À quoi bon se presser?

temps

Par : Mouna Achiri(espacemre)

Le temps, cet indicateur chronologique de notre vie, de ses splendeurs et ses misères, de nos hauts et nos bas, du déroulement constant de notre existence, qui fascine autant qu’il angoisse, a toujours régné, imperturbable, sur notre destinée et continuera à nous pousser à nous surpasser, à gérer un calendrier et à le dompter. Que d’airs composés sur le temps : Léo Ferré a chanté : Avec le temps, Laurent Voulzy : Du temps qui passe, Charles Aznavour et Tryo : Le temps…témoins incontestables de ses ravages sur le cœur et sur le corps.
Réussirons-nous jamais à l’apprivoiser ? Il faut commencer par le respecter. Et notre culture est loin d’être l’exemple à suivre dans ce sens. Du temps où nos arrières-parents vivaient paisiblement d’agriculture et de travaux manuels rudimentaires, une époque où le temps semblait s’être figé, où la journée passait presque au ralenti, où on remettait toujours les tâches non accomplies aux calendes grecques. Personne n’en mourrait… Aujourd’hui, la tradition semble se perpétrer et certaines personnes ont du mal à se défaire de ce legs ancestral. Les rendez-vous ne sont pas toujours respectés, les retards sont un patrimoine culturel dignement honoré et toute évolution dans ce sens est non avenue.
Et on se permet le même manquement dans un pays d’accueil où le temps est sacré comme les vaches en Inde. Pourvu que le contexte se passe entre nous…Il y a quelques jours une fête a réuni les parents d’élèves inscrits aux cours d’arabe. La fête était prévue à 11h du matin ; elle commence à 11h 25. Les parents, pour la plupart accompagnés d’enfants en bas âge, ne savaient comment occuper la marmaille en attendant de voir se produire leurs aînés sur scène. Résultat : collisions par-ci par-là de petites têtes -qui préfèrent gambader dans la grande salle au lieu de rester dans le giron de maman- et chaudes larmes. Les petits théâtreux, eux, jouaient et galopaient dans les coulisses, question de tuer le temps.
Incident qui renvoie à une pratique courante, voire insérée dans les mœurs marocaines : se présenter tard à une cérémonie. La pauvre hôtesse qui prépare un repas pantagruélique doit savoir gérer son menu afin que les retardataires ne mangent ni froid ni du déjà mangé. Une prouesse domestiquée il y a belle lurette. Le plus simple étant de faire patienter les premiers venus jusqu’à l’arrivée des retardataires, ce qui implique une attente de plusieurs heures et donc impatience, frustration et exaspération.
Le temps, lui, continue d’évoluer alors que nous, nous continuons de nous accrocher à nos défauts. C’est vrai que souvent, dans notre pays d’accueil, nous continuons de laver notre linge sale entre nous mais nous passons, ainsi, à côté des richesses culturelles des autres et nous laissons échapper une chance en or de nous améliorer car il n’est délit plus malheureux pour un expatrié que de vivre isolé, loin de la civilisation qui l’entoure, de se fermer à des valeurs sûres et bienvenues.
S’ouvrir aux autres c’est aussi être dans l’air du temps…

Related posts

Leave a Comment