Certes, il aura fallu une embuscade minutieusement préparée pour mettre fin à des années de cavale. En début de week-end, les éléments de la Gendarmerie royale d’El Jadida ont interpellé le surnommé « Bouâouda », présenté comme l’un des plus importants trafiquants de drogue de la ville et de sa région. L’arrestation s’est déroulée dans un appartement à Hay Al Matar, au lotissement Assadaqa, après plusieurs jours de filature appuyée par des renseignements précis.
L’homme faisait l’objet d’environ 75 mandats de recherche à l’échelle nationale. Un chiffre vertigineux, qui interroge autant qu’il impressionne. Pendant des années, il aurait réussi à échapper aux forces de l’ordre, changeant régulièrement de véhicules et de planques, se volatilisant au moindre soupçon de descente imminente.
Lors de l’opération, trois véhicules récents ont été saisis. Ils se sont révélés volés et auraient été utilisés alternativement par le suspect pour brouiller les pistes et déjouer la surveillance. Malgré une tentative de résistance et de fuite, les gendarmes sont parvenus à le maîtriser à l’intérieur même de l’appartement qui lui servait de refuge, où il se trouvait en compagnie de sa compagne et de la mère de celle-ci.
La Sûreté nationale d’El Jadida, territorialement compétente, s’est rendue sur les lieux aussitôt après l’interpellation. Une enquête a été ouverte sous la supervision du parquet compétent afin d’identifier d’éventuelles ramifications et complices.
Mais au-delà du fait divers spectaculaire, une question persiste : comment des individus cumulant des dizaines de mandats de recherche peuvent-ils continuer à circuler, à prospérer, parfois à narguer l’opinion publique pendant des années ?
Comment expliquer cette capacité quasi systématique à “s’évaporer” à la moindre alerte ?
Dans l’opinion, le doute s’installe. Certains barons semblent ne tomber que lorsqu’ils ne sont plus utiles, ou lorsqu’un équilibre souterrain se rompt. Protégés hier, lâchés aujourd’hui. Rumeur ou réalité ? Seule une justice rigoureuse et transparente peut dissiper ces soupçons.
La lutte contre le crime organisé ne peut se limiter à des arrestations spectaculaires. Elle suppose également des mécanismes de contrôle internes solides, indépendants et crédibles. Une véritable “police des polices” et un contrôle renforcé des services pourraient constituer un rempart supplémentaire contre d’éventuelles dérives individuelles, car l’argent sale a toujours tenté les consciences fragiles.
La chute d’un baron ne doit pas masquer l’essentiel : c’est tout un système qu’il faut surveiller, assainir et renforcer. Car la confiance des citoyens, elle, ne se décrète pas. Elle se mérite, jour après jour.
Abdellah Hanbali
