Anas Oulmidi, médecin gréviste, ouvre son cœur à eljadidascoop, pour expliquer les véritables raisons derrière cette prise de position.

anas99

Après 8 semaines de boycott des cours de la part des étudiants en médecine, des 8 promotions et des 8 facultés marocaines (5 facultés de médecine et 2 facultés de dentaire, et une faculté de pharmacie), et 4 semaines de grève des médecins internes et résidents des 5 CHU marocains, il semble que malgré tous les efforts de communication, l’info n’est toujours pas passée, et beaucoup semblent  encore croire à la version du ministère qui serait que les futurs médecins refusent le service obligatoire parce qu’ils ne veulent pas travailler dans les zones reculées du pays.
Je reprends donc brièvement l’argumentaire qui fait que les futurs médecins sont contre ce projet de loi, en 3 points :

– Tout d’abord, ce projet est refusé car il se base sur un mensonge, celui que les médecins ne veulent pas travailler dans les zones rurales. Or depuis au moins 20 ans, toutes les affectations des médecins se font en zone rurale, qu’ils soient généralistes ou spécialistes. Le souci est à chercher au niveau du ministère qui fait tout pour recruter le minimum de médecins : seulement 15 postes ouverts en 2015 !!!! (Tous en zone rurale, bien entendu).

Le ministère fait tout pour gêner ce concours d’intégration, en y octroyant peu de postes, en le plaçant avant le concours de résidanat et en imposant un système de quota qui fait que ceux qui vont s’engager avec l’Etat, n’auront  presque plus l’occasion de devenir médecins spécialistes …
Ca,  c’est pour les médecins généralistes, tandis que pour les médecins spécialistes, l’équation est encore beaucoup plus simple, au moment de passer le concours pour devenir spécialistes, il faut qu’ils précisent s’ils seront bénévoles ou contractuels.

Avec  50% de contractuels, cala signifie, tout simplement, que ce médecin durant sa spécialité, sera payé comme un médecin généraliste (8000dh) et qu’en contrepartie, il doit s’engager à travailler 8 ans au minimum avec l’Etat (toutes les affectations se font en zone rurale) … Donc en substance,  l’Etat dispose déjà de la moitié des médecins spécialistes en formation qui travailleront  pour lui, là où il veut les affecter.

– Deuxièmement, ce projet est anticonstitutionnel, de l’avis même de plusieurs ministres de l’actuel gouvernement.

Comment peut-on imposer, à mi-parcours ou en fin de parcours, à un « étudiant » qui en est, par exemple, à sa 11ème année, qu’il lui faudra deux années supplémentaires, avant que l’Etat ne lui octroie son diplôme ? Autrement, il perd toutes ses années d’études, et ce, sans lui en avoir parlé au préalable … ‪#fhem.tsata
L’Etat pense  que  l’ « étudiant » lui est redevable, puisque tout au  long de ses études, il avait le droit à une bourse !!!

J’ai honte de rappeler que cette bourse est de 110Dh par mois. Oui, je n’ai oublié aucun zéro.

-Last but not least, ce refus vient  d’une intime conviction, que ce projet ne servira à rien ; qu’il est profondément populiste et qu’il ne fera que perdre encore des années précieuses au développement de la santé dans notre pays. Pour la simple raison, qu’un médecin, sans équipement, ne vaut pas mieux que ce même équipement sans médecin.

Sur ce point, le gouvernement reste intraitable. Il ne va rien  équiper. Au contraire, il s’attend à ce que le médecin soigne avec le ‪#majhoud, comme l’a déclaré notre chef du gouvernement.

Si on  parle chiffre : L’organisation mondiale de la santé préconise un budget de 12% du PIB comme MINIMUM pour le secteur de la santé, au Maroc c’était 5.2%, avec le gouvernement actuel c’est 4.8% et on nous annonce pour 2016  3.8 % !!

C’est bien là, le cœur du problème. Un Etat qui se désengage, petit à petit, du secteur de la santé (et de l’éducation), tout en les offrant, sur un plateau d’argent,  au secteur privé.

En conclusion, jamais les étudiants en médecine n’ont refusé d’aller travailler dans les zones rurales. Au contraire, beaucoup y sont déjà. S’il y en a moins qu’il n’en faut, c’est tout simplement, que l’Etat ne les recrute pas.

Aujourd’hui ce projet de loi n’est qu’une façade pour faire passer le médecin marocain d’un contrat CDI avec l’Etat à un contrat CDD de deux ans, permettant à ce dernier, de ne plus recruter de médecins (vu que l’effectif  qui est en train d’accomplir son service obligatoire est suffisant) et offrir le secteur de la santé au secteur privé (le secteur public passera sous la houlette des médecins débutants, car les médecins expérimentés passeront tous au privé, par obligation cette fois- ci), permettant d’agrandir encore plus, le gouffre existant entre pauvres et riches, y compris pour l’accès aux  soins.

 

Related posts

Leave a Comment