Chantage artistique : ‘’Sauvez moi de la misère ou je fais un malheur!’’

Par : Ismail Harakat (espaceMRE)

Un certain nombre d’artistes marocains ou se prétendant tels semblent avoir découvert une nouvelle formule pour s’attirer la sympathie du public et une partie des médias: Étaler sa misère ou sa maladie sur les réseaux sociaux dans l’espoir de bénéficier d’une prise en charge médicale royale ou d’un logement social. Il y a un côté totalement indigne dans cette propension à susciter la pitié du commun des mortels, car la première question qui se pose dans ce cas précis est la suivante : Un ‘’artiste’’ incapable de vivre de son art en est-il un ? Et quelle image projetons-nous alors de ce champ vaste qui a le public pour seul arbitre?

artistes

Le ministre de la culture recevant une délégation d’artistes et de musiciens marocains. Le ministre de la culture recevant une délégation d’artistes et de musiciens marocains

 

Force est de constater qu’une poignée de musiciens, de chanteurs et de comédiens ne craignent nullement le ridicule dans le seul but de parvenir à leur fin. Pour sensibiliser l’opinion publique, ils commencent d’abord par afficher leur vécu sur les réseaux sociaux, lesquels s’enflamment comme d’habitude au quart de tour sans se poser la moindre question quant aux motivations réelles des protagonistes de ces images. La deuxième étape consiste en des sorties médiatiques qui trouvent curieusement des échos favorables auprès de certains journaux dépourvus de rigueur déontologique. Alors que de toute évidence un journaliste devrait être le premier à se poser la question de savoir si un individu qui étale sa dèche à la face du monde mérite d’être considéré comme un artiste. Si ces moyens de pression n’aboutissent toujours pas, on entame alors une grève de la faim en mobilisant au passage une partie de l’opinion publique et de la classe artistique et médiatique.

Le pari des exhibitionnistes

Il nous a même été donné d’entendre quelques ‘’comédiens’’ menacer de s’immoler en public si leurs doléances n’étaient pas prises en considération. Dans leur esprit, il y a une grande injustice dans l’attribution des rôles et n’hésitent pas à parler de ‘’mafias’’ contrôlant le microcosme artistique marocain. Ce qui n’est peut-être pas faux. Mais les véritables artistes endurent la discrimination dans la dignité et ne menacent pas d’emboîter le pas à Bouaâzizi. C’est surtout chez les dames qu’on enregistre le plus de cas de chantage. Que de chanteuses ou de comédiennes ont été exclues de participation à tel ou tel festival juste pour avoir refusé de se montrer ‘’compréhensives’’ face à des crapules du milieu, un peu trop entreprenantes. Et pourtant, ces victimes du harcèlement et de la discrimination n’ont jamais menacé de s’immoler ou de se pendre et n’ont jamais affiché sur leur page Facebook d’images destinées à susciter la sympathie du grand public.

La différence entre un artiste qui se respecte et un autre qui ne fait guère dans la discrétion réside justement dans le souci du premier à préserver son espace privé. Contre vents et marées, il endure l’injustice sans s’offrir en spectacle, alors que le deuxième n’a pas froid aux yeux et fait son show jusqu’à ce qu’il obtienne gain de cause. Et il n’est malheureusement pas rare que ces sorties qui ne sont rien d’autre qu’un chantage éhonté s’avèrent payantes après que la toile exprime son indignation sans le moindre discernement et après que certains médias récupèrent pour leur compte la ‘’cause ‘’ de ces exhibitionnistes.

Dans le monde entier, l’art sous toutes ses formes est un marché et seuls ceux qui parviennent à émerger du lot peuvent prétendre vivre de leur art. Certes, il y a beaucoup d’injustices et de nombreux artistes talentueux n’ont pas réussi à toucher le grand public faute de chance et de réseautage, mais la dignité devrait être le capital premier d’un chanteur, d’un musicien ou d’un comédien. À partir du moment où l’on a jeté son dévolu sur ce domaine, il faut savoir en respecter les règles du jeu.

Related posts

Leave a Comment