Ce que la haine de Miss Algérie dit de nous.

Khadija Benhamou. Miss Algérie 2O19.

Par Mustapha Saha (pour El Jadida Scoop) 

Disons-le d’emblée, la campagne d’insultes qui accable Miss Algérie, Khadija Benhamou, de la part de ses propres compatriotes, relève du racisme endogène dans sa fureur instinctuelle. Une brutalité répulsive, révélatrice d’un inconscient collectif façonné par plusieurs siècles d’occupations turques et françaises où la blancheur recelait les vertus secrètes de la civilisation, l’indépassable civilisation occidentale, justificatrice des colonisations. Les critères absolus de la beauté, dans ce contexte, sont puisés dans les références occidentales auxquelles une certaine algérianité côtière se rattache par son appartenance méditerranéenne et ses métissages historiques. Dans cette tradition réactive, se rejettent pèle-mêle la berbérité, l’africanité, la touareguité.  La conscience qui a réuni le peuple dans sa diversité ancestralemiss2 pour sa libération nationale, ne cesse de s’estomper au profit de différenciations ségrégatives.

Le rejet de la représentante de la beauté diversitaire, sous prétexte de sa peau mate, de ses yeux noirs et de ses cheveux bouclés, autant de canons de sublimité partout ailleurs, n’est une affaire anodine. Elle s’inscrit dans une vague de racisme exogène à l’encontre des migrants subsahariens. Des dizaines de milliers de réfugiés africains, chargés de toutes les tares accolées jadis aux colonisés, sont raflés dans le nord du pays, déportés dans le sud sahélien, abandonnés dans le désert, sans eau et sans aucune alimentation. Des centres de transits, véritables camps de concentration, regroupent les expulsés dans des conditions répugnantes.  La chasse à l’homme, qui n’épargne aucun lieu profane ou sacré, y compris les mosquées, prend les allures d’une purification ethnique. La peau noire, avec masque blanc ou pas, est devenue un crime.

Dans cette haine contre la miss algérienne, hétérophobie, hostilité systématique contre la différence parce qu’elle est différence, et racisme, négation méthodique de la diversité culturelle et génétique, se confondent. Les commentatrices, qui refusent, avec une rare violence psychologique, d’identifier à la nouvelle reine de beauté, ignorent, dans leur triste nescience, que Khadija Benhamou est issue d’une ethnie algérienne si ancienne qu’elle plonge ses racines dans le néolithique, que sa région adrarienne est un berceau multimillénaire de civilisations fondatrices, que son élection recèle les plus prometteuses symboliques fécondatrices.

Mustapha Saha…. Sociologue, poète, artiste peintre.

 

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One Thought to “Ce que la haine de Miss Algérie dit de nous.”

  1. carle

    La rédaction votre article concernant cette Miss Algérie laisse pantois, interloqué.Vous signez votre article comme étant sociologue, poète, peintre.Cependant à vous lire on ne peut pas dire que la poésie y trouve place quand à la peinture permettez moi de vous dire qu’elle est mal menée, voir carrément du style clair obscur pratiqué déjà dans la Grèce Antique,quand à la Sociologie elle est quelque peut absente, voir carrément caricaturée.Je vous cite:’’Une brutalité répulsive, révélatrice d’un inconscient collectif façonné par plusieurs siècles d’occupations turques et françaises où la blancheur recelait les vertus secrètes de la civilisation, l’indépassable civilisation occidentale, justificatrice des colonisations.
    Non Mr, les vertus secrètes de la colonisation n’étaient pas la blancheur mais le Bénéfice,l’effet positif pour l’occupant de la spoliation des terres,des forêts, des minerais, des zones de pêche.Il est surprenant de voir que vous faites abstractions de certaines composantes de la société algérienne qui elle, est raciste,homophobe,et qui ne supporte pas ce genre de manifestation où une jeune femme s’expose pour un concours de beauté.Ce que vous ne signalez pas c’est que beaucoup de messages contre cette jeune et jolie algérienne ne s’en prenaient pas à sa couleur de peau.Une fois de plus ce sont les intégristes qui ce sont manifesté en nombre:dites le!
    Voici ce qu’écritCherifa Kheddar dans le journal le Point Afrique.Chérifa Kheddar est une militante féministe, elle y voit l’œuvre de personnes « intégristes ». « L’année dernière, ces gens contestaient l’existence même de ce concours de beauté. Comme leur mobilisation n’a pas donné les résultats escomptés et que le concours n’a pas été annulé, ils se sont attaqués au physique de la personne qui se trouve être, cette fois-ci, une fille du Sud », estime-t-elle. D’ailleurs, poursuit-elle, ce sont les mêmes individus qui se sont acharnés sur Houari Manar décédé récemment lors d’une opération à Alger. Figure du raï en Algérie et de la communauté LGBT, Houari Manar, de son vrai nom Houari Madani, est décédé d’une crise cardiaque dans une clinique privée à Alger où il devait subir une opération de chirurgie esthétique. « Personne ne se gêne pour donner des avis religieux sur ce genre de sujets. Après le décès de Houari Manar, certains se demandaient s’il devait être lavé [avant l’enterrement, NDLR] par un homme ou par une femme. Vous imaginez jusqu’où ils peuvent aller ? D’autres estimaient qu’il ne fallait pas tenir la prière funéraire le concernant », regrette Cherifa Kheddar.
    Monsieur, pointer la France et la colonisation ayant façonné un inconscient collectif comme facteur de racisme et d’intolérance et sublimer la blancheur responsable de ce pitoyable événement est navrant.
    Carle: un simple passant, un petit quidam .

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