Il y a quelques jours j’ai reçu une invitation à un double mariage d’un cousin et de sa sœur. La noce est célébrée à Rabat, YOUSSEF le petit cousin qui réside à Shanghai épouse une chinoise et SAFIA épouse un français BC BG, appelé Jean Marc, le samedi 5 mai 2007 dans une grande salle de la capitale.

Depuis la réception de la missive, j’ai commencé à me préparer cette fête qui, le moins que l’on puisse dire, sort de l’ordinaire, une fiesta multi nationale dans laquelle j’aurais l’occasion de rencontrer l’ensemble de la famille de feu mon père.425153_3307926260815_1784824285_n

Le jour « J » étant arrivé, je pris la route en direction de Rabat, en compagnie de ma femme à 20 heures, arrivée prévue pour 22 heures. Le voyage s’est déroulé dans le confort habituel sur une autoroute agréable et sereine, sans savoir qu’au bout de cette quête identitaire, j’avais rendez vous avec l’Histoire, avec un grand « H ».

En effet, depuis quelques années déjà, j’appréhendais le moment de retrouver la voix de mes ancêtres, le moment de sceller le pacte avec les miens tel que me l’avait raconté mon défunt père, et pouvoir ainsi me considérer comme un membre à part entière de la tribu des AIT BOUBIA. Je m’introduis dans la grande salle et juste après les salamalecs d’usage, j’entrepris de saluer tous ceux et toutes celles que je connaissais, les cousins et cousines, les oncles et les tantes, éloignés ou proches, me suis mis à les embrasser, les serrer contre mon cœur, à bras le corps, leur adresser un message très secret :

– Je suis la parmi vous, ici et maintenant, je ne suis qu’un gène, un minuscule petit gène, comme mon père Abdelkader, comme mes frères et mes sœurs, comme vous tous ici présents et comme mes ancêtres les imazighenes, héros d’hier et de l’histoire à venir.

A l’occasion j’ai salué le grand cousin AZZEDINE et sa femme DALILA, les parents de YOUSSEF et SAFIA, organisateurs de la fête, et congratulé au passage les incontournables piliers de notre famille aux couleurs matriarcales, Hajja RABIA et Hajja HLIMA, Ammi ABDALLAH et BABA BOUDRISS, l’ex super caïd et vétéran de la soirée qui me confia de sa douce et paternelle voix :

– Ces derniers temps, j’ai beaucoup pensé à ton père Feu SI ABDELKADER, mon nouveau petit fils porte son nom, ALLAH YRAHMOU !

Je fis un détour du côté des fêtards inconditionnels tel le célèbre FAHMI. Et puis il y a le reste, les grincheux, le cousin germain NAJIB, copie conforme de son père le respectueux Ammi LHOUSSAYNE qu’ALLAH lui accorde la paix, puis son frère JAMAL l’homo, l’autre cousin Abdelkrim le Banquier en compagnie de sa femme française, Saïd ZEMMOURI et sa sœur SAADIYA , et puis il y a les autres, les faux riches et les vraiment pauvres, les moyens, blottis dans leur sièges, dévorant de leurs yeux les faits et gestes de la gracieuse chinoise et la belle prestance du français, les parures et ornements des uns et des autres .

Ensuite, je me suis attablé, manger, célébrer ce lien du sang, festoyer en présence de toute la tribu. Les minutes se sont égrenées, une heure, deux, trois… Et puis vint le moment fatidique, l’instant suprême de l « AHIDOUS », un moment de vérité, celui par lequel vint la délivrance, l’appel séculaire, préhistorique, antique et lointain… La troupe est entrée en scène, l’âme amazighe se mit à s’organiser, les musiciens, les danseurs, venus de ce beau pays des zemmours, ont commencé à scander le chant ancestral, les gosiers se sont déliés, le refrain s’installe, main dans la main, les invités s’alignent, se serrent et s’unissent, s’ajoutent les uns aux autres, se rangent, la file s’étire démesurément, se joint à la troupe des danseurs, la foule s’émancipe s’élance se positionne, toujours le même refrain, l’appel de la nature, aussi bruyant, aussi fort, aussi vieux que le règne des rois berbères présents à ce moment précis, imperturbables, du haut de leur piédestal, inatteignables : La KAHINA, MASSINISSA, JUGURTA avançant à pas feutrés… La chinoise est ébahie devant la grandeur du spectacle. Le temps s’était arrêté de tourner, le maestro donna ses ordres, la famille répète dans la liesse et l’allégresse, le même cri, la même parole d’il y a trois milles ans, la même démarche, la même chanson, le même souffle d’une âme collective retrouvée. Tout mon être, toute mon existence s’est retrouvée l’espace d’un moment, égarée, ballotée, suspendue entre ciel et terre et là mes amis ! A cet instant précis, je compris enfin, que le bonheur et MOI étions amis, accoudés, emmêlés, enlacés, bras dessus bras dessous, le bonheur était là parmi nous, dans toute sa splendeur, une extase qui bouleverse et qui unit.

Je reviens de loin… La fête bat son plein, Youssef le farouche berbère embrasse son père et sa mère, prend la main fine de sa reine et avance en douceur sous les applaudissements et les youyous des femmes de KHEMISSET. La belle et gracieuse chinoise CHEYENNE est la, abasourdie, elle même originaire d une culture vieille comme le monde, a compris que ce soir, elle se marie avec un pur « ZEMMOURI CHALH », elle convole en justes noces avec tout un peuple, courageux et fier. L’autre marié, le français Jean Marc, exulte et embrasse la belle SAFIA, n’en croit pas ses yeux, ni ses oreilles, son mariage est un moment magique, une fiesta aux couleurs de l’humanité toute entière.

Aujourd’hui une seule idée taraude ma tête pleine de ces belles images : « Pour quand ! un Moussem des AIT BOUBIA. »

Tarik Boubiya

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