Le projet de la Place Royale refait encore surface dans le débat urbain à El Jadida. Un éternel retour, presque rituel, dès qu’un nouveau schéma d’aménagement est soumis au vote du Conseil communal. Cette fois encore, on parle de “vision stratégique”, d’“intégration urbaine”, de “nouvelle dynamique”. Des mots, toujours des mots. Et comme à chaque fois, on salue l’idée comme une avancée décisive, une étape indispensable pour restructurer le cœur de la ville. Sauf qu’à El Jadida, entre ce qu’on dit et ce qu’on fait, un gouffre s’est installé depuis longtemps. Car ce projet n’est pas né hier. Il remonte à 2010, avec tout un arsenal de décisions, de débats, de diagnostics, de réflexions approfondies et, évidemment, d’« études minutieuses ».
Des études, on en a tellement produit dans cette ville qu’on pourrait bâtir un quartier entier rien qu’avec les dossiers et les rapports. Et pourtant, rien ne bouge.
L’histoire de la Place Royale a suivi le même chemin : des votes, des amendements, des intégrations dans les plans d’aménagement, puis des désaccords, des obstacles fonciers, des complications administratives…Et tout devient soudain “impossible” lorsqu’il s’agit de passer à l’exécution.
Et si quelqu’un doute encore de l’incapacité chronique à concrétiser, il lui suffit de regarder deux chantiers emblématiques d’El Jadida : le marché de gros et la nouvelle gare routière, tous deux flambant neufs, terminés depuis des années, mais toujours fermés, depyis bientôt dix ans, comme si leur ouverture relève de la science-fiction. Dix ans à inventer des raisons, à repousser, à réétudier, à retoucher, à compléter, à revoir…
Tout, sauf ouvrir.
On nous assure pourtant qu’au départ, les projets étaient “parfaitement étudiés, ficelés”. Alors comment expliquer qu’une ville entière reste paralysée par des ouvrages achevés mais inutilisés ? Comment peut-on s’entêter à lancer de nouveaux projets quand les précédents attendent toujours leur mise en service ?
Aujourd’hui, on nous présente le retour de la Place Royale dans le nouveau schéma d’aménagement comme une grande opportunité. Peut-être. Mais dans une ville où l’on peine à ouvrir deux infrastructures déjà prêtes, comment croire qu’un espace public d’une telle ampleur pourra enfin voir le jour ?
À force de naviguer à vue, de s’engluer dans les palabres techniques et les révisions sans fin, El Jadida risque surtout de s’enfermer dans un immobilisme durable.
Alors, un simple conseil :
Qui va piano va sano…
Ne touchez plus à rien tant que vous ne maîtrisez pas votre sujet.
Please.
Abdellah Hanbali
