Chronique de Mustapha Jmahri : Une chercheuse américaine en visite à la cité de Mazagan

Au cours des trente dernières années, mes écrits consacrés à El Jadida et à sa région m’ont permis de rencontrer de nombreuses personnalités marocaines et étrangères : chercheurs, lecteurs et passionnés du patrimoine et de l’histoire du Maroc. C’est dans ce contexte que j’ai fait la connaissance, il y a une année, de Lily Ehrlich, une chercheuse américaine préparant en France une étude touchant un sujet aussi original qu’important : la présence portugaise à Mazagan.
Originaire de San Francisco, Lily Ehrlich poursuit ses études à l’université d’Aix-Marseille, où elle prépare un master sur la gestion interculturelle, avec une spécialisation sur le monde lusophone, ce qui l’a conduite à s’intéresser à Mazagan et à la présence portugaise de l’époque. Ayant pris connaissance de certains de mes travaux — livres et articles consacrés à El Jadida–Mazagan — elle m’a contacté afin d’échanger sur les éventuelles implications culturelles entre ces deux villes liées par l’histoire. Ses interrogations portaient notamment sur le patrimoine laissé par les Portugais de Mazagan, les conséquences du déplacement forcé de cette population en 1769 — en particulier la relocalisation de leurs descendants dans la région amazonienne —, ainsi que l’impact de cette migration sur leur identité culturelle. Elle s’est également intéressée à l’influence possible de cet héritage sur l’identité locale, à travers les traditions, les manifestations culturelles et les récits transmis de génération en génération.
Sur les conseils de sa directrice de recherche, la chercheuse s’est d’abord rendue au Portugal, où elle a échangé avec plusieurs universitaires spécialistes du sujet, dont le professeur José Alberto Tavim. Elle vient ensuite d’effectuer, en ce janvier 2026, un séjour à El Jadida. Cette visite lui a permis de découvrir la cité portugaise, de recueillir des témoignages et de réaliser une documentation photographique, matériau indispensable à l’élaboration de son travail académique.
Lors de notre rencontre, j’ai eu grand plaisir à répondre à ses nombreuses questions et à lui offrir plusieurs de mes publications, notamment l’ouvrage « Mazagan, patrimoine mondial de l’Humanité », paru à la suite du classement de la cité portugaise par l’UNESCO en 2004 — un livre de référence qui demeure, à ce jour, l’unique ouvrage explicatif encore disponible en librairie sur ce patrimoine exceptionnel.
Pour ma part, étant davantage engagé dans le travail de terrain et la recherche d’indices du passé menacés de disparition, j’ai partagé mon point de vue sur certaines problématiques liées à son sujet. D’autres aspects, n’entrant pas directement dans mon champ de recherche, mériteraient cependant un éclairage complémentaire de sa part.
Afin de compléter son parcours de recherche, Elly Ehrlich prévoit enfin de se rendre au Brésil pour visiter l’autre Mazagão, municipalité située au sud de l’État de l’Amapá, où vivent encore aujourd’hui les descendants des Portugais originaires de la Mazagan marocaine.
Preuve, s’il en fallait, que la culture demeure un lien puissant et presque magique, favorisant la compréhension mutuelle et le rapprochement entre les peuples.
jmahrim@yahoo.fr

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