

Pendant toute la durée de cet entretien mené par Zhor Rehihil, journaliste et Conservatrice du musée du judaïsme marocain à Casablanca, Mustapha Jmahri a centré ses réponses sur les composantes humaines de l’histoire d’El Jadida et de la région des Doukkala. La discussion a porté sur trois volets : le parcours de l’écrivain dans la vie et la recherche, le projet des cahiers d’El Jadida, et enfin le résultat de ses recherches sur la communauté juive. L’entretien a été riche par l’évocation d’un certain nombre d’événements et de noms de personnes et de lieux.

Mustapha Jmahri, membre de l’Union des écrivains du Maroc, et auteur-éditeur des cahiers d’El Jadida, a notamment mené des études sur les composantes humaines de cette ville. Son livre sur l’histoire de la communauté juive a fait l’objet de deux éditions distinctes. Il a également publié dans la presse marocaine, dans les dix dernières années, de nombreux articles sur des aspects ou des personnalités de la communauté juive des Doukkala.

Au cours de l’entretien, l’intervenant a précisé que l’installation d’une communauté juive dans les Doukkala, dont El Jadida est le chef-lieu, remonte à la deuxième moitié du XVème siècle. Un grand nombre de juifs expulsés d’Espagne affluèrent vers les villes côtières marocaines notamment Azemmour, première étape d’un périple qui allait les conduire vers Mazagan. L’origine ibérique de cette population, précise l’intervenant, est attestée par les noms de certaines familles : Corcos, Moreno, El Moznino, Nahon, tandis que d’autres noms ont, en même temps, une connotation arabo-ibérique comme El Baz ou Faraché.

Autre particularité, selon Mustapha Jmahri, est que cette cité n’avait pas de mellah au vrai sens du terme. Les juifs pouvaient habiter où bon leur semblait. Mais, pendant le Protectorat, la forteresse portugaise reçut l’appellation de mellah, ce qui est erronée, car la forteresse n’était pas habitée exclusivement par des juifs mais aussi par des musulmans et des Européens.

Abordant le volet touchant à l’exil progressif de cette communauté, Mustapha jmahri expliqua que les premiers vrais remous au sein de la communauté vont apparaître après la défaite de la France dans la Deuxième Guerre mondiale et l’installation du gouvernement de Vichy. Malgré la présence d’une commission allemande d’armistice, feu Mohammed V, s’opposa fermement à l’application des lois anti-juives au Maroc. Lors de ces temps difficiles, note Mustapha Jmahri, quelques juifs jdidis ayant regagné la France ont transformé leur nom pour le franciser. L’intervenant ajoute qu’à la fin de la guerre, plusieurs membres de la communauté juive jdidie partirent en France mais aussi vers l’Espagne, l’Angleterre, la Hollande et les USA. L’intervenant fait remarquer qu’au moment de l’Indépendance, des postes importants furent confiés aux membres de la communauté juive tant au niveau national que local.

Le nombre de Juifs ne cessa de régresser d’année en année par la voie de l’émigration mais aussi par le décès des personnes âgées. Mustapha Jmahri ajoute que ceux qui avaient choisi de rester à El Jadida à la fin des années 70 ont dû rejoindre leurs enfants établis à l’étranger quand l’un des parents s’est retrouvé seul au moment de la disparition de son conjoint.

D’autres points ont été abordés lors de cette émission : le commerce des œufs, le phénomène de la protection consulaire et les relations intercommunautaires. Pour donner des exemples, plusieurs noms de familles juives furent évoqués par l’intervenant tels : Acoca, Amiel, Abergel, Adjiman, Bensimon, Benouaich, Benatar, Cohen, Faraché, Larédo, Maimaran, Nahon et Znaty.

Mustapha Jmahri conclut que « de nos jours, des traces du passé de la communauté juive jdidie meublent encore l’espace de la ville et enrichit son histoire».

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