Coin des poètes …L’école sans bas de laine…Par Moussa Ettalibi

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 Pour la petite histoire, cette école dite du hangar « Hri », sise au début de l’actuelle Avenue de la Marche Verte à El Jadida, anciennement avenue Sidi Moussa, couvrait un grand espace dépourvu de lumière. Elle est redevenue un magasin (retour aux sources en quelque sorte!). En 1955, nous y avons passé la dernière année sous le protectorat en CM1. Cette année a été la plus pénible où nous avons assisté à l’abandon de plusieurs écoliers adolescents à cause des persécutions d’un notaire « adoul » qui nous enseignait l’arabe. Ssi Mustapha Riffi, qu’Allah lui pardonne, nous flagellait à l’ancienne, le cœur dur comme du marbre. En 1956, l’année de l’indépendance, j’ai décroché mon certificat d’études primaires que j’ai passé à l’école de la résistance (Al Mouqawama), l’inaugurant par la même occasion. On faisait partie de la première promotion de l’indépendance. Je dois rendre hommage d’abord à mes instituteurs de l’époque Ssi TAOUFIQ, un brave homme qu’Allah l’ait en Sa Sainte Miséricorde et Yves BOUTEILLE, un homme moustachu à la mobylette grise qui vit actuellement à Perpignan, que je salue amicalement. Je profite de l’occasion pour dédier ce modeste poème à la mémoire de mon camarade Moussa JADRANI avec qui j’ai eu le privilège de partager les premiers prix (Honneur et Excellence) remis par le premier Gouverneur d’El Jadida, Si Lhoucine LAYACHI, qu’Allah l’ait en Sa Sainte Miséricorde et qui est probablement parent d’un de mes élèves, Nabil LAYACHI.

Pour la mémoire collective, sachez que l’école, objet de mon poème, a été la pépinière pour plusieurs cadres juste après l’indépendance comme Mr Abderrahim MOUHANDIS, Ambassadeur du Maroc au Pérou. Je citerai aussi ceux que j’ai connus notamment Ettalibi Ali Taleb, Ingénieur Agricole Promotion Mohammed V mort le 1-10-1961, Shamel Mustapha, Ancien Super Caïd, qu’Allah les ait en Sa Sainte Miséricorde, mais aussi Chtaïni, l’un des premiers buteurs du Maroc, Charafi Mustapha, Ancien Inspecteur des Finances, Farissi alias Hallaoui, Comissaire, etc. A tous mes camarades du CM2 de l’époque, que je n’ai pu citer, je rends hommage à tous ceux qui sont décédés et aux rares qui sont encore en vie, je souhaite une excellente santé et une terminaison heureuse. Je serais tout heureux de connaître, si possible, le sort de chacun. Merci d’avance pour la diffusion de l’information via les réseaux sociaux.

 

L’école* sans bas de laine

Mon école avait l’aspect d’un dock silo pour graines.

C’était un hangar accueillant une cent-cinquantaine

De garçons dont l’âge variait de cinq à la vingtaine !

Nos maîtres d’école y croyaient à peine, l’ironie était reine !

Dans ce lieu mystérieux, sans petite reine,  la mise en scène

Etait remise en question chaque semaine !

Mais l’aller et le retour, chez nous, sans madeleine

Etaient plutôt sentis comme une lourde peine !

L’hiver glacial gerçait nos pieds et nos corps sans laine !

La mallette de fortune si lourde torturait nos veines !

Les classes, granges ouvertes, nous tenaient en haleine

Et nous rassemblaient, comme des abeilles, par trentaine !

Quand le soleil commençait à chauffer, la plage saine

Nous incitait à contempler les vagues lointaines !

Le printemps remplissait nos corps de charges certaines

Qui nous poussaient à entreprendre des choses vaines !

Astreints de force à une obéissance sereine,

On observait un silence de pauvres sans bedaine !

A la moindre bêtise, on récoltait une peine !

Pour la délivrance, il fallait attendre la sirène !

Le soir, la phobie du noir angoisse les enfants sans marraine !

Ce calvaire faisait oublier à certains la fredaine !

Le sauve-qui-peut était la règle dans la pédiplaine

Surtout quand on rencontrait des chiennes à face d’hyène!

On ressentait aussi des présences inhumaines !

Pire, on craignait de se faire attaquer par un tire-laine !

Arrivés abattus par la migraine, les doigts dans la mitaine,

On devait boire du thé chaud ou une verveine !

A la faveur d’une bougie dépassant le bougeoir à peine

Je devais faire mes devoirs de la semaine

Si bien que la fatigue et la frayeur certaine

Anéantissaient mes petites forces humaines !

Dans la maison, ma chambre proche d’une éolienne

N’était point de repos quand le vent, de façon soudaine,

Secouait fortement l’orangeraie du domaine,

La bergerie, l’écurie et l’étable aux toitures vilaines !

Ces péripéties m’ont imprégné d’une capacité humaine

Du « vivre ensemble » sans la moindre haine.

Le passage dans cette école sans bas de laine

Est devenue une fierté des familles comme la mienne !

Malgré les risques éventuels, on a pu profiter de l’aubaine,

Celle de démarrer une vraie réaction en chaîne.

La vie nous a souri et nous a abreuvés de sa fontaine

De jouvence qui nettoie âmes, corps et veines !

Moussa Ettalibi, Dr Sci., Rabat le 01/11/2018

 

Pour complément d’informations voir :

* Parcours sans brides https://www.eljadida.com/actualite_news_el_jadida/parcours-sans-brides-a3174.html

* Sortir des ténèbres de l’« inconnaissance » http://www.eljadida.com/actualite_news_el_jadida/sortir-des-tenebres-de-l-inconnaissance–a5604.html

*Paysans

http://www.eljadida.com/actualite_news_el_jadida/paysans-a5504.html

*Aux aurores

http://www.eljadida.com/actualite_news_el_jadida/aux-aurores-a5247.html

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