A la redécouverte du patrimoine caché. 1 – Les systèmes d’alimentation en eau de la forteresse de Mazagan-

Par: Jilali Derif    (derifjilali@hotmail.com)   j.derif

– Est-ce que la forteresse de Mazagan à El Jadida, révèle-t-elle tous ses secrets aux visiteurs?

L’une des premières préoccupations des portugais lors des travaux de la construction de Mazagan était l’alimentation de la ville en eau douce et surtout le stockage de cet élément vital et si précieux, lors d’éventuels sièges prolongés.

Plusieurs puits sont creusés dans la forteresse, mais leurs eaux sont saumâtres, et inutilisables lors des hautes marées et aux périodes de sécheresse. La seule solution était de relier la place à un point d’eau situé à l’extérieur de la forteresse.

Au début du XXIe siècle, avant le classement de Mazagan comme Patrimoine Mondial au mois de juin 2004, lors des travaux de dégagement de la zone de protection de la forteresse, un puits avec un aqueduc souterrain de maçonnerie (deux murs surmontés d’une voûte) étaient découverts à quelques dizaines de mètres du Bastion St. Antoine.[1] La zone dite de protection faisait partie, avec les bastions et les murailles, du système de défense de la forteresse et elle s’étale sur une largeur comprise entre 50 et 60 mètres.

Malheureusement, juste après le classement de la ville portugaise de Mazagan comme Patrimoine Mondial, ces vestiges étaient rapidement rebouchés; sans protection ni intérêt patrimonial.

Le puits est creusé dans des tufs suivies de calcaire marneux, sur une profondeur de plus de 5 mètres, et  l’eau qui coule en abondance se trouve à une profondeur de 4 mètres . Une pompe ou noria placée à la surface du puits alimente le radier de l’aqueduc souterrain qui se trouve  à environ 1 mètre au dessus du niveau de l’eau du puits.

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  A l’état actuel où il n’existe pas de recherches qui révèlent le secret du système hydraulique en eau potable de la forteresse de Mazagan, on peut se référer à des documents portugais fiables.

–  Dans une lettre adressée le 15 décembre 1542 au Roi Jean III, le Gouverneur de la place, Luiz de Loureiro dit : «V. A. me mande de faire terminer le canal souterrain que j’ai ordonné de creuser pour les eaux du puits; il serait déjà achevé, si l’on avait eu le bois pour les cintres de la voûte. Que V. A. m’envoie, avec des pompes pour épuiser l’eau du fossé et d’autres objets portés sur la liste ci jointe, car de tout cela nous avons ici grand besoin. V. A. me dit qu’elle va s’entendre avec Jean de Caslillo pour amener dans ce canal l’eau des autres puits; ce n’est pas nécessaire, parce que celui-ci en contient beaucoup et qu’on va construire dans la ville des citernes qui coûteront bien moins cher: de plus, l’eau de ces puits est à un niveau inférieur à l’eau de celui-ci, et, pour cette raison, elle ne peut venir dans le canal. »[2]

Le 18 août 1542, les travaux du fossé étaient terminés, et l’eau de mer entourait la forteresse [3].  Ce fossé avait 33 mètres (150 empans) de large et par pleine mer une hauteur d’eau de plus de  4mètres et demi (3 brasses; 1 brasse=1,6m) [4].

-Dans une lettre adressée le 27 août 1547 au Roi  Jean III, Luiz Loureiro donna  «  des renseignements sur l’adduction d’eau à Mazagan; et espère que les travaux des canalisations, traversant le fossé (canaux en argile couverts de pierre de taille), seront terminées le 15 septembre et la citerne en novembre 1547. » [5]

–  Le plan d’Anrique Correa Da Silva établi vers l’an 1602, indique que l’aqueduc alimentait la forteresse du côté S.E du bastion St. Antoine.

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 – Luiz Maria do Couto de Albuquerque signale que  Bernardo Pereira de Berredo, (Gouverneur de Mazagan de 1734 au 4 août 1745) avait remplacé une ancienne fontaine qui se trouvait près du palais du Gouverneur par une nouvelle fontaine [Chafariz]  qu’il ordonna de la placer au centre de la grande place [Terreiro] (entre le palais du Gouverneur par l’église de l’Assomption). Cette nouvelle fontaine precise Luiz Maria, était reliée par une canalisation en terre cuite à des bassins d’eau en pierre de taille situés au bastion St. Antoine. Luiz Maria do Couto parle de l’existence de  quatre bassins d’eau en pierres en face (contra) du bastion St. Antoine à 50 pas (37,5m) de la barbacane (portes du bastion du gouverneur). [6]

– En se basant sur les caractéristiques similaires des citernes d’eau de la période médiévale, des recherches archéologiques, qu’on espère qu’elles soient réalisées, pourraient découvrir, d’une part,  la relation entre la grande citerne de la citadelle et  les bassins en pierre de taille situés au bastion St. Antoine (ces bassins servaient à recueillir et filtrer les eaux du puits conduites par l’aqueduc et des canalisations en terre cuite), et d’autre part, le système hydraulique qui alimentait les citoyens en eau de la citerne pour la boisson et les usages domestiques.

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Fontaine cour Edmond Douté

  Une photo prise en 1901 par le missionnaire français au Maroc Edmond Doutté nous donne une idée sur cette fontaine [chafariz].

-Dans un paragraphe intitulé   » Les Débris de l’empire portugais ». Edmond Douté nous rapporte ces informations sur sa visite à El Jadida (Mazagan) au mois de juin 1901. «On promène à Mazagan le voyageur sur le sommet des remparts d’où l’on a une vue charmante sur le port; on lui montre une prétendue ancienne église portugaise dont nous ne savons pas  trop que penser, et, dans une cour, un énorme  chapiteau grossièrement épannelé (planche) dont  l’origine nous est inconnue.» [7]

Il parait que c’est l’ignorance de l’histoire des vestiges portugais de Mazagan par les gens, surtout les autorités responsables, qui a conduit à la dégradation de ce patrimoine  considérée comme une pierre sans importance ou comme l’a décrit Ed. Doutté « chapiteau grossièrement épannelé » faisant partie des « débris », cette fontaine a disparu au XXe siècle et on ignore jusqu’à présent quel était son sort.

A suivre…

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[1]-Il ne s’agit pas du puits nommé Poço do Duque (puits du Duc Jaimes de Bragança) par les portugais en 1513, et  qui se trouve à 500 pas (375m) au S.W de la place. l’eau de ce puits est d’excellente qualité.

[2]- Les Sources inédites de l’Histoire du Maroc Première Série Dynastie Saadienne- Tome IV Janvier l542-Décembre l550, par Robert RICARD d’après De Castries.P.P 140-148

[3]-Lettre de João de Castilho et João Ribeiro à Jean III- 19/8/1542  (B. N. de Lisbonne, Ms. 1758, f139).

[4]- Descrição  da fortaleza de Mazagão (1615-1619) par D. Jorge de Mascarenhas- Trad. fr. R. Ricard  » Un document portugais sur la place de Mazagan au début du XVIIe siècle ».p.19.  Ed. 1932.

[5]-Lettre de Luiz Loureiro à Jean III le 27 Août 1547. Sources inedites de l’histoire du Maroc T.IV- Ch LXVII p 229-232R. Ricard Sources- Archives Nationales de la Torre do Tombo. — Corpo Chronologico, parte 1, maço 79, n° 71.

[6]-Memorias para a historia da Praça de Mazagam- Luiz Maria do Couto de Alburquerque da Counha, Ch. I – p 7.p8 – Ed. 1856

[7]- En Tribus- Edmond Douté- p.396. Ed. 1914.

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