Athlétisme: Les raisons d’une longue traversée du désert

Aziz Daouda

Par:Ismail H

Une crise de résultats inversement proportionnelle aux moyens considérables injectés. Tel est le triste constat que l’on pourrait faire de l’athlétisme marocain depuis qu’il est dirigé par le tout-puissant patron d’Ittissalat al Maghrib. Exclus des podiums depuis un bail, nos athlètes paient les frais d’une gestion qui a tout misé sur le marketing et le succès commercial aux dépens des résultats. Certains athlètes, considérés comme porteurs d’espoirs par les responsables de la FRMA et le staff technique bénéficient d’un traitement princier incluant l’attribution de bourses juteuses avant même que les résultats ne soient au rendez-vous!!! C’est ce qu’on appelle mettre la charrue avant les bœufs. Et le pire, c’est cette propension caractérisée à exclure les vraies compétences nationales qui ont réellement donné une nette visibilité à cette discipline à une époque où les moyens étaient sensiblement inférieurs.

Quand la discipline se relâche…

Mettre à l’écart un cadre de la stature d’Aziz Daouda qui est à l’athlétisme marocain ce qu’Einstein est à la Relativité est une flagrante erreur de jugement. C’est cet homme qui avait permis en son temps l’éclosion de Said Aouita et qui avait expliqué aux marocains ce que pouvait représenter l’athlétisme pour l’image du Maroc. Ce que nous avons effectivement réalisé avec la médaille de bronze obtenue lors des premiers championnats du monde d’athlétisme à Helsinki en 1983, puis avec les deux médailles d’or obtenues aux Jeux Olympiques de Los Angeles par le même Said Aouita et Naoual Moutawakkil.

Aujourd’hui, quand il arrive que l’on daigne confier une certaine responsabilité à ces anciennes gloires, à Aziz Daouda, à Fatima Fakir ou à d’autres précurseurs, on s’arrange pour circonscrire d’emblée leur marge de manœuvre à l’intérieur d’un périmètre restreint. C’est qu’aux yeux des responsables de notre athlétisme aujourd’hui, la vedette c’est l’athlète et nul ne peut s’arroger le droit de le contrarier. Nawal et Aouita depuis leurs responsabilités respectives à la tête du sport marocain ont cherché à mettre en avant la discipline, croyant que la jeunesse d’aujourd’hui allait assimiler les vertus d’un encadrement rigoureux.

Au premier clash, certaines « vedettes » sans le moindre titre d’envergure se sont livrées à de puérils actes de sabotage, saisissant des médias complaisants et s’épanchant sur leurs états d’âme auprès de l’intouchable président de la FRMA…qui a assez souvent pris la mauvaise décision de leur donner raison.

Au beau milieu de cette longue traversée du désert, il y a eu surtout ces scandales de dopage à répétition qui ont considérablement terni l’image du deuxième sport le plus populaire au pays et qui ont surtout révélé au grand jour de grandes lacunes disciplinaires. Quand la poigne se relâche, inutile de s’étonner si les résultats ne suivent pas…même si on injecte des sommes très appréciables qui, en fin de compte sont payées rubis sur l’ongle par le contribuable. Jamais, depuis le premier fait d’arme de notre athlétisme, et concrètement depuis la médaille de bronze obtenue par Said Aouita aux premiers championnats du monde à Helsinki en 1983, ce sport n’a connu un tel passage à vide. Une situation qui relève de l’anomalie quand on sait dans quelles conditions s’entraînent nos athlètes. Et dire qu’il fut un temps où la simple participation à un meeting relevait d’un luxe presque ostentatoire accompagné d’un risque manifeste de voir tel ou tel athlète opter pour la clandestinité en Europe à la fin de la compétition. Il faut dire qu’à une certaine époque, nos athlètes, souvent issus d’un milieu des plus modestes ne roulaient pas sur l’or et n’étaient pas prémunis contre les soubresauts de la vie tellement les primes de participation étaient maigres.

Beaucoup de choses ont changé depuis. Nos responsables ont tout misé sur l’image et une forme de professionnalisme faisant la part belle à l’athlète, au détriment de la performance. Pour renouer avec les succès, il urge de rappeler certaines compétences mises à l’écart le plus injustement du monde et d’utiliser une politique conciliant fermeté et récompense en fonction des résultats obtenus.

Croire que les médailles olympiques seront gagnées à coups de « gavage » n’est pas la bonne solution. Un individu rassasié à qui on n’aurait pas appris à gagner méritoirement ses dirhams risque de ne pas rapporter ce retour sur investissement auquel notre athlétisme et le public marocain sont en droit de s’attendre

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