Chronique de Mustapha Jmahri : Kenza Sefrioui, en toutes Lettres

Kenza Sefrioui invente et réinvente l’édition en publiant des livres originaux et de qualité. La maison qu’elle a créée avec Hicham Houdaïfa « En toutes lettres », est une jeune maison d’édition indépendante basée à Casablanca. Elle est spécialisée dans l’essai d’écrivains, de chercheurs et de journalistes à travers cinq collections.

Dans les années 1970 à Rabat, j’ai d’abord connu un autre Sefrioui ( un homonyme), qui n’est autre que le présentateur vedette de la télévision marocaine Abdeslam Sefrioui. À l’époque, jeune journaliste en 1974, je fus recruté sur concours par la RTM (Radiotélévision marocaine). Affecté à la rédaction arabe de la télévision, c’est là que j’ai un peu côtoyé Abdeslam Sefrioui qui était dans la rédaction française de la télévision et donc on partageait la même salle. Abdeslam Sefrioui ne parlait pas beaucoup et moi, novice venu de la petite El Jadida, je le voyais avec émerveillement et je me sentais fier en côtoyant les ténors de la télévision marocaine tels Sefrioui, Tahar Belarbi et Badia Rayane.

C’est bien plus tard que j’ai rencontré Kenza Sefrioui à Casablanca, souvent au Salon de l’édition et du Livre. Après avoir lancé mon projet « Les cahiers d’El Jadida », je traquais tout ce qui concerne la ville d’El Jadida et la région des Doukkala, et c’est ainsi que je suis tombé, un jour de l’année 2007, sur un article de Kenza Sefrioui dans la dernière page du « Journal hebdomadaire » qu’elle avait consacré à une ancienne de Mazagan, la journaliste culturelle Jehanne Guingepain qui travaillait au quotidien casablancais « Le Petit Marocain » en 1964. J’ai ainsi contacté Kenza Sefrioui qui m’a fourni les coordonnées de cette personne que j’ai pu rencontrer chez elle à Paris en 2008 pour parler d’El Jadida.

En 2017, Kenza consacre quelques lignes positives sur mon expérience éditoriale dans son enquête « Le livre à l’épreuve ».

Kenza Sefrioui est journaliste culturelle, critique littéraire et éditrice. Elle a fait une thèse de doctorat en littérature comparée à l’Université Paris IV–Sorbonne sur la revue « Souffles (1966–1973), espoirs de révolution culturelle au Maroc ». Elle a aussi codirigé « Casablanca œuvre ouverte ». Cofondatrice des éditions « En toutes lettres », cette maison a publié des ouvrages de qualité. Plusieurs des livres de la maison ont été lauréats du prix Grand Atlas, comme « Le Métier d’intellectuel, dialogues avec quinze penseurs du Maroc » de Fadma Aït Mous et Driss Ksikes en 2015 ou « Islam et femmes, les questions qui fâchent » d’Asma Lamrabet. Certains ouvrages ont été traduits en espagnol et en italien, comme « Dos de feme, dos de mulet, les oubliées du Maroc profond » de Hicham Houdaïfa (2015) ou « Dames de fraises, doigts de fée, les invisibles de la migration saisonnière marocaine en Espagne » de Chadia Arab.

Une belle aventure éditoriale pleine de promesses, dans un contexte de plus en plus difficile pour les éditions papier, notamment après la pandémie de covid.

À Kenza Sefrioui, ces quelques mots en toute amitié.

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