Importer pour affamer : la farce amère des vaches brésiliennes

Sous des dehors presque burlesques, l’épisode des vaches brésiliennes échappées à Moulay Abdallah dit beaucoup plus qu’une simple anecdote nocturne. Il révèle, une fois de plus, les paradoxes d’une politique d’importation massive de bétail qui continue d’inonder le marché national sans produire l’effet attendu : la baisse des prix.
Car pendant que ces bovins, importés à grands frais depuis le Brésil, s’offraient une cavale aussi spectaculaire qu’éphémère, le consommateur marocain, lui, continue de courir derrière un pouvoir d’achat en chute libre. Les étals restent chers, la viande demeure hors de portée pour une large frange de la population, et la promesse initiale de ces importations, réguler le marché et faire baisser les prix, semble s’être perdue en route, tout comme le camion renversé cette nuit-là.
Officiellement, ces opérations d’importation visaient à casser la spéculation et à soulager les ménages. Dans les faits, elles profitent surtout à une poignée d’« heureux élus » qui tirent les ficelles du secteur, transformant ces vaches venues de l’autre côté de l’Atlantique en véritables vaches à traire financières. Peu importe que les prix restent obstinément élevés ; l’essentiel est que la machine continue de tourner, au bénéfice des mêmes acteurs.
L’épisode de Moulay Abdallah, avec son déploiement de gendarmes, de chasseurs et de balles de gros calibre pour venir à bout d’une rébellion bovine inattendue, aura au moins eu le mérite de mettre en lumière l’absurdité d’un système. Un système où l’on importe toujours plus, où l’on promet toujours mieux, mais où le citoyen ne voit jamais la couleur de la baisse annoncée.
Au final, ces vaches brésiliennes auront peut-être goûté, l’espace de quelques heures, à une liberté improvisée. Le consommateur marocain, lui, reste prisonnier de prix élevés, pendant que certains continuent, en toute discrétion, à traire un marché devenu leur pré carré.

Abdellah Hanbali

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